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Pourquoi je n’arrive pas à arrêter de penser ? Comprendre les ruminations mentales

  • Guillaume Siegler
  • il y a 11 heures
  • 11 min de lecture

Votre journée est terminée.


Vous êtes au lit. Votre corps est fatigué, mais votre tête, elle, continue.


Vous repensez à une conversation. À ce que vous avez dit. À ce que vous auriez peut-être dû répondre. À cette phrase de votre responsable qui vous a semblé étrange. À ce message auquel votre partenaire n’a pas répondu comme d’habitude.


Puis une autre pensée arrive : « Pourquoi j’ai réagi comme ça ? » « Qu’est-ce qu’il voulait vraiment dire ? » « Est-ce que j’ai fait quelque chose de mal ? » « Et si demain ça recommençait ? »


Vous trouvez parfois une réponse. Pendant quelques instants, cela semble vous rassurer. Puis une nouvelle question apparaît. Et vous repartez.


On parle souvent de ruminations mentales lorsque certaines pensées reviennent de manière répétitive autour d’une situation, d’une relation, d’une erreur ou d’une inquiétude, sans que le fait d’y réfléchir davantage permette réellement d’avancer.


Mais toutes les ruminations ne se ressemblent pas. Elles peuvent surgir le soir lorsqu’il n’y a plus rien pour nous distraire, apparaître dans les transports ou sous la douche, revenir dès que nous cessons d’être occupés. Et parfois, même l’activité ne suffit plus : nous continuons à travailler, parler ou cuisiner pendant qu’une partie de nous reste accrochée à une conversation, une peur, une erreur ou une relation.


Alors peut-être que la question n’est pas seulement : « Pourquoi est-ce que je pense autant ? » Mais aussi :


qu’est-ce que ma pensée essaie encore de comprendre, d’obtenir ou de sécuriser ?


Penser beaucoup n’est pas forcément ruminer


Nous avons besoin de réfléchir. Après une situation difficile, il peut être utile de revenir sur ce qui s’est passé, comprendre pourquoi nous avons réagi ainsi, prendre du recul, chercher une solution, faire un choix ou préparer une conversation.


Et parfois, cette réflexion aboutit quelque part : « Maintenant je vois ce qui m’a dérangé. » « Je sais ce que je veux lui dire. » « J’ai compris ce que je ferai différemment la prochaine fois. » Puis nous pouvons passer à autre chose.


La rumination ressemble souvent davantage à une pensée qui cherche encore, mais revient régulièrement au même endroit. Vous analysez la même conversation sous plusieurs angles, imaginez ce que l’autre a pensé, rejouez ce que vous auriez dû répondre, cherchez encore ce qui vous a échappé. Et pourtant, deux heures plus tard, la question reste presque la même.


Un premier repère peut alors être celui-ci :


réfléchir peut nous rapprocher d’une réponse, d’un choix ou d’une action.


Ruminer peut donner l’impression de chercher une réponse tout en nous ramenant encore et encore au même point.


Les ruminations ne prennent pas toujours la même forme


Quand tout recommence au moment de dormir


La journée ralentit. Le téléphone est posé. Les conversations s’arrêtent. Et c’est parfois précisément à ce moment-là que votre esprit semble se réveiller.


Vous repensez à ce qui s’est passé dans la journée. Puis à ce qui pourrait arriver demain. Puis à quelque chose qui s’est produit plusieurs semaines auparavant. Le corps réclame du repos. Mais intérieurement, quelque chose continue.


Et plus vous vous dites : « Il faut absolument que j’arrête de penser, demain je vais être épuisé », plus le fait de ne pas réussir à vous arrêter peut devenir lui-même une nouvelle inquiétude.


Les recherches retrouvent une association entre les pensées répétitives comme la rumination ou l’inquiétude et différentes difficultés de sommeil. Cela ne signifie pas que ruminer provoque à lui seul des troubles du sommeil, mais les deux peuvent se retrouver étroitement mêlés.


Quand les pensées reviennent dès que vous n’êtes plus occupé


Tant que je fais quelque chose, ça va.


Le travail. Le sport. Les sorties. Les séries. Les tâches à faire. Puis vous vous retrouvez seul quelques minutes. Vous marchez sans musique. Vous prenez votre douche. Vous attendez le métro. Et la pensée revient presque immédiatement.


Cela ne signifie pas que s’occuper serait mauvais. Nous avons tous besoin d’activités, de plaisir, de mouvement et parfois simplement de distraction. Mais une question peut devenir intéressante : qu’est-ce qui devient plus présent lorsque l’activité s’arrête ?


