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Comment se manifeste l’anxiété et que peut-elle dire de nous ?

  • Guillaume Siegler
  • 17 août
  • 8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 heures

L’anxiété ne dit pas toujours : « J’ai peur. »

Elle peut aussi dire :

« Je préfère prévoir. »

« Je veux juste être sûr. »

« Je vais vérifier une dernière fois. »

« Il faut que je trouve les bons mots. »

« Je ne veux pas décevoir. »

« Je pourrais sûrement faire encore un peu mieux. »


Et c’est peut-être pour cela qu’il n’est pas toujours facile de comprendre comment se manifeste l’anxiété dans notre quotidien.

On peut continuer à travailler, assurer, prendre soin des autres, être fiable, organisé, performant… tout en vivant intérieurement avec une tension presque permanente.

L’anxiété n’empêche pas toujours d’avancer.

Elle peut aussi nous pousser à avancer sans jamais vraiment nous laisser souffler.


Comment l’anxiété peut-elle se manifester au quotidien ?


L’anxiété fait partie de nos réactions humaines face à ce que nous percevons comme incertain, menaçant ou particulièrement important.

Un entretien. Une décision. Un rendez-vous. Une prise de parole. Une attente. Une relation dont on ne sait pas ce qu’elle va devenir.

Mais elle ne ressemble pas toujours à une crise d’angoisse.

L’anxiété peut ainsi se manifester dans les pensées, le corps et les comportements, même lorsqu’il n’y a pas de crise d’angoisse.

Elle peut apparaître dans nos pensées : anticiper ce qui pourrait arriver, refaire une conversation, imaginer les conséquences d’une décision, chercher longtemps la bonne réponse.


Lorsque la pensée revient sur la même situation sans vraiment nous rapprocher d’une réponse, elle peut prendre la forme de ruminations mentales et de pensées qui tournent en boucle.

Elle peut se manifester dans notre corps : tension, agitation, fatigue, sommeil perturbé, difficulté à relâcher.

Et elle peut aussi apparaître dans nos comportements.

C’est cette dernière dimension que nous reconnaissons parfois moins.

Lorsque l’anxiété devient intense, persistante ou qu’elle a un retentissement important sur la vie quotidienne, il peut être utile d’en parler avec un professionnel de santé. Ici, je parle plus largement de la manière dont l’anxiété peut se vivre et prendre progressivement de la place dans notre quotidien.


Quand l’anxiété se cache dans nos comportements


Vous pouvez avoir peur d’être en retard… et partir beaucoup trop tôt.

Craindre de mal faire… et vérifier plusieurs fois.

Redouter de décevoir… et accepter alors que vous auriez voulu dire non.

Avoir peur de ne pas trouver les bons mots… et préparer mentalement une conversation pendant des heures.

Craindre une situation… et commencer à l’éviter.

Douter de ce que vous avez fait… et demander régulièrement aux autres de vous rassurer.

Sur le moment, certains de ces comportements soulagent.

Ils permettent de réduire l’incertitude ou donnent l’impression de reprendre un peu de contrôle.

Le problème n’est donc pas seulement l’anxiété que nous ressentons. C’est aussi tout ce que nous pouvons progressivement organiser autour d’elle pour essayer de ne plus la ressentir.

Éviter. Contrôler. Suranticiper. Se suradapter. Tout préparer. Se rassurer.

Parfois aussi, chercher à couper ce qui est trop difficile à sentir dans le travail, les écrans, la nourriture, l’alcool ou d’autres comportements d’apaisement ou de compensation.

Cela ne signifie évidemment pas que ces comportements seraient toujours causés par l’anxiété. Mais ils peuvent, chez certaines personnes, devenir une manière de tenter de réguler ce qui est difficile à vivre.


Pourquoi cherchons-nous à contrôler, anticiper ou éviter ?


C’est là que la question devient plus personnelle.

Parce que deux personnes peuvent avoir exactement le même comportement sans vivre du tout la même chose.

Vous pouvez vouloir tout contrôler parce que l’incertitude vous est difficilement supportable.

Une autre personne parce qu’elle redoute profondément l’échec.

Une autre encore parce qu’elle craint le regard des autres.

Ou de décevoir.

D’être rejetée.

De ne pas être suffisamment bien.


Lorsque cette peur se joue surtout dans le lien à l’autre, elle peut aussi rejoindre certaines de nos difficultés relationnelles : peur de décevoir, besoin d’être rassuré, difficulté à poser une limite ou à prendre sa place.

