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Estime de soi et confiance en soi : se reconnaître, s’appuyer sur soi et reprendre sa place

Guillaume Siegler
19 août
9 min de lecture

Dernière mise à jour : 24 sept.

Il arrive que nous sachions parfaitement faire quelque chose et que, pourtant, le doute s'installe au moment de nous exposer. Nous pouvons connaître nos compétences, avoir déjà traversé des situations difficiles, recevoir des signes de reconnaissance et continuer malgré tout à nous demander si nous sommes vraiment à la hauteur.

Mais pour d'autres, la difficulté commence plus tôt encore. Lorsqu'on a été peu reconnu dans ce que l'on était, dans ses qualités ou dans ses capacités, il peut devenir difficile de savoir soi-même ce que l'on vaut, ce que l'on sait faire ou sur quoi l'on peut réellement s'appuyer. Non pas parce que ces ressources n'existent pas, mais parce qu'elles ont parfois eu peu d'occasions d'être vues, nommées ou reconnues.

À d'autres moments encore, ce n'est pas tant notre capacité à faire qui est en question que le regard que nous portons sur nous-mêmes. Une critique prend plus de place que plusieurs compliments. Une erreur devient difficile à laisser derrière soi. Une réussite est rapidement minimisée. Nous demandons l'avis des autres alors qu'au fond de nous, quelque chose sait déjà ce que nous voudrions choisir.

Derrière ce que nous appelons souvent un manque de confiance en soi, plusieurs réalités peuvent donc se rencontrer : une confiance qui s'est fragilisée, une estime devenue très dépendante du regard extérieur, mais aussi parfois un appui en soi qui a eu peu d'occasions de se construire. Il peut alors s'agir autant de retrouver certaines ressources que d'apprendre à mieux les reconnaître, les habiter et s'appuyer sur elles.

Comprendre la différence entre estime de soi et confiance en soi permet déjà de regarder avec davantage de précision ce qui peut nous fragiliser.

Estime de soi et confiance en soi : deux dimensions proches, mais différentes

La confiance en soi concerne notamment la perception que nous avons de nos capacités face à une situation.

Est-ce que je pense pouvoir essayer ? Apprendre ? Faire face à une difficulté ? M'adapter si les choses ne se passent pas exactement comme prévu ?

Cette confiance peut varier énormément selon les domaines de notre vie. Une personne peut prendre des décisions complexes dans son travail et se sentir beaucoup moins assurée lorsqu'elle doit poser une limite dans une relation. Elle peut se sentir compétente lorsqu'elle évolue dans un environnement connu et perdre ses repères dès qu'elle entre sur un terrain nouveau.

Les travaux d'Albert Bandura sur le sentiment d'efficacité personnelle ont notamment montré combien la perception que nous avons de notre capacité à agir influence notre manière d'aborder les situations, l'effort que nous pouvons y engager et notre persévérance lorsque nous rencontrons une difficulté.

L'estime de soi touche quelque chose de plus large. Elle concerne davantage la relation que nous entretenons avec nous-mêmes et la valeur que nous continuons à nous reconnaître lorsque nous réussissons, mais aussi lorsque nous doutons, nous trompons ou ne recevons pas l'approbation que nous espérions.

Il devient alors possible d'être très compétent et pourtant de porter sur soi un regard particulièrement exigeant. De réussir sans réellement intégrer ses réussites. Ou de se sentir solide tant que les choses fonctionnent, puis profondément remis en question lorsqu'un échec, une critique ou un refus survient.

À l'inverse, une personne peut aussi avoir du mal à évaluer ses propres capacités parce qu'elle a eu peu d'occasions de les reconnaître réellement. Elle peut posséder des ressources, avoir développé des compétences ou traversé des expériences importantes sans avoir appris à les regarder comme quelque chose sur quoi elle peut s'appuyer.

