Psychologie, psychanalyse et Gestalt-thérapie : quelles différences ?
- Guillaume Siegler
- il y a 6 heures
- 7 min de lecture
Vous savez peut-être déjà pourquoi vous réagissez comme cela.
Vous avez compris que votre peur de décevoir ne date pas d’hier. Que votre besoin de tout contrôler s’est construit à une période où l’incertitude était particulièrement difficile à vivre. Que vous avez appris à vous adapter, à être fort, à ne pas déranger ou à prendre soin des autres.
Et pourtant…
Votre responsable vous demande encore quelque chose et vous dites oui alors que vous vouliez dire non. Une personne prend ses distances et vous commencez immédiatement à chercher ce que vous avez fait de travers. Une décision arrive et vous cherchez la bonne réponse avant même de vous demander ce que vous voulez réellement.
Nous pouvons parfois comprendre beaucoup de choses sur nous… et continuer malgré tout à les reproduire.
C’est aussi ce qui permet de comprendre certaines différences entre psychologie, psychanalyse et Gestalt-thérapie. Non pas pour déterminer qu’une approche serait meilleure que les autres, mais pour comprendre où chacune porte son attention et comment le travail thérapeutique peut se dérouler.
D’abord, nous ne comparons pas exactement la même chose
En France, psychologue est un titre professionnel réglementé. Le ministère de l’Enseignement supérieur précise que l’usage professionnel du titre est notamment accessible aux personnes titulaires d’une licence en psychologie et d’un master mention psychologie comportant un stage professionnel supervisé répondant aux conditions prévues par les textes. Voir la source officielle du ministère.
La psychologie est, elle, une discipline très large. Tous les psychologues ne travaillent donc pas de la même manière : leur orientation clinique et thérapeutique peut varier.
La psychanalyse et la Gestalt-thérapie désignent davantage des courants et des approches thérapeutiques. Autre distinction utile : le titre de psychothérapeute est lui aussi réglementé en France et réservé aux professionnels inscrits au registre national des psychothérapeutes. Légifrance le précise ici.
La psychanalyse : comprendre ce qui agit parfois à notre insu
La psychanalyse s’est développée à partir des travaux de Sigmund Freud. Elle accorde une place importante aux processus inconscients, à l’histoire de la personne, aux conflits psychiques, aux répétitions et à ce qui peut se rejouer dans la relation avec l’analyste.
La Société Psychanalytique de Paris rappelle que l’association libre — dire ce qui vient à l’esprit — et le transfert occupent une place centrale dans la méthode. La définition proposée par la SPP décrit notamment le travail autour des significations inconscientes et de ce qui s’actualise dans la relation analytique.
Une question pourrait alors être : « Qu’est-ce qui, dans mon histoire et ma vie psychique, participe à ce que je vis aujourd’hui ? »
Pourquoi cette situation me touche-t-elle autant ? Pourquoi certaines relations semblent-elles se répéter ? Pourquoi est-ce que je ressens cela alors qu’une partie de moi sait que la situation actuelle ne l’explique pas complètement ?
Mais réduire la psychanalyse au seul « pourquoi » serait faux. Elle travaille elle aussi avec ce qui apparaît dans la relation présente, notamment à travers le transfert.
En Gestalt, le « pourquoi » compte aussi
La Gestalt-thérapie s’est développée au XXe siècle avec notamment Fritz Perls, Laura Perls et Paul Goodman. La Société Française de Gestalt la situe à la fois dans une continuité historique avec la psychanalyse freudienne et dans une prise de distance avec certaines de ses conceptions. Elle met particulièrement l’accent sur le contact et sur les modalités de notre rapport à autrui.
Dire que la Gestalt s’intéresse au présent ne signifie donc pas : « On ne parle pas du passé. »
Notre histoire participe à ce que nous sommes devenus. Dans l’approche intégrative enseignée à l’IFAS, le travail prend en compte la personne dans sa totalité — corps, émotions, pensées, relations et environnement — tout en reliant l’expérience actuelle à ce qui s’est construit auparavant. L’histoire et le positionnement de l’IFAS sont présentés ici.
