Comment fonctionne la Gestalt-thérapie ? Ce qui se passe réellement en séance
- Guillaume Siegler
- il y a 7 heures
- 5 min de lecture
Vous arrivez avec une difficulté.
Une dispute qui continue de tourner dans votre tête. Une décision que vous n’arrivez pas à prendre. Une situation qui vous angoisse. Une relation dans laquelle vous ne savez plus très bien comment vous positionner.
Peut-être que vous vous attendez à raconter ce qui s’est passé, puis à recevoir une explication ou un conseil.
En Gestalt, ce qui m’intéresse n’est pas seulement ce que vous racontez.
Je regarde aussi ce qui se passe pendant que vous me le racontez.
Vous dites que vous êtes en colère, mais vous souriez.
Vous racontez quelque chose de difficile, puis vous ajoutez immédiatement : « Enfin… ce n’est pas si grave. »
Vous cherchez longtemps les mots avant de répondre.
Vous me demandez : « Vous, vous feriez quoi à ma place ? »
Ou peut-être que quelque chose que je viens de dire ne vous convient pas… mais que vous n’osez pas me le dire.
C’est souvent à cet endroit que le travail devient particulièrement intéressant.
Parce que nous ne parlons plus seulement d’une difficulté qui existe ailleurs. Une partie de ce que vous vivez peut déjà être en train d’apparaître dans la séance.
Une séance commence par ce que vous apportez
Il n’y a pas nécessairement un programme à suivre.
Vous pouvez arriver avec ce qui occupe votre esprit ce jour-là : une peur, une incompréhension, une tension au travail, une difficulté dans votre couple, ou simplement la sensation que quelque chose ne va pas sans réussir à identifier quoi.
Nous partons de là.
Je peux vous poser des questions, revenir sur un mot, vous demander ce que vous ressentez ou attirer votre attention sur quelque chose qui vient de se passer entre nous.
La Gestalt est notamment décrite par la Société Française de Gestalt comme une approche relationnelle attentive à notre manière d’entrer en contact avec les autres.
Ce que vous dites… et la manière dont vous le dites
Imaginez que vous me racontiez une semaine très chargée :
« Mon responsable m’a encore ajouté quelque chose au dernier moment. Mais bon, ce n’est pas très grave. »
Je pourrais bien sûr m’intéresser à votre responsable.
Mais je pourrais aussi vous demander : « Qu’est-ce qui se passe pour vous lorsque vous dites que ce n’est pas très grave ? »
Peut-être que vous réalisez alors que vous êtes tendu. Que vous retenez votre respiration. Ou que cette phrase — ce n’est pas très grave — apparaît souvent lorsque quelque chose vous dérange.
Il ne s’agit pas d’interpréter chaque geste ou chaque silence comme s’il cachait une vérité secrète.
Il s’agit plutôt de devenir curieux de la manière dont une expérience se construit, ici, maintenant. Cette attention au présent et à ce qui apparaît dans la relation fait partie des repères importants de la Gestalt.
Pourquoi revenir au corps et aux émotions ?
Nous pouvons très bien comprendre intellectuellement une situation et continuer à réagir exactement comme avant.
« Je sais que je devrais dire non. »
« Je sais que je ne peux pas contrôler ce que les autres pensent de moi. »
« Je sais que je me mets trop de pression. »
Et pourtant, au moment où la situation arrive, quelque chose reprend le dessus.
C’est pour cela qu’en séance, je peux aussi vous demander : « Qu’est-ce que vous sentez, là, quand vous me racontez cela ? »
Une gorge qui se serre. Une tension dans le ventre. Une envie de détourner le regard. De la colère. De la peur. Ou parfois… rien de très identifiable.
Il n’y a pas de bonne réponse.
L’objectif n’est pas de devenir expert de ses sensations. C’est d’ajouter progressivement des informations à ce que l’on connaissait jusque-là uniquement par la pensée.
Ralentir pour voir ce qui se passe avant la réponse automatique
Certaines réactions sont devenues tellement rapides que nous ne les remarquons presque plus : dire oui, se justifier, rassurer l’autre, éviter un conflit, chercher la bonne réponse ou faire comme si cela ne nous touchait pas.