L'estime de soi ne consiste donc pas simplement à penser du bien de soi. Elle peut davantage ressembler à la possibilité de se regarder avec suffisamment de justesse, en reconnaissant ses capacités sans nier ses limites, et ses difficultés sans qu'elles deviennent une définition de toute sa personne.

Lorsque ce qui nous arrive devient un jugement sur ce que nous valons

Imaginez deux personnes confrontées à une même situation : un entretien, une prise de parole, une décision importante ou une demande qu'elles doivent formuler.

Extérieurement, la difficulté peut sembler identique. Pourtant, chacune arrive avec son histoire, ses expériences, ce qu'elle a déjà appris d'elle-même et la manière dont elle a été accompagnée dans ses réussites comme dans ses erreurs.

L'une peut penser : « Je ne sais pas exactement comment cela va se passer, mais je peux essayer. »

L'autre peut sentir apparaître presque immédiatement une inquiétude différente : « Si je rate, cela voudra dire quelque chose de moi. »

Ce n'est alors plus seulement l'issue de la situation qui est en jeu. Quelque chose de la valeur personnelle semble s'y engager.

C'est particulièrement visible lorsque notre regard sur nous-mêmes dépend beaucoup de la réussite, de la performance, de l'approbation ou de l'image que nous pensons devoir maintenir. Une remarque professionnelle peut devenir bien plus qu'une information sur notre travail. Un refus peut prendre la forme d'un jugement sur notre personne. Une erreur peut venir recouvrir tout ce que nous savons pourtant faire.

Cela ne signifie évidemment pas qu'il faudrait devenir indifférent à ce que nous réussissons, à ce que les autres pensent de nous ou aux conséquences de nos choix. Une réussite peut faire plaisir. Une critique peut nous atteindre. Un échec peut être douloureux et nous inviter à nous remettre en question.

La différence se joue peut-être dans ce qui vient ensuite.

Puis-je regarder ce que j'ai fait sans transformer immédiatement ce résultat en verdict sur ce que je suis ?

S'appuyer sur soi ne signifie pas se croire capable de tout

Nous pourrions imaginer que davantage de confiance consiste à ne plus douter, à avancer sans peur ou à être convaincu que nous pouvons tout réussir.

Ce serait pourtant une vision assez fragile de la confiance.

Il existe des situations pour lesquelles nous sommes insuffisamment préparés, des compétences que nous ne possédons pas encore et des décisions dont nous ne pouvons pas connaître l'issue. Et parfois, demander conseil, reconnaître une limite ou avoir besoin de soutien constitue justement une manière ajustée de prendre soin de soi.

Une confiance suffisamment solide pourrait davantage ressembler à ceci : je ne sais pas exactement ce qui va se passer, mais je peux regarder la situation, reconnaître les ressources dont je dispose, voir aussi ce qui me manque et décider comment avancer.

Le doute peut alors rester présent sans devoir devenir la preuve que nous sommes incapables. La peur peut nous accompagner sans nécessairement nous arrêter. Et une erreur peut devenir une expérience dont nous tirons quelque chose, plutôt qu'une condamnation.

Il en va de même pour l'estime de soi. La développer ne signifie pas chercher à avoir constamment une image positive de soi ni se convaincre que l'on est exceptionnel.

Une estime plus ajustée peut permettre de reconnaître une réussite sans la diminuer, mais également sans en faire la preuve que nous vaudrions davantage que les autres. Elle permet aussi de regarder ce qui n'a pas fonctionné sans que toute notre valeur soit emportée avec le résultat.

Pourquoi cet appui peut-il devenir fragile, ou avoir eu peu d'occasions de se construire ?

Nous ne construisons pas notre relation à nous-mêmes seuls.

Au fil de notre histoire, certaines expériences peuvent nous avoir appris qu'il fallait réussir pour être reconnu, ne pas déranger, se montrer fort, répondre aux attentes ou éviter certaines erreurs. À d'autres moments, nous avons peut-être été comparés, critiqués, insuffisamment soutenus ou simplement confrontés à des situations qui ont ébranlé l'image que nous avions de nous-mêmes.