Quelqu’un qui a appris très tôt qu’il valait mieux ne pas déranger peut continuer, adulte, à ne pas demander. Une personne qui a vécu le désaccord comme dangereux pour la relation peut continuer à sourire alors qu’elle est en colère.
Comprendre pourquoi cela s’est construit peut donc être précieux. Mais la Gestalt ajoute fortement une autre question.
Maintenant que je comprends pourquoi… comment cela se passe-t-il aujourd’hui ?
Imaginons que vous sachiez très bien pourquoi vous avez peur de décevoir.
Pendant une séance, vous me racontez votre histoire. Puis je vous dis quelque chose avec lequel vous n’êtes pas d’accord.
Vous hésitez. Votre regard se détourne. Vous commencez une phrase. Puis finalement : « Oui… peut-être. »
Votre difficulté n’est alors plus seulement quelque chose dont nous parlons. Une partie de ce que vous vivez à l’extérieur est peut-être en train d’apparaître entre nous.
C’est là que le « comment » devient particulièrement intéressant : comment sentez-vous que quelque chose ne vous convient pas ? Que se passe-t-il dans votre corps ? Quelle pensée apparaît ? Qu’imaginez-vous qu’il pourrait arriver si vous me disiez franchement : « Non, là je ne suis pas d’accord avec vous » ?
L’IFAS accorde précisément une place importante à ce qui se joue ici et maintenant dans la relation thérapeutique. Le thérapeute n’observe pas seulement de loin : il peut utiliser ce qu’il remarque dans la rencontre comme matière de travail. L’IFAS développe cette dimension dans sa page sur la relation thérapeutique.
Comprendre… prendre conscience… puis pouvoir s’ajuster
C’est probablement ainsi que je résumerais le déplacement de la Gestalt.
Pas seulement : « Pourquoi est-ce que je fonctionne comme cela ? »
Mais aussi : « Comment cela se manifeste-t-il aujourd’hui ? »
Puis : « Maintenant que je le vois, qu’est-ce qui pourrait devenir différent ? »
Il ne s’agit pas d’apprendre une nouvelle bonne réponse applicable partout. Il s’agit plutôt de retrouver davantage de possibilités pour répondre à la situation présente.
Parfois : « Oui. » Parfois : « Non. » Parfois : « Je ne sais pas encore. » Ou simplement : « J’ai besoin d’y réfléchir avant de te répondre. »
Ce changement peut paraître minuscule. Mais lorsque l’on a répondu automatiquement de la même manière pendant des années, disposer d’une possibilité supplémentaire peut déjà modifier beaucoup de choses.
La relation à soi, aux autres… et au reste du monde
C’est probablement l’une des dimensions de la Gestalt auxquelles je suis le plus attaché.
Nous ne pouvons pas toujours comprendre une difficulté uniquement en regardant ce qui se passe « à l’intérieur » d’une personne.
Vous pouvez être très sûr de vous avec vos amis et perdre vos moyens face à votre responsable. Savoir poser vos limites au travail et ne plus réussir à le faire avec votre famille. Avoir confiance dans vos compétences et vous sentir profondément insécurisé lorsqu’une personne que vous aimez prend de la distance.
La Gestalt regarde donc aussi ce qui se passe dans le contact.
Ma relation à moi-même : qu’est-ce que je ressens ? Qu’est-ce que je veux ? Qu’est-ce que je retiens ?
Ma relation aux autres : comment est-ce que je me rapproche, m’éloigne, demande, refuse, me protège ou m’adapte ?
Et ma relation au reste du monde : comment est-ce que je rencontre mon travail, mes contraintes, mes choix, les événements de ma vie et l’environnement dans lequel j’existe ?
L’European Association for Gestalt Therapy décrit précisément la personne comme indissociable de son environnement interpersonnel et écologique, et place la conscience du processus de contact au cœur de l’approche.
Le thérapeute n’occupe pas exactement la même place
Dans la psychanalyse classique, une importance particulière est donnée à l’association libre, au transfert, à l’interprétation et à l’émergence des significations inconscientes.