Quand même être occupé ne suffit plus


Vous êtes en réunion, mais vous repensez encore à la discussion de la veille. Vous cuisinez avec votre partenaire, mais une partie de vous analyse encore le ton qu’il a employé. Vous essayez de vous concentrer sur un dossier et une pensée revient en arrière-plan : « Et s’ils pensent que je ne suis pas à la hauteur ? »


La rumination ne profite alors plus seulement des moments vides. Elle commence à cohabiter avec ce que vous êtes en train de vivre. Et c’est souvent là qu’elle devient particulièrement fatigante : une partie de votre attention reste mobilisée ailleurs.


Lorsque ces pensées prennent beaucoup de place, elles peuvent aussi s’inscrire dans une expérience plus large de l’anxiété. J’aborde les différentes façons dont l’anxiété peut se manifester dans un article dédié.


Les relations peuvent devenir un terrain particulièrement fertile


Certaines ruminations prennent beaucoup de place lorsque le lien avec l’autre compte.


Dans une relation intime : « Pourquoi elle a répondu comme ça ? » « Est-ce qu’il est plus distant ? » « J’en ai trop dit ? »


Au travail : « Il a dit que c’était bien, mais son ton était bizarre. » « Pourquoi mon responsable ne m’a pas répondu ? »


Dans la famille : « J’aurais dû lui répondre. » « Pourquoi je redeviens toujours comme ça avec eux ? »


Lorsque le lien compte, il existe forcément une part que nous ne maîtrisons pas. Nous ne savons jamais exactement ce que l’autre pense. Nous ne pouvons pas être certains de sa réaction. Et parfois, la pensée essaie de combler cet espace. Elle analyse, interprète, rejoue, cherche des indices, avec l’espoir de comprendre enfin ce qui se passe chez l’autre — et peut-être de nous rassurer sur notre place dans la relation.


Ces ruminations peuvent aussi se retrouver lorsque le regard de l’autre devient particulièrement important ou que la relation nous rend plus incertains de notre propre place.


Lorsque cette incertitude apparaît surtout dans le lien à l’autre, il peut aussi être intéressant de regarder plus largement notre manière d’être en lien et ce qui se joue dans certaines difficultés relationnelles.


Parfois, nous repensons surtout à ce que nous aurions voulu faire autrement


Une erreur. Une dispute. Une décision. Une occasion manquée. Une phrase sortie trop vite.


« J’aurais dû dire ça. » « Pourquoi je n’ai rien répondu ? » « Comment j’ai pu faire cette erreur ? »


Nous pouvons repasser la scène encore et encore. Comme si, en la rejouant suffisamment, nous pouvions enfin trouver la réaction parfaite. Et peut-être nous assurer que cela ne se reproduira plus. Comme si comprendre parfaitement ce qui s’était passé pouvait permettre de ne plus être pris au dépourvu la prochaine fois.


Le problème est que nous essayons alors parfois de modifier mentalement une situation qui, elle, est déjà terminée.


Et lorsqu’une peur concerne ce qui pourrait arriver ?


Les choses peuvent aussi se mélanger. Vous repensez à ce qui s’est produit hier… et très vite votre pensée part vers demain.


« Si mon responsable m’a parlé comme ça hier, peut-être qu’il va me convoquer. » « Si mon partenaire a été distant ce soir, est-ce que quelque chose est en train de changer ? »


Nous passons alors progressivement de ce qui s’est déjà passé à l’anticipation de ce qui pourrait arriver. Rumination et inquiétude ne sont pas exactement la même chose, mais elles peuvent se chevaucher et se nourrir l’une l’autre.


C’est ce mouvement vers les scénarios futurs que j’aborde plus précisément dans mon article consacré à l’anxiété anticipatoire et au fait d’imaginer le pire.


je réfléchis au passé pour essayer de mieux contrôler l’avenir.


Un premier repère : est-ce que cette pensée m’apprend encore quelque chose ?


Lorsque vous vous rendez compte que vous revenez encore sur la même situation, il n’est pas forcément nécessaire de chercher immédiatement à arrêter de penser. Vous pouvez essayer une question plus simple :


Est-ce que je suis encore en train de découvrir quelque chose… ou est-ce que je reviens maintenant au même endroit ?


Peut-être avez-vous réellement besoin de réfléchir encore. Mais peut-être avez-vous déjà compris l’essentiel. Et pourtant quelque chose en vous continue à chercher.