Une relation, une période d'épuisement, une succession d'échecs, un environnement très exigeant ou une perte de repères peuvent également fragiliser un appui qui semblait jusque-là suffisamment solide.

Mais il existe aussi des personnes qui ont été peu reconnues dans ce qu'elles étaient, dans leurs qualités ou dans leurs capacités. Non pas forcément critiquées en permanence, mais rarement regardées, encouragées ou aidées à mettre des mots sur ce qu'elles savaient faire.

Avec le temps, il peut devenir difficile de reconnaître soi-même ses compétences lorsque personne n'a vraiment contribué à les rendre visibles. Certaines qualités peuvent alors sembler ordinaires, certaines réussites être considérées comme allant de soi et certaines ressources rester presque étrangères à la personne qui les possède pourtant.

Le travail ne consiste alors pas seulement à réparer une confiance qui aurait été abîmée. Il peut aussi permettre de se rencontrer davantage, de découvrir ou de reconnaître des ressources jusque-là peu identifiées et de construire progressivement un regard plus personnel sur ce que l'on est capable de faire et sur la valeur que l'on peut s'accorder.

Se reconnecter à soi peut ainsi devenir une manière de développer peu à peu cette confiance et cette estime, non à partir d'une image idéale de soi, mais à partir d'une connaissance plus juste de ses ressources, de ses limites et de ce qui compte pour soi.

Pour autant, comprendre ce qui a participé à notre manière de nous regarder ne revient pas à chercher une cause unique dans le passé.

Notre histoire compte, mais notre relation à nous-mêmes continue aussi de se construire dans les expériences, les relations et les situations que nous traversons aujourd'hui.

C'est pourquoi une ressource devenue difficile à mobiliser n'est pas nécessairement une ressource disparue. Certaines capacités restent présentes mais deviennent moins accessibles lorsque nous nous sentons exposés, jugés ou menacés. D'autres sont encore à développer ou simplement à découvrir davantage.

La question peut alors se déplacer doucement.

Non plus seulement : « Qu'est-ce qui ne va pas chez moi ? »

Mais plutôt : « Qu'est-ce qui se passe pour moi lorsque je commence à douter de ma valeur ou de mes capacités ? »

Et parfois aussi : « Qu'est-ce que je ne connais peut-être pas encore suffisamment de moi ? »

Ces questions ouvrent un espace différent. Un espace dans lequel il devient possible de se regarder avec davantage de curiosité que de jugement.

En Gestalt, retrouver une relation plus juste avec soi

Dans le travail en Gestalt, il ne s'agit pas de convaincre une personne qu'elle devrait avoir davantage confiance en elle ni de lui répéter qu'elle possède des qualités qu'elle ne parvient pas encore à reconnaître.

Nous pouvons plutôt regarder ensemble ce qui se passe dans les moments où l'appui en soi devient plus fragile, mais aussi ce qui reste parfois encore difficile à reconnaître de ses propres ressources.

Que se passe-t-il lorsque vous recevez une critique ? Lorsque vous devez vous positionner ? Lorsque quelqu'un n'est pas d'accord avec vous ? Lorsque vous réussissez et que, presque immédiatement, quelque chose vient diminuer ce que vous avez accompli ?

Et lorsque quelqu'un reconnaît une qualité chez vous, pouvez-vous réellement la recevoir ? Est-ce qu'elle vous semble familière ou presque étrangère ? Avez-vous tendance à la minimiser, à l'expliquer par les circonstances ou à penser que ce que vous faites n'a finalement rien de particulier ?

Ce travail peut passer par les pensées qui apparaissent, mais aussi par ce qui se produit dans le corps, par l'envie de se retirer, de se justifier, de faire davantage ou d'attendre l'approbation de l'autre avant de reconnaître soi-même ce que l'on ressent ou ce que l'on sait faire.

