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Qu’est-ce que la Gestalt-thérapie ? Comprendre la méthode et la Gestalt-Thérapie Intégrative

  • Guillaume Siegler
  • il y a 9 heures
  • 9 min de lecture

Vous avez peut-être déjà beaucoup réfléchi à ce qui vous arrive.

Vous savez que vous avez tendance à trop anticiper. Que vous cherchez souvent à être sûr avant de décider. Que vous avez du mal à dire non. Que certaines relations prennent énormément de place dans votre tête. Ou que vous pouvez comprendre parfaitement qu’une situation n’est pas si grave… tout en continuant à la vivre comme si elle l’était.

Parfois, vous connaissez même l’origine possible de certaines réactions. Et pourtant, au moment où la situation se présente à nouveau, quelque chose recommence : vous vous adaptez, vous doutez, vous contrôlez, vous vous retenez, vous cherchez la bonne réponse.

C’est souvent à cet endroit que la Gestalt-thérapie m’intéresse. Pas uniquement pour chercher : « Pourquoi est-ce que je fonctionne comme cela ? » Mais également pour regarder : « Comment cela se passe-t-il aujourd’hui, au moment où je le vis ? » Et peut-être progressivement : « Est-ce que quelque chose d’autre pourrait devenir possible ? »

La Gestalt-thérapie : regarder la personne dans son ensemble

La Gestalt-thérapie s’est développée dans les années 1950, notamment autour de Fritz et Laura Perls, Paul Goodman et du groupe de travail new-yorkais. La publication en 1951 de Gestalt Therapy constitue un repère important dans la naissance de l’approche.

Elle appartient à la famille des approches humanistes et accorde une place importante à une idée qui peut sembler simple : nous ne vivons jamais uniquement dans notre tête.

Lorsque quelque chose nous arrive, plusieurs dimensions peuvent être présentes en même temps : une pensée, une émotion, une sensation corporelle, une envie d’agir, une envie de fuir, une manière d’entrer en relation. Et tout cela apparaît dans un contexte particulier : notre travail, notre couple, notre famille, notre histoire, notre environnement.

L’EAGT décrit ainsi la Gestalt comme une approche qui envisage de manière indissociable les dimensions corporelles, mentales, psychologiques et sociales de la personne, elle-même toujours en relation avec son environnement.

Prenons une situation simple. Quelqu’un ne répond pas à votre message. Vous pensez : « J’ai dû faire quelque chose. » Votre ventre se serre peut-être légèrement. Vous relisez votre dernier message. Puis vous regardez à quelle heure il a été lu. Vous hésitez à envoyer quelque chose. Et quelques minutes plus tard, vous n’êtes plus seulement face à un message sans réponse : vous êtes peut-être déjà en train de vous demander « Est-ce qu’il y a un problème entre nous ? »

La Gestalt ne regarderait donc pas uniquement la pensée. Nous pouvons aussi regarder tout ce qui se met en mouvement autour d’elle : ce que vous ressentez, ce que votre corps fait, ce que vous avez immédiatement envie de vérifier et ce que vous cherchez peut-être à retrouver — une réponse, de la sécurité, la certitude que le lien existe toujours.

L’ici et maintenant : regarder ce qui se passe réellement

On associe souvent la Gestalt à l’expression « ici et maintenant ». Elle peut être mal comprise. Cela ne signifie pas : « Oublions votre passé. » Ni : « Ce qui vous est arrivé auparavant n’a aucune importance. »

Votre histoire compte. Les expériences que vous avez vécues peuvent avoir participé à construire certaines manières d’être avec les autres, de vous protéger, de demander, de vous adapter ou de faire face à l’incertitude. Mais ce qui nous intéresse également est : comment cette histoire continue-t-elle éventuellement à apparaître aujourd’hui ?

Imaginons que vous ayez appris très tôt qu’il valait mieux ne pas déranger. Aujourd’hui, personne ne vous dit que vous n’avez pas le droit d’avoir besoin de quelque chose. Et pourtant, lorsqu’il faudrait demander de l’aide, vous dites : « Non, c’est bon, je vais me débrouiller. »

Ou peut-être avez-vous grandi dans un environnement où il fallait beaucoup anticiper. Aujourd’hui, la situation a changé. Mais dès qu’un rendez-vous important approche, votre esprit commence à préparer plusieurs scénarios. Le travail ne consiste donc pas nécessairement à chercher encore plus profondément une explication dans le passé. Il peut aussi consister à regarder : « Qu’est-ce qui se passe aujourd’hui lorsque je me retrouve dans une situation semblable ? »

Ce que vous racontez… et ce qui se passe pendant que vous le racontez

Vous pourriez venir me parler d’une difficulté avec votre responsable. Vous m’expliquez qu’il vous demande régulièrement plus que ce que vous pouvez raisonnablement faire. Vous savez que cela vous épuise et que vous auriez probablement besoin de poser une limite.

