Comment se manifeste l’anxiété et que peut-elle dire de nous ?
Dernière mise à jour : 18 sept.
L’anxiété ne dit pas toujours : « J’ai peur. »
Elle peut aussi ressembler à :
« Je préfère prévoir. »
« Je vais vérifier une dernière fois. »
« Il faut que je trouve les bons mots. »
« Je ne veux pas décevoir. »
« Je pourrais sûrement faire encore un peu mieux. »
C’est peut-être pour cela qu’elle n’est pas toujours facile à reconnaître.
Nous pouvons continuer à travailler, prendre soin des autres, être fiables, organisés, disponibles, tout en vivant avec une tension qui ne se relâche presque jamais complètement.
L’anxiété n’empêche donc pas toujours d’avancer.
Elle peut aussi nous pousser à avancer sans vraiment nous laisser souffler.
Comment l’anxiété peut-elle se manifester au quotidien ?
L’anxiété fait partie de nos réactions face à ce que nous percevons comme incertain, menaçant ou particulièrement important.
Un entretien. Une décision. Une attente. Une prise de parole. Une relation dont nous ne savons pas encore ce qu’elle va devenir.
Elle ne ressemble pourtant pas toujours à une crise d’angoisse.
Elle peut apparaître dans les pensées : nous imaginons ce qui pourrait arriver, reprenons mentalement une conversation ou cherchons longtemps la meilleure réponse.
Lorsque cette anticipation du futur devient centrale, elle mérite d’être regardée pour elle-même. C’est ce que j’explore dans Pourquoi j’imagine toujours le pire ?.
Lorsque la pensée revient plutôt encore et encore sur la même situation, sans nous rapprocher d’une réponse, elle peut prendre la forme de ruminations mentales.
L’anxiété peut aussi se manifester dans le corps : tension, agitation, fatigue, respiration plus courte, sommeil perturbé, difficulté à relâcher ou impression de rester continuellement en alerte.
Certaines personnes la reconnaissent d’ailleurs moins à travers leurs pensées que dans cette difficulté à se détendre réellement.
Et puis il y a les comportements.
C’est souvent là que l’anxiété devient plus discrète.
Quand l’anxiété se voit surtout dans ce que nous faisons
Vous pouvez avoir peur d’être en retard et partir beaucoup trop tôt.
Craindre de mal faire et vérifier plusieurs fois.
Redouter de décevoir et accepter quelque chose alors que vous auriez préféré dire non.
Avoir peur de ne pas trouver les bons mots et préparer une conversation pendant des heures.
Douter de votre décision et demander plusieurs avis alors que vous aviez déjà une préférence.
Craindre une situation et commencer progressivement à l’éviter.
Sur le moment, certaines de ces réponses peuvent réellement nous aider.
Préparer une conversation peut nous rassurer. Vérifier peut réduire un doute. Demander du soutien peut être utile. Anticiper est parfois simplement prudent.
Il ne s’agit donc pas de considérer chacun de ces comportements comme un signe d’anxiété.
La question devient plutôt : quelle place prennent-ils et que se passe-t-il lorsque nous ne pouvons pas les utiliser ?
Une préparation choisie n’est pas la même chose que l’impression de ne pas pouvoir agir sans avoir tout prévu.
Demander ponctuellement l’avis de quelqu’un n’est pas la même chose que ne plus pouvoir prendre une décision sans être rassuré.
Éviter une situation qui ne nous convient pas n’est pas la même chose que voir progressivement notre vie se rétrécir autour de ce que nous redoutons.
Le comportement, à lui seul, ne raconte donc pas toute l’histoire.
Un même comportement ne signifie pas la même chose pour chacun
Deux personnes peuvent vouloir tout préparer sans vivre du tout la même expérience.
Pour l’une, l’incertitude est particulièrement inconfortable.
Pour une autre, ce qui fait peur est surtout l’échec.
Une autre encore redoute davantage le jugement, la déception de quelqu’un ou la possibilité d’être rejetée.
Quelqu’un peut aussi avoir appris à beaucoup anticiper simplement parce que cette manière de fonctionner lui a longtemps permis d’être efficace et fiable.
Il serait donc trop simple de considérer le contrôle, l’évitement ou la recherche de réassurance comme le message caché d’une anxiété qu’il suffirait de décoder.
Ce qui m’intéresse davantage est ce qui apparaît lorsque la stratégie habituelle devient impossible.
Que se passe-t-il lorsque vous ne pouvez plus tout prévoir ?
Lorsque vous devez attendre une réponse ?
Lorsque quelqu’un n’est pas d’accord avec vous ?
Lorsque vous devez choisir sans être certain de faire le meilleur choix ?
Lorsque vous sentez que l’autre pourrait être déçu ?
Lorsque l’enjeu se situe surtout dans le lien, l’anxiété peut d’ailleurs rencontrer certaines difficultés relationnelles, sans que toutes les difficultés relationnelles soient pour autant une forme d’anxiété.
C’est souvent dans ces moments, lorsque nos moyens habituels de nous rassurer ne fonctionnent plus aussi facilement, que notre expérience devient plus lisible.
« Je sais que ce n’est pas grave, mais je n’arrive pas à me calmer »
Cette phrase revient souvent.
Elle montre qu’il peut exister un écart entre ce que nous savons et ce que nous vivons.
Vous pouvez savoir que quelques minutes de retard ne vont probablement rien changer et sentir malgré tout la tension monter.
Savoir que vous avez suffisamment préparé votre travail et continuer à douter.
Comprendre qu’un silence ne signifie pas nécessairement un rejet et ressentir pourtant l’envie urgente d’obtenir une réponse.
Dans ces moments-là, se dire simplement « arrête de t’inquiéter » ne résout pas grand-chose.