Dans la Gestalt telle que je la pratique, la relation est généralement plus explicitement engagée. Je peux vous demander ce que vous ressentez en me racontant quelque chose, observer qu’un sourire apparaît lorsque vous évoquez quelque chose de douloureux, ou vous dire que je remarque votre hésitation.
L’IFAS décrit le thérapeute gestaltiste comme un partenaire actif de la relation, engagé sans être directif. Cela ne signifie pas décider à votre place. Il ne s’agit pas de vous dire : « Quittez votre travail » ou « Vous devez mettre fin à cette relation ».
Il s’agit plutôt de regarder avec vous ce qui se passe lorsque vous êtes confronté à cette décision, afin que vous puissiez progressivement retrouver davantage d’appui et de liberté pour choisir.
Et que dit la recherche scientifique sur la Gestalt-thérapie ?
C’est ici qu’il faut être précis : la recherche quantitative consacrée spécifiquement à la Gestalt-thérapie reste moins développée que pour plusieurs autres psychothérapies.
Une étude publiée en 2025 dans Frontiers in Psychiatry apporte néanmoins des résultats intéressants. L’étude THEGETCI est une étude observationnelle, longitudinale et prospective menée auprès de 319 adultes engagés dans une Gestalt-thérapie, principalement pour des troubles anxieux et/ou de l’humeur de sévérité légère à modérée. Elle est également indexée dans PubMed.
Entre le début et la fin de l’accompagnement, les chercheurs ont observé des diminutions statistiquement significatives des scores d’anxiété, de dépression, d’évitement du danger et de détresse psychologique. Des augmentations significatives ont aussi été observées dans trois dimensions du caractère mesurées par le TCI, dont la Self-Directedness, qui renvoie notamment à l’autonomie, la responsabilité et la capacité à orienter son comportement.
Ces résultats sont encourageants, mais ils ne constituent pas une preuve définitive de causalité. L’étude ne comportait pas de groupe contrôle et les auteurs demandent eux-mêmes que les résultats soient confirmés dans d’autres cohortes.
La synthèse proposée par Florian Herpe permet d’en avoir une lecture française accessible. Pour les conclusions scientifiques, je préfère toutefois rester au plus près de la publication originale et de ses limites méthodologiques.
Alors, psychologie, psychanalyse ou Gestalt-thérapie ?
Je ne pense pas qu’une approche puisse être déclarée meilleure pour tout le monde.
Et derrière le nom d’une méthode, il y a aussi un professionnel, sa formation, son cadre et la relation que vous pourrez construire avec lui.
Ce qui caractérise particulièrement la Gestalt telle que je la pratique pourrait néanmoins se résumer ainsi : comprendre pourquoi quelque chose s’est construit, observer comment cela continue à se manifester aujourd’hui, puis voir ce qui pourrait progressivement devenir différent.
Dans notre manière de penser. Dans notre corps et nos émotions. Dans nos choix. Dans notre relation à nous-mêmes. Dans notre relation aux autres. Et dans notre relation au reste du monde.
Comprendre son histoire peut être précieux. Mais parfois une question finit par devenir tout aussi importante : « Maintenant que je comprends mieux ce qui m’a construit, comment ai-je envie de vivre avec cela aujourd’hui ? »
Pour aller plus loin
Pour découvrir l’approche elle-même : Qu’est-ce que la Gestalt-thérapie ? Comprendre la méthode et la Gestalt-Thérapie Intégrative.
Puis : Comment fonctionne la Gestalt-thérapie ? Ce qui se passe réellement en séance et Que peut changer une Gestalt-thérapie dans notre quotidien ?.
Sources et repères
Ministère de l’Enseignement supérieur — profession réglementée de psychologue ; Légifrance — usage du titre de psychothérapeute ; Société Psychanalytique de Paris — définition de la psychanalyse ; Société Française de Gestalt — définition ; European Association for Gestalt Therapy — What is Gestalt Therapy? ; IFAS — histoire de l’école et relation thérapeutique ; Calvet et al. (2025), Frontiers in Psychiatry, étude THEGETCI ; PubMed PMID 41080786.
Guillaume Siegler — Praticien Gestalt, thérapeute à Clamart et en visio.


