Que peut changer une Gestalt-thérapie dans notre quotidien ?
Dernière mise à jour : 18 sept.
Il arrive qu’au cours d’une thérapie, quelque chose commence à devenir plus clair pour vous.
Vous comprenez mieux pourquoi une situation vous touche autant, vous percevez plus précisément ce qui se passe lorsque vous vous sentez en difficulté, ou vous mettez enfin des mots sur quelque chose que vous ressentiez depuis longtemps sans parvenir à vraiment le saisir.
Puis vous rentrez chez vous.
La vie reprend avec ses relations, ses responsabilités, ses imprévus et parfois les mêmes situations qu’avant. Les personnes autour de vous n’ont pas nécessairement changé, votre travail non plus, et certaines difficultés sont toujours présentes.
Alors une question peut apparaître : qu’est-ce qui est réellement en train de changer pour moi ?
En thérapie, le changement n’est pas toujours spectaculaire. Il peut commencer beaucoup plus discrètement, à l’intérieur de vous, lorsqu’une réaction jusque-là presque immédiate devient perceptible, lorsqu’une émotion peut être entendue autrement ou lorsque vous commencez à sentir plus clairement ce qui vous convient et ce qui ne vous convient plus.
Vous êtes au cœur de ce travail.
La Gestalt-thérapie ne cherche pas à vous transformer en quelqu’un d’autre. Elle peut vous permettre de devenir plus attentif à ce qui se passe pour vous et à la manière dont vous entrez en relation avec ce que vous vivez.
Et c’est souvent à partir de là que quelque chose commence à bouger.
Vous commencez parfois par vous entendre davantage
Certaines réactions se sont tellement intégrées à notre manière de vivre que nous ne les remarquons presque plus.
Vous pouvez avoir pris l’habitude de répondre rapidement aux demandes des autres, de minimiser ce qui vous dérange ou de chercher immédiatement à comprendre ce que l’autre attend de vous. Cela ne signifie pas qu’il faudrait faire l’inverse. Ces manières de réagir ont une histoire et ont parfois été utiles.
Le changement peut commencer au moment où vous les percevez.
Quelqu’un vous demande quelque chose et, cette fois, votre réponse ne part pas immédiatement. Vous sentez une hésitation. Vous prenez quelques secondes.
Vous direz peut-être encore oui.
Mais vous avez entendu quelque chose de vous avant de répondre.
Cette différence peut sembler minime et pourtant elle est essentielle. Là où une seule réponse semblait jusque-là possible, un espace apparaît. Dans cet espace, vous pouvez distinguer ce que vous souhaitez réellement, ce que vous faites par habitude et ce que vous choisissez parce que cela a du sens pour vous.
La thérapie agit alors moins en vous donnant une nouvelle règle à suivre qu’en vous permettant d’être davantage présent à votre propre expérience.
Ce que vous ressentez peut prendre une autre place
Certaines personnes commencent une thérapie avec le désir de ne plus ressentir autant.
Ne plus être anxieuses, moins en colère, ne plus douter ou ne plus être aussi affectées par ce que les autres pensent d’elles.
C’est compréhensible lorsque certaines émotions deviennent douloureuses ou envahissantes.
Mais le changement peut prendre une autre direction.
Ce que vous ressentez est toujours là, mais votre relation avec cette expérience évolue. Une inquiétude apparaît sans devenir immédiatement une certitude. Une colère peut être reconnue avant de guider toute votre réponse. Une tristesse peut être accueillie sans que vous ayez besoin de la faire disparaître au plus vite.
Vous ne devenez pas insensible. Au contraire, vous pouvez devenir plus attentif à ce qui se passe à l’intérieur de vous sans être obligé d’y répondre immédiatement. Vous disposez alors d’un peu plus d’espace pour reconnaître ce qui vous traverse et décider de ce que vous souhaitez en faire.
Ce mouvement ne se produit pas de la même manière ni au même rythme pour chacun. Mais lorsque vous êtes davantage en contact avec ce que vous ressentez, vos émotions peuvent devenir moins seulement quelque chose que vous subissez et davantage une partie de votre expérience que vous pouvez écouter et comprendre.