Je ne crois donc pas qu’il existe un message caché de l’anxiété qu’il suffirait de décoder.

La question qui m’intéresse davantage serait :

Qu’est-ce qui se passe pour vous lorsque vous ne pouvez plus anticiper, contrôler, vérifier ou vous protéger ?

C’est souvent là que quelque chose de plus singulier peut commencer à apparaître.


« Je sais que ce n’est pas grave… mais je n’arrive pas à m’arrêter »


Peut-être vous êtes-vous déjà dit cela.

Et cette phrase raconte quelque chose d’important.

Comprendre rationnellement qu’une situation n’est pas dangereuse ne suffit pas toujours à nous apaiser.

Vous pouvez savoir que cinq minutes de retard ne sont pas catastrophiques… et sentir malgré tout votre corps se tendre.

Savoir que vous avez suffisamment préparé votre travail… et continuer à douter.

Savoir que l’autre ne va probablement pas vous abandonner… et ressentir malgré tout le besoin d’être rassuré.

Il existe alors un écart entre ce que nous savons et ce que nous vivons.

Et cet écart mérite davantage que : « Arrête de t’inquiéter. »


Quand se protéger finit par réduire notre liberté


Et pendant que nous essayons de nous protéger de ce que nous craignons, une autre question peut finir par disparaître :

Qu’est-ce que j’ai envie de vivre ?


Lorsque le doute finit aussi par nous éloigner de ce que nous voulons, de nos choix ou de ce sur quoi nous pouvons nous appuyer, la question rejoint également celle de l’estime de soi et de la confiance en soi.

Anticiper peut être utile.

Être consciencieux aussi.

Préparer, vérifier ou réfléchir avant d’agir ne sont pas en eux-mêmes des problèmes.

La question est plutôt celle de la liberté que nous conservons.

Est-ce que je choisis de préparer… ou est-ce que je ne peux plus faire autrement ?

Est-ce que je décide de dire oui… ou est-ce que dire non m’est devenu presque impossible ?

Est-ce que j’évite cette situation parce qu’elle ne m’intéresse pas… ou parce que l’anxiété commence à décider à ma place ?

Petit à petit, une grande partie de notre énergie peut être consacrée à empêcher quelque chose d’arriver.



Les autres visages que peut prendre l’anxiété


Le contrôle n’est qu’une des manières dont l’anxiété peut parfois prendre place dans notre vie.

Chez certaines personnes, elle peut aussi se retrouver dans le besoin de toujours rester en mouvement, dans un rapport au sport qui ne laisse plus beaucoup de place au repos, dans l’humour utilisé pour garder à distance ce qui pèse, ou encore dans cette manière de ne jamais rien demander à personne pour ne pas déranger ou se sentir vulnérable.

Ces comportements ne sont pas des signes d’anxiété en eux-mêmes. C’est ce qu’ils viennent soutenir, éviter ou protéger pour chacun qui m’intéresse.

Ce sont aussi ces différentes manières de vivre l’anxiété que j’explorerai dans les articles de cette rubrique.


Ce que nous pouvons regarder en Gestalt lorsque l’anxiété prend de la place


L’anxiété peut ainsi se manifester dans les pensées, le corps et les comportements, même lorsqu’il n’y a pas de crise d’angoisse.

L’anxiété ne se manifeste pas seulement dans les moments où nous nous sentons clairement anxieux.

Elle peut apparaître dans une journée de travail, dans une décision, avant un rendez-vous, dans une relation ou lorsque nous devons dire ce que nous pensons.

Nous pouvons chercher longtemps les bons mots. Vérifier une dernière fois. Minimiser ce que nous ressentons. Demander l’avis de quelqu’un alors que nous avons déjà une idée de ce que nous voulons. Ou encore faire beaucoup pour éviter de nous retrouver face à l’incertitude.


En Gestalt, ce sont aussi ces façons de faire que nous pouvons regarder.

Non pas pour conclure immédiatement : « Voilà ce que votre anxiété signifie », mais pour comprendre plus précisément ce qui se passe pour vous dans ces moments-là.

Qu’est-ce qui devient difficile lorsque vous ne pouvez plus prévoir ? Lorsque vous risquez de décevoir ? Lorsque vous ne savez pas exactement quoi faire ? Lorsque vous devez vous fier un peu davantage à ce que vous ressentez ou à ce que vous voulez ?