Puis je vous demande : « Qu’auriez-vous envie de lui dire ? » Vous commencez, vous vous arrêtez, vous cherchez vos mots, vous reformulez. Puis vous dites peut-être : « Enfin, après, je comprends aussi son point de vue. » Et vous me regardez : « Vous pensez que je suis trop dur ? »

Nous pourrions continuer à parler de votre responsable. Mais quelque chose vient également de se passer entre nous. Au moment même où vous commenciez à prendre votre position, vous avez peut-être commencé à la relativiser, puis vous avez cherché dans mon regard si vous aviez le droit de penser ce que vous pensiez.

Cela ne prouve rien sur vous. Mais nous pouvons nous demander ensemble : « Est-ce que quelque chose de semblable se passe parfois ailleurs ? » Au travail ? Dans votre couple ? Avec votre famille ? Quand vous devez poser une limite ?

C’est là que la séance ne sert plus seulement à raconter ce qui se passe dehors. Ce qui se passe dehors peut parfois commencer à apparaître dans la séance.

La relation thérapeutique fait partie du travail

La relation entre le praticien et la personne accompagnée occupe une place particulièrement importante en Gestalt. Elle n’est pas uniquement le cadre dans lequel nous discutons. Elle peut aussi devenir un lieu où certaines manières d’être en relation deviennent visibles.

Concrètement, vous pourriez avoir peur que je vous juge, chercher à me donner la bonne réponse, avoir envie de me demander ce que vous devez faire, être en désaccord avec moi mais hésiter à me le dire, ou vous demander ce que je pense de vous après avoir raconté quelque chose dont vous avez honte.

Ces moments ne sont pas des erreurs dans la thérapie. Ils peuvent devenir une partie du travail. Parce que nous pouvons nous arrêter, regarder ce qui vient de se passer et peut-être essayer quelque chose que vous faites rarement ailleurs : me dire que vous n’êtes pas d’accord, rester silencieux sans devoir remplir l’espace, exprimer un besoin, ou dire « Là, ce que vous venez de dire me dérange. »

S’ajuster aux autres… sans toujours se perdre soi-même

La Gestalt s’intéresse également à la manière dont nous nous ajustons à notre environnement. Nous le faisons en permanence. Et heureusement. Nous ne nous comportons pas de la même manière avec notre responsable, notre partenaire, un inconnu ou notre enfant.

Le problème n’est donc pas de s’adapter. La question peut plutôt devenir : est-ce que certaines manières de m’adapter sont devenues si automatiques qu’elles limitent aujourd’hui mes possibilités ?

Vous avez peut-être appris à repérer très vite ce dont les autres ont besoin. Cela a pu être une véritable ressource : vous êtes attentif, fiable, disponible. Mais peut-être qu’en faisant cela très souvent, une autre question apparaît beaucoup moins : « Et moi, de quoi ai-je besoin ? »

Le travail n’est pas nécessairement de supprimer cette manière de faire. Il peut consister à retrouver davantage de choix : pouvoir continuer à anticiper lorsque cela vous aide, mais pouvoir aussi ne pas le faire lorsque cela vous épuise ; pouvoir être attentif aux autres sans devoir systématiquement disparaître derrière leurs besoins.

Pourquoi parle-t-on de Gestalt-Thérapie Intégrative ?

C’est ici qu’il est important de distinguer la Gestalt-thérapie au sens large de la manière dont je me suis personnellement formé.

Il existe différentes écoles et différentes sensibilités au sein de la Gestalt. Je me suis formé à l’IFAS – École Humaniste de Gestalt, qui nomme l’approche qu’elle enseigne Gestalt-Thérapie Intégrative.

Cette appellation correspond donc à une orientation particulière de l’école et ne doit pas être comprise comme la définition de l’ensemble de la Gestalt-thérapie. L’IFAS situe la naissance de son programme de thérapie intégrative humaniste en 1996 et indique avoir développé à partir de 2005 une forme de formation nommée « Gestalt-Thérapie Intégrative ».

Dans cette orientation, les fondements de la Gestalt restent présents : l’expérience, l’ici et maintenant, la relation, le corps, les émotions, l’environnement et la manière dont la personne s’ajuste. L’IFAS indique également intégrer à son enseignement différents apports contemporains ainsi que des pratiques de méditation.

Pour autant, dans ma manière de pratiquer, je ne vois pas « intégrative » comme le fait d’empiler différentes techniques. Ce qui m’intéresse davantage est de pouvoir regarder une même expérience sous plusieurs angles : votre pensée, votre émotion, votre corps, votre histoire, votre environnement, votre manière d’entrer en relation et parfois ce qui se passe entre nous lorsque vous me racontez tout cela.