Notre expérience ne se résume pas à une conclusion rationnelle.
Quelque chose peut être compris intellectuellement tandis que le corps, l’attention ou l’envie d’agir restent encore mobilisés autrement.
Cela ne signifie pas que la raison ne sert à rien.
Cela signifie seulement que comprendre une situation et pouvoir la vivre avec davantage de calme ne se produisent pas toujours exactement au même moment.
Quand se protéger commence à réduire nos possibilités
Anticiper, contrôler, vérifier ou éviter ont souvent une fonction.
Ils cherchent à réduire une part d’incertitude.
La difficulté apparaît davantage lorsqu’une grande partie de notre vie commence à s’organiser autour de cette réduction.
Nous préparons de plus en plus.
Nous hésitons plus longtemps.
Nous repoussons certaines situations.
Nous demandons davantage de garanties.
Nous choisissons parfois ce qui paraît le plus sûr plutôt que ce que nous désirons réellement.
Et une autre question peut peu à peu disparaître :
« Qu’est-ce que j’ai envie de vivre ? »
La frontière n’est pas toujours facile à repérer.
Être consciencieux n’est pas un problème.
Réfléchir avant de décider non plus.
Préparer une rencontre importante peut être très ajusté.
Ce qui mérite davantage notre attention est la liberté que nous conservons.
Est-ce que je choisis de préparer ou ai-je le sentiment que je ne peux plus faire autrement ?
Est-ce que je décide de dire oui ou est-ce que dire non me semble presque impossible ?
Est-ce que j’évite cette situation parce qu’elle ne me convient pas ou parce que l’anxiété a progressivement réduit les autres possibilités ?
Lorsque le doute nous éloigne aussi de nos propres choix, cette question peut rejoindre celle de l’estime de soi et de la confiance en soi.
Ce qui devient visible lorsque nous ralentissons
Lorsque nous racontons une situation, nous pouvons avoir l’impression que tout s’est produit d’un seul mouvement.
« J’ai paniqué et j’ai vérifié. »
« J’ai eu peur et j’ai dit oui. »
« Je me suis inquiété et j’ai immédiatement envoyé un message. »
En ralentissant un peu, plusieurs moments peuvent apparaître.
Quelque chose s’est passé.
Nous avons compris ou imaginé quelque chose à propos de cette situation.
Une tension a commencé.
Puis une réponse nous a semblé nécessaire : vérifier, préparer, éviter, demander, nous adapter.
C’est aussi ce que nous pouvons explorer en Gestalt.
Non pas pour décider immédiatement ce que l’anxiété signifie, mais pour regarder comment l’expérience se construit pour cette personne, dans cette situation précise.
Ce même mouvement peut parfois apparaître pendant une séance.
Chercher longtemps le mot parfaitement juste.
Se demander si ce que l’on raconte est suffisamment important.
Vouloir savoir si l’on fait « correctement » la thérapie.
Hésiter à dire que l’on n’est pas d’accord.
Nous n’avons pas besoin de considérer ces mouvements comme des symptômes à corriger.
Ils peuvent simplement nous montrer quelque chose de notre manière habituelle de chercher de la sécurité lorsque nous ne savons pas exactement ce qui va se passer.
Et lorsque cette manière de fonctionner devient plus visible, il devient parfois possible d’essayer autre chose.
Retrouver un peu plus de liberté face à l’incertitude
L’objectif n’est probablement pas de ne plus jamais ressentir d’anxiété.
Certaines situations resteront incertaines.
Certaines décisions continueront à nous faire hésiter.
Certaines relations compteront suffisamment pour nous rendre vulnérables.
Il peut plutôt s’agir de pouvoir rester un peu davantage avec cette incertitude sans devoir toujours la faire disparaître immédiatement.
Faire un choix sans être certain à 100 %.
Dire ce que l’on pense sans avoir préparé chaque phrase.
Accepter qu’une personne puisse être déçue sans que cela signifie nécessairement perdre la relation.
Essayer quelque chose sans avoir la garantie que tout se passera comme prévu.
L’anxiété peut alors rester présente sans devenir la seule chose qui organise notre réponse.
Ce qui change n’est pas forcément que nous ne ressentons plus rien.
C’est que, progressivement, plusieurs possibilités redeviennent accessibles là où une seule réponse semblait auparavant possible.
Et c’est peut-être là que se trouve une forme de liberté : non pas dans l’absence totale d’anxiété, mais dans la possibilité de continuer à choisir lorsque celle-ci apparaît.
Questions fréquentes sur l’anxiété
L’anxiété se manifeste-t-elle toujours par des crises d’angoisse ?
Non. Elle peut se manifester dans les pensées, le corps et les comportements. Anticipation, tension, contrôle, évitement ou recherche de réassurance peuvent parfois y participer, sans constituer à eux seuls une preuve d’anxiété.
Comment savoir si l’anxiété prend trop de place ?
Son retentissement compte autant que son intensité. Lorsqu’elle devient persistante, source de souffrance ou qu’elle commence à limiter le sommeil, les relations, les activités ou les choix du quotidien, il peut être utile d’en parler avec un professionnel de santé.
Que regarde une approche en Gestalt face à l’anxiété ?
Elle peut permettre de regarder comment l’expérience se construit aujourd’hui : ce qui déclenche la tension, ce que nous imaginons, ce qui se passe dans le corps et les réponses que nous mettons en place pour retrouver de la sécurité. L’objectif n’est pas d’imposer une interprétation, mais de rendre davantage visible ce qui se passe.
Repères et sources
Assurance Maladie : Comprendre les troubles anxieux de l’adulte.
Organisation mondiale de la Santé : Anxiety disorders.