Ralentir quelques instants peut permettre de voir ce qui se passe juste avant : une hésitation, une peur, une attente, un besoin.
Cela ne signifie pas que votre manière habituelle de réagir est mauvaise. Elle a parfois été très utile.
La question devient plutôt : est-ce encore la seule réponse possible aujourd’hui ?
Quand ce qui se passe dehors apparaît aussi entre nous
C’est probablement l’une des particularités les plus importantes du travail en Gestalt.
Vous me dites peut-être : « J’ai toujours peur de décevoir les autres. » Puis, quelques minutes plus tard : « J’espère que je réponds correctement à vos questions. »
À ce moment-là, nous avons quelque chose de précieux.
La peur de décevoir n’est plus seulement une histoire racontée à propos de votre travail, de votre famille ou de votre couple. Elle vient peut-être de faire son apparition dans notre relation.
Nous pouvons alors l’explorer ensemble.
La relation thérapeutique occupe une place centrale dans les descriptions professionnelles de la Gestalt : ce qui se passe dans le contact avec le thérapeute peut devenir un matériau de travail, plutôt qu’un simple décor autour de la conversation.
Une présence active, sans décider à votre place
Cela ne signifie pas que je reste silencieux pendant que vous parlez.
Je peux questionner, reformuler, partager une observation ou vous proposer de nous arrêter sur quelque chose.
Mais mon rôle n’est pas de choisir à votre place.
Si vous me demandez : « Est-ce que je dois quitter ce travail ? », la séance ne consiste pas à vous répondre oui ou non.
Nous pouvons plutôt chercher à comprendre ce qui rend cette décision si difficile. Qu’est-ce que vous désirez ? Qu’est-ce qui vous retient ? Qu’avez-vous peur de perdre ? Et que se passe-t-il lorsque vous imaginez réellement faire un choix ?
L’enjeu est que votre décision puisse progressivement devenir davantage la vôtre.
Expérimenter autre chose, ici, à petite échelle
Parfois, comprendre quelque chose ouvre déjà une porte. D’autres fois, il peut être utile d’en faire une expérience.
Vous avez peut-être beaucoup de mal à dire lorsque quelque chose vous dérange. Et, pendant une séance, vous n’êtes justement pas d’accord avec moi.
Au lieu de passer immédiatement à autre chose, nous pouvons nous arrêter là.
Qu’est-ce qui vous empêche de me le dire ? Que craignez-vous qu’il arrive ?
Et peut-être essayer simplement : « Là, je ne suis pas d’accord avec vous. »
Cela paraît minuscule.
Pourtant, lorsque certaines choses sont difficiles depuis longtemps, pouvoir les vivre autrement dans une relation suffisamment sécurisante peut constituer une nouvelle référence.
Pas une garantie que tout sera différent dès demain. Mais une possibilité supplémentaire.
Et après la séance ?
Le travail ne consiste pas à devenir une autre personne.
Il peut plutôt permettre de remarquer plus tôt ce qui se passe, de reconnaître certaines réactions automatiques et, progressivement, d’avoir davantage de choix dans la manière d’y répondre.
Dans votre couple. Au travail. Dans votre rapport aux autres. Et aussi dans la manière dont vous vous traitez vous-même.
C’est ce passage entre ce qui devient visible en séance et ce qui peut ensuite bouger dans la vie quotidienne que nous explorerons dans le prochain article.
Pour aller plus loin
Pour revenir aux principes de la méthode : Qu’est-ce que la Gestalt-thérapie ? Comprendre la méthode et la Gestalt-Thérapie Intégrative.
Vous pouvez également approfondir les thèmes de l’anxiété, des difficultés relationnelles et de l’estime et de la confiance en soi.
Pour prolonger ce qui se passe en séance : Que peut changer une Gestalt-thérapie dans notre quotidien ? permet de voir comment ce travail peut se traduire progressivement hors du cabinet. Et pour mieux situer l’approche, vous pouvez aussi lire Psychologie, psychanalyse et Gestalt-thérapie : quelles différences ?.
Sources et repères
Guillaume Siegler — Praticien Gestalt, thérapeute à Clamart et en visio.