Vous pouvez rester davantage avec vous dans la relation
Ce qui bouge en vous ne reste pas enfermé à l’intérieur de vous.
Vous êtes constamment en relation avec d’autres personnes, dans votre vie intime, votre famille, votre travail ou vos amitiés. Et lorsque votre manière de vous rencontrer change, votre manière de rencontrer les autres peut elle aussi évoluer.
Imaginez un désaccord. L’autre ne partage pas votre point de vue et vous sentez monter cette envie familière de réduire la tension. Peut-être avez-vous l’habitude d’expliquer davantage, de vous excuser rapidement ou de laisser tomber ce que vous vouliez dire.
Ce mouvement est toujours là, mais cette fois, vous le percevez. Vous pouvez entendre ce que l’autre pense tout en restant aussi en contact avec ce que vous ressentez et avec ce qui est important pour vous.
Il ne s’agit pas de devenir plus dur ou de chercher à avoir raison. Vous pouvez simplement rester un peu plus présent dans la relation sans devoir vous en retirer vous-même.
C’est parfois dans ces moments très ordinaires que le travail thérapeutique devient visible. Vous commencez à sentir qu’être en relation ne vous oblige pas nécessairement à vous adapter jusqu’à perdre le contact avec vous-même.
Et parce que vous répondez différemment, la relation peut évoluer.
L’autre rencontre une personne qui n’est plus disponible exactement de la même manière, qui peut poser une limite plus clairement, exprimer un besoin ou supporter un désaccord sans chercher immédiatement à le faire disparaître.
Certaines relations accueilleront ce changement assez naturellement. D’autres seront peut-être davantage bousculées, notamment lorsque votre ancienne manière d’être faisait partie depuis longtemps de leur équilibre.
Cela ne signifie pas que la thérapie détériore les relations. Elle peut parfois rendre plus visible ce qui existait déjà.
Votre regard sur vous-même peut également se transformer
Le travail thérapeutique ne se remarque pas seulement dans ce que vous faites avec les autres. Il peut également agir dans la manière dont vous vous accompagnez vous-même.
Lorsque quelque chose ne se passe pas comme prévu, vous pouvez commencer à distinguer davantage ce qui vient de se produire de la valeur que vous vous accordez.
Vous avez commis une erreur. Elle peut vous décevoir sans devenir immédiatement la preuve que vous êtes incapable.
Quelqu’un ne partage pas votre avis. Cela peut vous troubler sans signifier nécessairement que vous vous êtes trompé ou que vous n’êtes pas légitime.
Cette évolution peut être discrète. Pourtant, lorsque vous n’avez plus besoin de chercher aussi constamment à l’extérieur la confirmation que vous êtes suffisamment bien, quelque chose se consolide à l’intérieur.
Cela ne signifie pas que le regard des autres cesse de compter. Nous sommes des êtres de relation et ce regard restera important.
Mais vous pouvez disposer d’un autre appui : le vôtre.
Un appui qui n’est pas une certitude permanente sur vous-même, mais la possibilité de rester en relation avec vous même lorsque vous doutez, lorsque vous échouez ou lorsque quelqu’un ne vous comprend pas comme vous l’auriez souhaité.
J’aborde plus précisément ce mouvement dans Estime de soi et confiance en soi : retrouver ses ressources, s’appuyer sur soi et faire ses choix.
Ce qui bouge en vous peut aussi changer votre manière d’habiter votre vie
Une thérapie ne se déroule pas uniquement dans le cabinet. Ce qui est travaillé en séance continue à rencontrer votre vie lorsque vous en sortez.
Vous pouvez commencer à reconnaître plus tôt ce qui vous fatigue, ce qui vous met en tension ou ce que vous acceptez depuis longtemps sans vraiment vous demander si cela vous convient encore.
Vous pouvez également découvrir que certaines façons de vous protéger ont une histoire. Elles ont pu être importantes à un moment de votre vie et pourtant devenir aujourd’hui trop étroites pour ce que vous êtes devenu.
Comprendre cette histoire n’a pas pour fonction de vous enfermer dans votre passé. Cela peut au contraire vous permettre de rencontrer plus librement ce qui se passe aujourd’hui.