À ce moment-là, une autre question peut devenir utile :


Qu’est-ce que j’espère obtenir si j’y pense encore un peu ?


Une certitude ? Être rassuré ? Comprendre ce que l’autre pense ? Être certain de ne pas recommencer ? Trouver enfin la réponse parfaite ?


Cette question ne cherche pas à vous faire cesser de ruminer par volonté. Elle permet simplement de commencer à reconnaître ce que votre pensée essaie d’obtenir.


Pourquoi la pensée continue-t-elle alors qu’elle nous épuise ?


Continuer à penser peut parfois donner l’impression de rester actif face à quelque chose qui nous échappe. Tant que je réfléchis, je fais quelque chose. Je ne suis pas complètement impuissant. Je cherche. J’analyse. J’essaie de comprendre.


Et pendant un moment, cela peut être plus supportable que de rester avec : « Je ne sais pas. » « Je ne peux plus changer ce qui s’est passé. » « Je ne sais pas ce que l’autre pense. » « Je ne peux pas être certain que cela ne recommencera pas. »


C’est pour cela que je me méfie un peu des conseils qui consistent simplement à dire : « Arrêtez de penser. »


Si continuer à penser vous aide, même momentanément, à chercher une réponse, à réduire une incertitude ou à ne pas vous sentir complètement impuissant, vous demander simplement d’arrêter ne répond pas vraiment à ce qui se passe.


Qu’est-ce qui se passe pendant que je pense ?


À force de réfléchir à ce qui s’est passé, nous pouvons parfois perdre de vue ce qui se passe en nous maintenant.


Lorsque vous remarquez que vous êtes à nouveau dans la même boucle, vous pouvez essayer de ne pas chercher immédiatement une nouvelle explication. Et revenir quelques instants à vous.


Qu’est-ce que je ressens pendant que je pense tout cela ?


Une tension ? Une peur ? Une colère ? De la tristesse ? De la honte ? Une agitation dans le corps ? L’envie urgente de vérifier quelque chose ?


Il ne s’agit pas de trouver la bonne émotion. Ni de remplacer une pensée par une sensation. Mais simplement de réintroduire quelque chose que la rumination peut parfois mettre au second plan :


l’expérience que vous êtes réellement en train de vivre.


Et si quelque chose n’arrivait pas à se terminer ?


Une piste que nous pouvons également explorer en Gestalt est la suivante : et si quelque chose n’arrivait pas à se terminer ?


Certaines situations semblent continuer intérieurement longtemps après qu’elles ont pris fin extérieurement. Une conversation est terminée, mais nous continuons à lui répondre mentalement. Une décision est prise, mais nous continuons à la reprendre. Une relation est finie, mais certaines questions restent très présentes.


Parfois, nous pouvons avoir le sentiment qu’il manque encore quelque chose. Une parole. Une réparation. Une décision. Une limite.


Mais parfois aussi parce qu’il faut rencontrer quelque chose de plus difficile : le regret de ne pas pouvoir revenir en arrière ; la tristesse de ne pas avoir obtenu ce que nous espérions ; la colère de ne pas avoir été entendu ; ou simplement l’incertitude de ne jamais savoir exactement ce que l’autre pensait.


Tout ne peut pas toujours être résolu par davantage de réflexion.


Certaines expériences ont parfois besoin d’être ressenties, reconnues, traversées, avant de pouvoir progressivement prendre une autre place.


Ce que nous pouvons regarder en Gestalt lorsque les pensées tournent en boucle


En Gestalt, je ne m’intéresse pas uniquement au contenu de vos pensées. Je regarde aussi ce qui se passe au moment où elles apparaissent.


Dans quelles situations reviennent-elles ? Avec quelles personnes ? À quels moments ? Que ressentez-vous dans votre corps ? Qu’essayez-vous de comprendre, d’éviter ou de sécuriser ? Que se passe-t-il lorsque vous essayez de ne plus y penser ?


de quoi auriez-vous peut-être besoin à cet instant ?


Parfois, le travail permet de distinguer une situation qui demande réellement une action d’une situation dans laquelle le mental continue à chercher une réponse qu’il ne peut plus obtenir.


Nous pouvons aussi explorer si certaines pensées prennent davantage de place lorsqu’une émotion devient difficile à rencontrer.


Et comme nous sommes également en relation pendant une séance, ces mouvements peuvent parfois apparaître directement entre nous : chercher longtemps les mots parfaitement justes, essayer de deviner ce que je pense, revenir sur ce qui vient d’être dit pour être certain de ne pas avoir mal fait.