Ce qui se passe dans la vie quotidienne peut parfois apparaître aussi pendant une séance.

Chercher le mot parfaitement juste avant de répondre. Se demander si ce que l’on raconte est suffisamment important. Vouloir savoir si l’on « fait bien ». Hésiter à dire que l’on n’est pas d’accord.

Ce n’est pas quelque chose de différent de ce qui se passe dehors. C’est aussi une autre occasion de rencontrer la même manière de se protéger, de s’adapter ou de chercher à réduire l’incertitude.

Et lorsqu’elle apparaît, nous pouvons simplement nous y arrêter ensemble : regarder ce qui est présent, ce que cette manière de faire permet encore aujourd’hui, mais aussi la place qu’elle finit parfois par prendre.


L’enjeu n’est pas de supprimer brutalement ce qui nous a aidés à nous protéger. Il est de retrouver progressivement davantage de possibilités là où certaines réponses étaient devenues presque automatiques.


L’objectif n’est pas de ne plus jamais ressentir d’anxiété


Et parfois, vouloir à tout prix ne plus jamais ressentir d’anxiété peut devenir une nouvelle manière d’essayer de tout contrôler.

L’enjeu peut être ailleurs.

Pouvoir ressentir davantage d’incertitude sans devoir immédiatement la faire disparaître.

Faire un choix sans être certain à 100 %.

Dire ce que l’on pense sans avoir préparé chaque phrase.

Accepter de ne pas toujours faire parfaitement.

Dire non sans pouvoir garantir que l’autre ne sera jamais déçu.

Essayer, même sans être totalement sûr.

Autrement dit : retrouver progressivement davantage de liberté là où l’anxiété avait commencé à décider à notre place.

L’anxiété n’est alors plus seulement quelque chose à faire taire.

Elle peut devenir quelque chose que l’on apprend à reconnaître, à comprendre et à traverser autrement.


Peut-être vous reconnaissez-vous dans certaines de ces façons de fonctionner


Pendant longtemps, je n’identifiais pas moi-même certaines de mes façons de fonctionner comme de l’anxiété. Elle se cachait davantage dans l’action, l’exigence, le besoin de bien faire ou d’être présent pour les autres. J’en parle davantage dans mon parcours et ce qui m’a conduit à la Gestalt.

Et si vous vous demandez ce qu’implique concrètement le fait de commencer une thérapie, vous pouvez également consulter les questions que l’on peut se poser avant de commencer.

Vous n’avez pas besoin d’avoir déjà tout compris ni de savoir exactement ce qui vous amène.

Parfois, constater que quelque chose prend trop de place est déjà un point de départ.

Si vous souhaitez en parler, vous pouvez découvrir les modalités des séances et me contacter.


Si vous souhaitez prolonger cette réflexion au-delà de l’anxiété elle-même, j’explique aussi ce qu’une Gestalt-thérapie peut progressivement changer dans le quotidien : dans la relation au corps, aux émotions, aux choix et aux autres.

Questions fréquentes sur l’anxiété


L’anxiété se manifeste-t-elle toujours par des crises d’angoisse ?

Non. Elle peut aussi se manifester dans les pensées, le besoin d’anticiper ou de contrôler, l’évitement, la recherche de réassurance ou certaines façons de s’adapter. Elle peut donc prendre beaucoup de place sans ressembler à une crise d’angoisse.


Comment savoir si l’anxiété prend trop de place ?

Ce n’est pas seulement son intensité qui compte, mais aussi son impact : lorsqu’elle devient persistante, source de souffrance ou qu’elle commence à limiter les choix, les relations, le sommeil ou la vie quotidienne, il peut être utile d’en parler avec un professionnel.

L’Assurance Maladie retient précisément le retentissement sur la vie quotidienne parmi les éléments importants concernant les troubles anxieux.


Que regarde une approche en Gestalt face à l’anxiété ?

Je ne cherche pas seulement à comprendre pourquoi l’anxiété est présente. Nous regardons aussi comment elle se manifeste aujourd’hui : dans le corps, les pensées, les comportements, les choix et les relations, afin de retrouver progressivement davantage de conscience et de liberté.


Repères et sources


Guillaume Siegler - Praticien Gestalt Thérapeute

Formé à l’IFAS - École Humaniste de Gestalt, j’accompagne à Clamart et en visio des adultes autour de l’anxiété, des relations et de l’estime de soi.

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