La question n’est alors plus seulement : « Pourquoi suis-je comme cela ? »
Elle peut devenir : « Maintenant que je le vois, comment ai-je envie de vivre avec cela aujourd’hui ? »
Vous restez celui ou celle que vous êtes, avec votre histoire, vos sensibilités, vos fragilités et vos ressources. Mais vous n’êtes plus obligé de répondre à chaque situation exactement comme auparavant.
Le changement peut se situer là : retrouver du mouvement là où certaines réponses étaient devenues presque immuables.
Le changement n’est pas une ligne droite
Il y aura aussi des moments où vous aurez l’impression de revenir en arrière.
Une situation vous touchera davantage que prévu. Une ancienne manière de réagir reviendra et vous vous entendrez peut-être vous demander : « Pourquoi est-ce que je fais encore cela alors que je l’ai compris ? »
Parce que comprendre ne suffit pas toujours à modifier immédiatement ce qui s’est construit pendant des années. Vous restez sensible à votre fatigue, aux événements que vous traversez et aux personnes que vous rencontrez. Le travail n’efface pas cette humanité.
Ce qui peut avoir changé, en revanche, est la manière dont vous vous rencontrez lorsque cela arrive.
Vous pouvez passer de « Je recommence, donc rien n’a changé » à quelque chose de plus curieux : « Qu’est-ce qui était particulièrement difficile pour moi cette fois-ci ? »
Cette différence est déjà importante. Vous n’êtes plus uniquement en train de vous juger depuis l’extérieur. Vous commencez à être avec vous dans ce qui vous arrive.
Alors, qu’est-ce qui peut réellement changer pour vous ?
Peut-être que vous aviez commencé une thérapie avec l’espoir de ne plus avoir peur, de ne plus douter ou de ne plus être autant affecté par certaines situations.
Avec le temps, le changement peut devenir plus subtil et parfois plus profond. La peur peut revenir, mais elle ne décide plus nécessairement de tout. Le doute existe encore, mais il ne vous empêche plus systématiquement de choisir. Une relation compte toujours pour vous, mais vous pouvez peu à peu rester dans cette relation sans avoir à vous perdre pour la préserver.
Le travail agit à l’intérieur de vous, dans la manière dont vous percevez, ressentez et rencontrez ce qui vous arrive. Et parce que vous êtes en relation avec un environnement, ce mouvement peut se prolonger au-delà de vous.
Votre manière de répondre change. Vos choix peuvent évoluer. Certaines relations se réorganisent. Vous prenez parfois une place différente dans votre travail, votre famille ou votre vie personnelle.
Non parce que la Gestalt-thérapie vous indique la place que vous devriez occuper, mais parce que vous commencez à sentir davantage la vôtre.
Pour comprendre comment ce travail peut prendre forme pendant une séance, vous pouvez lire Comment fonctionne la Gestalt-thérapie ? Ce qui se passe réellement en séance.
Et pour revenir aux principes de l’approche, Qu’est-ce que la Gestalt-thérapie ? Comprendre la méthode et la Gestalt-Thérapie Intégrative en présente les principaux repères.
Vous n’avez donc pas nécessairement à devenir quelqu’un d’autre pour que quelque chose change. Le travail peut vous permettre d’être davantage présent à ce qui se passe en vous, de mieux reconnaître ce dont vous avez besoin et de vous rencontrer avec un peu moins de jugement.
Et lorsque quelque chose bouge à cet endroit, votre manière d’être avec les autres et avec le monde peut, elle aussi, commencer à bouger.
Peut-être que le changement ne consiste pas toujours à vivre une autre vie, mais à pouvoir prendre davantage votre place dans celle qui est la vôtre.
Repères et sources
Société Française de Gestalt, Définition Gestalt : présentation de la Gestalt-thérapie comme approche relationnelle attentive au contact, à l’autonomie, aux possibilités de changement et aux interactions avec l’environnement.
European Association for Gestalt Therapy, What is Gestalt Therapy? : repères sur l’attention portée à l’expérience présente, au contact, à la relation thérapeutique et à l’environnement.