Comprendre est important. Mais comprendre ne suffit pas toujours.

Vous pouvez parfaitement savoir : « J’ai peur de décevoir. » Et continuer à dire oui. Vous pouvez comprendre : « J’ai besoin que les autres me rassurent. » Et continuer à attendre leur approbation avant de décider. Vous pouvez savoir : « J’anticipe parce que l’incertitude m’angoisse. » Et continuer à imaginer tous les scénarios possibles avant de dormir.

Cette compréhension est précieuse. Mais parfois, elle ne transforme pas immédiatement l’expérience. Il peut alors devenir intéressant de rencontrer ce qui se passe au moment même où la difficulté apparaît.

Que ressentez-vous exactement lorsque vous imaginez dire non ? Que se passe-t-il dans votre corps ? À quoi pensez-vous immédiatement ? Qu’avez-vous peur qu’il arrive ? Et peut-être : qu’est-ce qui devient possible si, quelques secondes, vous ne faites pas immédiatement ce que vous avez l’habitude de faire ?

La Gestalt ne consiste pas à vous dire ce que vous devez faire

Mon rôle n’est pas de choisir à votre place. Je ne sais pas mieux que vous si vous devez quitter votre travail, rester dans votre couple, accepter une proposition, dire non, pardonner, partir ou continuer.

Je peux avoir un regard, vous poser une question, vous faire part de quelque chose que j’observe. Mais la décision reste la vôtre. Ce que nous pouvons regarder ensemble, en revanche, est : qu’est-ce qui se passe lorsque vous devez choisir ?

Alors, qu’est-ce que la Gestalt-thérapie cherche à changer ?

Je serais prudent avec cette formulation. Une thérapie ne produit pas exactement les mêmes mouvements chez tout le monde et je ne crois pas qu’il existe une version idéale de soi qu’il faudrait atteindre. Je parlerais plutôt de possibilités supplémentaires.

Pouvoir reconnaître plus tôt ce qui se passe pour soi. Ressentir une émotion sans devoir immédiatement la faire disparaître. Poser une limite sans être certain que l’autre l’acceptera. Demander quelque chose. Recevoir. Rester en relation sans systématiquement s’effacer. Faire un choix même lorsqu’une part de doute demeure.

Ou simplement commencer à distinguer : « Je fais cela parce que je le veux » de « Je fais cela parce que j’ai peur de ce qui se passerait si je ne le faisais pas. »

C’est peut-être là que je situerais le cœur du travail. Pas devenir quelqu’un d’autre. Mais retrouver progressivement davantage de liberté dans la manière d’être soi, avec les autres et dans sa propre vie.

Comment cela se traduit-il concrètement en séance ?

La Gestalt ne se résume évidemment pas aux quelques principes présentés ici. Une autre question apparaît alors assez naturellement : qu’est-ce que nous faisons réellement pendant une séance ? Comment le praticien intervient-il ? Pourquoi revient-il parfois au corps ? Que fait-il de ce qui apparaît dans la relation ? Et comment une expérience vécue en séance peut-elle progressivement avoir un effet dans la vie quotidienne ?

C’est ce que je développe dans l’article Comment fonctionne la Gestalt-thérapie ? Ce qui se passe réellement en séance. Pour prolonger vers ce qui peut progressivement évoluer dans la vie quotidienne, vous pouvez aussi lire Que peut changer une Gestalt-thérapie dans notre quotidien ? Et si vous cherchez à situer cette approche par rapport à d’autres cadres, je détaille également les différences entre psychologie, psychanalyse et Gestalt-thérapie.

Pour aller plus loin selon ce que vous traversez

Si vous vous reconnaissez davantage dans l’anxiété au quotidien, les difficultés relationnelles ou les questions d’estime et de confiance en soi, ces articles permettent de voir comment ces expériences peuvent se manifester concrètement dans la vie quotidienne.

Guillaume Siegler — Praticien Gestalt

Formé à l’IFAS – École Humaniste de Gestalt, je pratique une Gestalt-Thérapie Intégrative dans laquelle une attention particulière est portée à l’expérience présente, à la relation, au corps, aux émotions et à la manière dont chacun s’ajuste à son environnement.

J’accompagne à Clamart et en visio des adultes autour notamment de l’anxiété, des difficultés relationnelles et de l’estime de soi. Vous n’avez pas besoin d’avoir déjà compris pourquoi vous fonctionnez d’une certaine manière avant de commencer. Le travail peut justement commencer par regarder ce qui se passe aujourd’hui, au moment où certaines difficultés apparaissent, ce que vous cherchez à protéger ou à retrouver, et ce dont vous pourriez avoir besoin.

Vous pouvez également découvrir comment se déroule un accompagnement.

Sources

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