Ces moments ne sont pas des erreurs dans le travail. Ils peuvent au contraire devenir une occasion de comprendre ensemble comment ce mouvement se construit chez vous, au moment même où il apparaît.


Ce qu’un accompagnement peut progressivement permettre


Il ne s’agit pas d’apprendre à ne plus penser. Votre capacité à réfléchir, analyser et comprendre fait aussi partie de vos ressources.


Le travail peut plutôt permettre de retrouver davantage de choix dans la manière de vous appuyer sur cette capacité : reconnaître plus rapidement le moment où réfléchir vous aide encore et celui où vous commencez à tourner en boucle ; rester davantage présent dans une conversation sans qu’une autre continue à se jouer mentalement en arrière-plan ; moins devoir obtenir immédiatement une réponse à chaque incertitude ; pouvoir aussi reconnaître ce que vous ressentez lorsque la pensée ne suffit plus.


Lorsque ces pensées s’accompagnent aussi d’un doute constant sur ses choix, sa valeur ou ce que les autres pensent de soi, elles peuvent rejoindre plus largement la question de l’estime de soi et de la confiance en soi.


Il ne s’agit pas de ne plus penser. Mais de retrouver la possibilité de penser lorsque cela nous aide… et de pouvoir aussi laisser une pensée s’arrêter lorsqu’elle ne nous emmène plus nulle part.


Et si votre question est plutôt : « qu’est-ce qui peut réellement évoluer avec le temps ? », je développe les changements qui peuvent progressivement apparaître dans le quotidien.

Questions fréquentes sur les ruminations mentales


Pourquoi est-ce que je rumine surtout le soir ?


Lorsque la journée ralentit, les distractions diminuent et certaines préoccupations peuvent devenir plus présentes. Des situations mises temporairement de côté pendant la journée peuvent alors revenir au premier plan. Cela ne signifie pas que le soir provoque les ruminations, mais qu’il peut laisser davantage de place à ce qui était déjà présent.


Quelle différence entre réfléchir et ruminer ?


Réfléchir peut permettre de mieux comprendre une situation, de prendre une décision ou de passer à une action. La rumination tend davantage à répéter les mêmes questions ou scénarios sans produire beaucoup de nouvelles informations ni permettre réellement de terminer la réflexion.


Pourquoi est-ce que je repense sans cesse à mes relations ?


Lorsque le lien avec une personne compte, l’incertitude sur ce qu’elle pense, ressent ou veut peut être difficile à supporter. La pensée peut alors chercher à interpréter des signes, comprendre une réaction ou se rassurer sur sa place dans la relation.


Est-ce que ruminer signifie forcément être anxieux ?


Non. Les ruminations ne sont pas propres à l’anxiété. Elles peuvent apparaître dans différentes périodes de vie et accompagner des difficultés diverses. Chez certaines personnes, elles se mêlent néanmoins à l’inquiétude, au besoin de certitude ou à l’anticipation de ce qui pourrait arriver.


Comment arrêter de ruminer ?


Chercher à supprimer une pensée par la force ne fonctionne pas toujours. Il peut être plus utile de reconnaître quand une réflexion ne produit plus réellement de nouvelles informations, d’observer ce qui se passe émotionnellement et corporellement à ce moment-là, puis de distinguer ce qui demande encore une action de ce qui ne pourra peut-être pas être entièrement résolu par davantage de réflexion.


Lorsque les ruminations deviennent très envahissantes, perturbent fortement le sommeil, le travail ou le quotidien, il peut être utile d’en parler avec un professionnel de santé.


Repères et sources






Guillaume Siegler — Praticien Gestalt


Formé à l’IFAS — École Humaniste de Gestalt, j’accompagne à Clamart et en visio des adultes autour de l’anxiété, des relations et de l’estime de soi.


Vous n’avez pas besoin d’avoir déjà compris pourquoi certaines pensées reviennent sans cesse avant de commencer à en parler.


Le travail peut justement commencer par regarder ce qui se passe aujourd’hui lorsqu’elles reviennent, ce que vous cherchez encore à comprendre ou à obtenir à ce moment-là, et ce dont vous pourriez avoir besoin.

Pour voir comment ce type de travail prend forme concrètement, vous pouvez aussi découvrir ce qui se passe réellement pendant une séance de Gestalt-thérapie.


Si vous souhaitez comprendre concrètement comment je travaille, vous pouvez également découvrir comment se déroule un accompagnement.

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