Il ne s'agit pas de décider à votre place que ces réactions sont mauvaises. Certaines ont pu être utiles, parfois même nécessaires, dans certaines périodes de votre vie. Elles ont pu vous permettre de vous adapter, de réussir, de préserver des relations ou de traverser des environnements exigeants.

La question devient davantage de regarder si elles correspondent encore à ce dont vous avez besoin aujourd'hui.

Peu à peu, il peut devenir possible de distinguer davantage ce qui appartient à la situation actuelle, ce qui réveille quelque chose de plus familier, ce que vous attendez du regard de l'autre et ce que vous pouvez commencer à vous reconnaître vous-même.

Pour certaines personnes, ce mouvement consiste à retrouver quelque chose qui était devenu moins accessible. Pour d'autres, il s'agit davantage de découvrir une manière nouvelle de se rencontrer, en prenant conscience de ressources ou de compétences qu'elles avaient jusque-là peu reconnues comme leurs.

Le thérapeute n'a alors pas à devenir la personne qui vous dira ce que vous valez. Le travail peut au contraire soutenir la possibilité que votre propre regard retrouve progressivement une place.

À partir de cette prise de conscience et de cette meilleure connaissance de soi, un autre mouvement peut devenir possible : une réponse davantage ajustée à ce que vous ressentez, à la situation et à ce qui compte réellement pour vous.

Reprendre sa place ne signifie pas devenir quelqu'un d'autre

Retrouver davantage d'estime ou de confiance ne signifie pas devenir invulnérable. Cela ne signifie pas ne plus jamais douter, ne plus avoir besoin des autres ou avancer dans la vie avec la certitude de réussir.

Nous avons besoin des autres. Leur regard compte. Leurs conseils peuvent nous être précieux et certaines de leurs critiques nous permettent de grandir.

La difficulté apparaît davantage lorsque notre propre regard disparaît presque entièrement derrière celui des autres, ou lorsqu'il n'a jamais vraiment eu l'occasion de se construire suffisamment.

Reprendre sa place peut alors commencer de manière très simple : pouvoir reconnaître une réussite sans chercher immédiatement à la diminuer, regarder une erreur sans se réduire à elle, entendre un avis extérieur sans qu'il efface ce que nous pensions ou ressentions, ou encore découvrir peu à peu ce que nous savons faire et ce sur quoi nous pouvons réellement nous appuyer.

Cela peut également signifier tenir davantage compte de ses besoins lorsqu'une décision nous concerne, reconnaître ce qui compte pour soi et apprendre à faire une place à son propre regard parmi ceux qui nous entourent.

Ce n'est pas devenir quelqu'un d'autre.

C'est peut-être se connaître suffisamment pour pouvoir davantage habiter ce que l'on est.

La question n'est alors plus seulement : « Est-ce que je vais réussir ? »

Elle peut devenir : « Est-ce que je peux suffisamment me reconnaître, me prendre en compte et m'appuyer sur moi pour rencontrer ce qui vient ? »

Parce qu'au fond, l'estime de soi comme la confiance ne consistent peut-être pas à ne plus être ébranlé.

Elles peuvent aussi nous permettre de ne pas nous abandonner chaque fois que nous le sommes.

Et pour certaines personnes, le mouvement commence peut-être encore un peu avant : en apprenant progressivement à découvrir, reconnaître et faire leur ce qui était déjà là, mais qui avait jusque-là été trop peu regardé.

C'est peut-être ainsi que nous pouvons commencer à prendre, ou parfois à reprendre, notre place dans notre propre vie.

Sources et repères

Bandura, A. Travaux sur le sentiment d'efficacité personnelle et la perception de ses capacités à agir.

Kernis, M. H. Travaux sur la stabilité et la fragilité de l'estime de soi.

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