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Que peut changer une Gestalt-thérapie dans notre quotidien ?

  • Guillaume Siegler
  • il y a 5 heures
  • 6 min de lecture

Il arrive qu’en thérapie, quelque chose devienne plus clair.

Vous comprenez mieux pourquoi certaines situations vous touchent autant. Vous repérez une façon de vous adapter que vous n’aviez jamais vraiment remarquée. Vous mettez des mots sur une peur, une tension ou un besoin jusque-là difficile à saisir.

Puis vous rentrez chez vous.

Le lendemain, votre collègue vous demande encore quelque chose alors que vous êtes déjà débordé. Votre partenaire répond différemment de ce que vous espériez. Une décision vous attend. Votre corps se tend. Une pensée revient.

Et une question peut apparaître : « D’accord, je comprends mieux… mais qu’est-ce que cela peut réellement changer dans ma vie ? »

Une Gestalt-thérapie ne consiste pas seulement à comprendre son histoire. Elle peut aussi aider à développer davantage de conscience de ce qui se passe aujourd’hui : dans le corps, les émotions, les pensées, les choix, mais aussi dans la relation à soi, aux autres et au reste du monde.

Se reconnecter à soi

Certaines personnes savent très bien analyser, anticiper ou s’adapter. Mais lorsqu’on leur demande : « Et vous, qu’est-ce qui se passe pour vous ? », la réponse est parfois moins évidente.

Que ressentez-vous ? Qu’est-ce que votre corps vous signale ? De quoi avez-vous envie ou besoin ?

La Gestalt accorde une place importante à cette expérience présente. L’approche enseignée à l’IFAS prend en compte le corps, les pensées, les émotions, les relations et l’environnement. L’enjeu n’est pas d’obéir à chaque émotion, mais de disposer de davantage d’informations sur soi pour pouvoir s’ajuster plus justement.

Mettre de la conscience là où tout allait très vite

Beaucoup de réactions sont devenues tellement habituelles que nous les remarquons à peine.

Quelqu’un vous demande quelque chose. Vous dites oui. Puis vous réalisez que vous vouliez dire non.

Une personne prend ses distances. Vous cherchez immédiatement ce que vous avez fait de travers.

Une remarque vous blesse. Vous souriez : « Non, ça va. »

Le premier changement peut simplement être : « Là, je vois ce qui est en train de se passer. »

Sentir une tension. Repérer une pensée. Reconnaître une peur. Voir que l’on est sur le point de s’effacer, de contrôler, de fuir ou de se suradapter.

Cette conscience ne résout pas tout. Mais elle peut créer un espace entre ce qui nous arrive et la manière dont nous allons y répondre.

En Gestalt, on parle parfois d’ajustement créateur : non pas remplacer une ancienne réponse par une nouvelle règle, mais retrouver une réponse plus adaptée à la situation présente, à soi, à l’autre et à l’environnement.

Comprendre et apaiser progressivement l’anxiété et le stress

L’anxiété peut prendre la forme d’une anticipation permanente, d’un besoin de contrôler, de pensées qui tournent en boucle ou d’un corps en alerte.

Le travail peut permettre de mieux reconnaître comment elle fonctionne pour soi : qu’est-ce qui l’active ? Que cherche-t-on à éviter ou à prévenir ? Que raconte la pensée à cet instant ? Que fait-on pour retrouver rapidement de la sécurité ?

Comprendre ces mécanismes ne fait pas disparaître automatiquement l’anxiété. Mais cela peut permettre de la reconnaître plus tôt, de retrouver davantage d’appuis et de moins suivre chaque scénario inquiétant comme une certitude. Chez certaines personnes, le corps peut aussi redescendre plus facilement après l’activation.

J’explore plus largement ces mécanismes dans l’article sur les différentes manifestations de l’anxiété.

Ressentir sans être obligé d’agir immédiatement

Se reconnecter à soi, c’est aussi retrouver une relation différente avec ses émotions.

Une colère peut être là sans qu’il soit nécessaire d’exploser. Une peur peut apparaître sans qu’il faille immédiatement fuir. Il peut devenir possible de reconnaître une émotion, de comprendre ce qu’elle signale et parfois de la mettre en mots.

La régulation émotionnelle est largement étudiée en psychothérapie. Une méta-analyse publiée en 2024 la décrit comme un processus transdiagnostique important dans les troubles émotionnels et leur évolution en thérapie, sans démontrer un mécanisme spécifique à la Gestalt.

Retrouver davantage d’estime, de confiance et d’appui en soi

Le changement peut apparaître dans des endroits très discrets.

Vous prenez une décision avant de demander : « Tu crois que j’ai bien fait ? » Vous reconnaissez une réussite sans ajouter : « Oui, mais j’ai eu de la chance. » Vous osez vous positionner alors que quelqu’un n’est pas d’accord.

Cela ne signifie pas ne plus avoir besoin des autres. Mais il peut devenir possible de ne plus dépendre entièrement du regard extérieur pour savoir ce que nous pensons, ce que nous voulons ou quelle valeur nous nous accordons.

C’est ce que j’aborde également autour de l’estime et de la confiance en soi.

Comprendre soi… mais aussi soi en relation avec les autres

Nous ne sommes pas exactement les mêmes dans toutes les relations.

Avec certaines personnes, vous osez parler. Avec d’autres, vous vous taisez. Vous pouvez poser une limite au travail et ne plus réussir à le faire avec votre famille.

