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Comment fonctionne la Gestalt-thérapie ? Ce qui se passe réellement en séance

Guillaume Siegler
31 août
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 sept.

Vous avez pris rendez-vous, mais vous ne savez pas très bien ce qui va se passer une fois installé face au thérapeute.

Faut-il préparer ce que l'on va dire ? Savoir exactement pourquoi on vient ? Être capable de raconter son histoire dans le bon ordre ?

Pas nécessairement.

Vous pouvez arriver avec une difficulté très précise, une situation qui vous préoccupe depuis plusieurs jours, ou simplement avec le sentiment que quelque chose ne va plus comme avant sans réussir encore à mettre des mots dessus.

La séance peut commencer à cet endroit.

Vous n'avez pas besoin d'avoir déjà compris ce qui vous arrive. Vous n'avez pas non plus à savoir comment "faire" une thérapie. Nous partons de ce qui est là pour vous, au moment où nous nous rencontrons.

Vous pouvez arriver sans savoir exactement quoi dire

Certaines personnes commencent à parler presque immédiatement. D'autres ont besoin de quelques instants avant de trouver par où entrer dans ce qu'elles vivent.

Il peut même arriver de dire :

« Je ne sais pas vraiment par où commencer. »

Cela suffit.

Nous pouvons partir de cette difficulté à commencer, ou de la première chose qui vient. Une séance n'est pas un récit que vous devriez avoir préparé à l'avance. Vous pouvez chercher vos mots, revenir sur quelque chose, vous arrêter, changer de direction.

Je peux vous poser une question, revenir sur une phrase qui semble importante ou vous proposer de rester un peu plus longtemps sur quelque chose que vous venez d'évoquer. Mais il n'y a pas de bonne réponse à donner.

Parfois, vous pensiez venir parler d'un conflit et vous découvrez progressivement que ce qui vous touche le plus est ailleurs. Nous ne sommes pas obligés de le savoir dès le début. La séance se construit au fur et à mesure.

Vous avancez à votre rythme, dans un cadre confidentiel

Parler de soi peut être simple à certains endroits et beaucoup plus délicat à d'autres.

Il y a des choses que l'on raconte facilement parce qu'elles ont déjà été pensées ou comprises. Et puis il y en a d'autres dont on sait qu'elles sont importantes mais que l'on n'est peut-être pas encore prêt à regarder de trop près.

Il n'est pas nécessaire de forcer.

Le rythme fait partie du travail. Vous pouvez ne pas savoir quoi répondre à une question, avoir besoin de silence ou me dire qu'un sujet est trop difficile aujourd'hui.

Ce n'est pas rater une séance.

Il ne s'agit pas d'aller le plus vite possible vers ce qui fait mal, mais de pouvoir s'en approcher dans des conditions suffisamment sécurisantes pour que quelque chose puisse être entendu sans vous mettre en difficulté.

Le cadre est confidentiel. Ce que vous apportez est accueilli dans le respect de ce que vous êtes, de votre histoire et de ce que vous portez. Votre origine, votre culture, vos convictions, votre identité ou votre manière d'être n'ont pas à être ramenées à une norme ni à faire l'objet d'un jugement de valeur.

Cela ne signifie pas que tout doit rester sans questionnement. Nous pouvons regarder ensemble ce qui vous fait souffrir, ce qui se répète ou ce qui devient difficile dans vos relations, mais sans vous réduire à cela et sans décider à votre place de la personne que vous devriez être.

La confiance ne se décrète pas parce qu'un rendez-vous a commencé. Elle se construit dans la relation, au fil du temps, dans la manière dont vous vous sentez accueilli, écouté et respecté.

Le thérapeute écoute, mais il est aussi présent dans l'échange

En Gestalt, le thérapeute n'est pas nécessairement silencieux pendant toute la séance.

Je peux questionner, reformuler ou partager quelque chose que je remarque dans notre échange.

Imaginons que vous racontiez une situation qui vous a beaucoup affecté et que vous terminiez votre récit par :

« Enfin, ce n'est pas si grave. »

Je pourrais simplement passer à la suite. Je pourrais aussi vous proposer de revenir un instant sur cette phrase.

Pas parce que j'aurais décidé qu'elle cache quelque chose, mais parce qu'il peut être intéressant de regarder ce qui se passe pour vous lorsque vous réduisez presque immédiatement l'importance de ce que vous venez de raconter.

Peut-être qu'il ne se passera rien de particulier. Ou peut-être réaliserez-vous que vous faites souvent cela lorsque quelque chose vous touche davantage que vous ne voudriez l'admettre.

La Gestalt accorde une attention particulière à ce qui se passe au présent, pendant la séance. Ce que vous racontez compte, mais la manière dont vous le vivez en le racontant peut aussi apporter quelque chose.

Je peux vous inviter à prêter attention à une tension qui apparaît ou à une émotion qui devient plus présente, sans décider à votre place de ce qu'elle signifie.

Le corps et les émotions ne sont donc pas des exercices imposés. Ils sont simplement une autre manière de rester au contact de ce que vous vivez lorsqu'ils deviennent présents dans la séance.