La Gestalt ne s’intéresse donc pas seulement à « qui suis-je ? », mais aussi à « que se passe-t-il pour moi lorsque je rencontre l’autre ? »

Est-ce que je m’efface ? Est-ce que je cherche à être irréprochable ? Est-ce que j’évite le conflit ? Est-ce que j’attends que l’autre comprenne sans avoir à demander ? Est-ce que je m’occupe tellement de ce que l’autre ressent que je perds le contact avec ce qui se passe pour moi ?

La Société Française de Gestalt décrit précisément ce travail autour du contact, de la conscience du vécu et de nouvelles formes d’interaction avec l’environnement.

J’aborde plus largement ce qui peut se jouer dans nos difficultés relationnelles.

Et notre relation au reste du monde ?

Nous sommes aussi en relation avec notre travail, notre famille, notre culture, nos responsabilités et les événements que nous traversons.

L’EAGT considère la personne comme indissociable de son environnement interpersonnel et écologique. L’IFAS travaille également la manière dont une personne s’y adapte et s’y ajuste.

La question peut donc passer de « Qu’est-ce qui ne va pas chez moi ? » à « Comment est-ce que je rencontre cette situation, et comment puis-je m’y ajuster sans me perdre moi-même ? »

Quand l’ancien continue à vivre aujourd’hui

Certaines manières de nous protéger se sont parfois construites tôt : ne pas déranger, être fort, faire plaisir, être irréprochable, se débrouiller seul, éviter le conflit.

Elles ont pu avoir une fonction importante. Mais ce qui a été utile à un moment peut devenir contraignant lorsqu’il devient la seule réponse disponible.

Dans l’approche intégrative enseignée à l’IFAS, l’histoire et les enjeux de développement sont mis en lien avec leurs résonances actuelles. Il ne s’agit ni d’oublier l’enfance, ni de considérer que toutes nos difficultés viennent d’elle.

Le travail peut permettre de regarder comment une expérience ancienne continue à vivre aujourd’hui, puis de rencontrer la situation actuelle avec les ressources dont nous disposons désormais.

Expérimenter autrement et ouvrir de nouvelles voies

Comprendre est important. Mais nous pouvons comprendre quelque chose depuis longtemps et continuer à le reproduire.

Le travail peut aussi passer par de nouvelles expériences : dire ce que l’on pense alors que l’on aurait habituellement acquiescé, demander plutôt qu’attendre, rester dans une conversation difficile quelques secondes de plus, faire un choix sans multiplier les vérifications.

Ces expériences répétées sont aussi des apprentissages.

Plus largement, les recherches en neurosciences montrent que le cerveau conserve des capacités de plasticité. Une revue systématique de neuro-imagerie a observé des modifications du fonctionnement cérébral après certaines psychothérapies. Les résultats restent hétérogènes et ne permettent pas d’attribuer un mécanisme neuronal spécifique à la Gestalt-thérapie.

Ce que nous pouvons retenir avec prudence : nos manières habituelles de penser, de ressentir et d’agir ne sont pas nécessairement figées.

Quand quelque chose change en soi, quelque chose peut aussi changer autour de soi

Lorsque vous commencez à poser davantage vos limites, les autres rencontrent une personne qui ne répond plus exactement de la même manière.

Lorsque vous exprimez un besoin plutôt que d’attendre qu’il soit deviné, la relation change. Lorsque vous acceptez moins systématiquement toutes les demandes, certaines habitudes familiales ou professionnelles peuvent devoir se réajuster.

Cela ne signifie pas que tout l’environnement suivra vos changements. Certaines relations peuvent les accueillir, d’autres y résister.

Mais lorsque notre manière d’être en contact change, quelque chose peut aussi se modifier dans la manière dont nous participons aux situations que nous vivons.

Peut-être davantage de liberté dans sa propre vie

La Gestalt-thérapie ne promet pas une vie sans anxiété, conflit, doute ou moments où les émotions nous dépassent.

L’enjeu peut être différent : sentir davantage ce qui se passe en soi, pouvoir le reconnaître, comprendre ce qui nous met en mouvement, voir certaines réactions automatiques et retrouver progressivement davantage de possibilités pour nous ajuster.

Avec soi. Avec les autres. Et avec le reste du monde.

Il ne s’agit peut-être pas de devenir quelqu’un d’autre, mais de pouvoir progressivement prendre davantage sa place dans sa propre vie.

Pour aller plus loin

Pour découvrir les fondements de l’approche : Qu’est-ce que la Gestalt-thérapie ? Puis, pour voir comment ce travail prend forme concrètement : Comment fonctionne la Gestalt-thérapie ? Ce qui se passe réellement en séance.

Si vous vous demandez comment cette manière de travailler se distingue d’autres cadres thérapeutiques, je développe également les différences entre psychologie, psychanalyse et Gestalt-thérapie.

Sources et repères

IFAS / École Humaniste de Gestalt — Gestalt-thérapie et frontière-contact ; Société Française de Gestalt — Définition ; European Association for Gestalt Therapy — What is Gestalt Therapy? ; Antuña-Camblor et al. (2024) — régulation émotionnelle ; Barsaglini et al. (2014) — effets de la psychothérapie sur le fonctionnement cérébral.

Guillaume Siegler — Praticien Gestalt, thérapeute à Clamart et en visio.

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