Il n'y a pas à être jugé pour ce que vous ressentez

Certaines émotions sont faciles à accepter. D'autres beaucoup moins.

On peut avoir honte de sa jalousie, trouver sa colère excessive ou ne pas comprendre pourquoi une peur prend autant de place.

Vous pouvez venir avec cela.

Le travail n'est pas de décider si vous devriez ressentir autrement. Nous pouvons chercher à comprendre ce que cette émotion rencontre dans votre expérience et ce qui se passe lorsque vous essayez de la faire disparaître ou de ne pas la montrer.

Accueillir une émotion ne signifie pas tout autoriser dans les comportements. On peut reconnaître la colère sans considérer que tout ce qui est fait sous l'effet de cette colère devient acceptable.

Cette distinction permet parfois de regarder ce que l'on ressent avec un peu moins de jugement et davantage de curiosité.

Vous n'avez pas besoin de présenter une version de vous plus calme, plus cohérente ou plus acceptable pour pouvoir travailler.

Ce qui se passe entre nous peut parfois devenir utile

La relation avec le thérapeute peut elle aussi entrer dans le travail.

Vous me dites par exemple qu'il vous est très difficile de décevoir les autres. Quelques minutes plus tard, vous me demandez si vous avez répondu correctement à une question.

Nous pouvons continuer comme si de rien n'était. Mais nous pouvons aussi remarquer ensemble qu'une partie de ce dont vous parliez semble peut-être présente ici.

Vous êtes en train de vous demander ce que je pense de vous.

Cela peut devenir intéressant parce que nous n'avons plus seulement à parler d'une difficulté qui existe ailleurs. Nous pouvons observer quelque chose qui se passe maintenant, dans une relation réelle.

Vous pouvez aussi ne pas être d'accord avec moi. Une question peut vous sembler maladroite ou une observation ne pas correspondre à ce que vous ressentez.

Vous pouvez me le dire.

Le thérapeute n'a pas une vérité définitive sur vous. Et parfois, pouvoir dire « non, ce n'est pas comme cela que je le vis » devient déjà quelque chose d'important pour une personne qui s'est souvent adaptée rapidement aux attentes des autres.

Rien ne vous est imposé, et le thérapeute ne décide pas à votre place

Vous pouvez venir avec une décision à prendre et souhaiter que quelqu'un vous dise enfin ce qu'il faudrait faire.

C'est compréhensible, surtout lorsqu'une situation dure et que l'on ne sait plus très bien comment s'orienter.

Mais le rôle du thérapeute n'est pas de choisir pour vous.

Nous pouvons regarder ce qui rend la décision difficile, ce que chaque possibilité vient toucher ou ce qui vous empêche d'entendre clairement ce que vous souhaitez.

Parfois, une petite expérimentation peut être proposée. Il peut s'agir de prendre quelques secondes avant de répondre, de formuler une phrase que vous avez du mal à dire ou simplement d'observer ce qui se passe lorsque vous imaginez une situation.

Vous pouvez accepter. Vous pouvez aussi dire que cela ne vous convient pas.

Une proposition n'est pas une obligation.

L'idée est de vous aider à être davantage au contact de votre propre expérience, pas de vous apprendre à répondre comme le thérapeute pense que vous devriez le faire.

Et à la fin de la séance ?

Une séance ne se termine pas toujours par une réponse nette.

Vous pouvez repartir avec quelque chose qui s'est clarifié. Parfois, vous aurez surtout pu déposer ce qui était devenu trop lourd et commencer à le regarder autrement.

Certaines évolutions demandent du temps. C'est aussi pour cela qu'une thérapie ne consiste pas à résoudre une difficulté entière en quarante-cinq minutes.

Au fil des séances, il devient parfois possible de reconnaître plus tôt ce qui se passe, d'entendre davantage ce que l'on ressent et de retrouver un peu plus de liberté dans la manière d'y répondre.

Si vous souhaitez comprendre plus largement les principes de l'approche, vous pouvez lire Qu'est-ce que la Gestalt-thérapie ? Comprendre la méthode et la Gestalt-Thérapie Intégrative.

Et pour voir comment ce travail peut progressivement se traduire dans la vie quotidienne, Que peut changer une Gestalt-thérapie dans notre quotidien ? prolonge cette réflexion.

Une séance de Gestalt reste avant tout un espace où nous pouvons regarder ensemble ce que vous vivez, dans une relation attentive, confidentielle et sans jugement.

Vous n'avez pas besoin de tout comprendre avant de venir, ni de tout dire dès la première fois.

Vous pouvez simplement arriver avec ce qui est là.

Et nous avancerons à partir de là.

Repères et sources

European Association for Gestalt Therapy. What is Gestalt Therapy? Présentation de la Gestalt comme une approche relationnelle, dialogique et expérientielle attentive au présent et à la relation thérapeutique.

Société Française de Gestalt. Présentation de la Gestalt-thérapie et de ses principaux repères.

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