Pourquoi je n’arrive pas à me détendre, même quand tout va bien ?
- Guillaume Siegler
- il y a 15 heures
- 7 min de lecture
Vous avez attendu ce moment toute la journée.
Enfin rentrer.
Ne plus avoir à répondre. Ne plus courir. Ne plus penser au prochain rendez-vous.
Vous vous posez sur le canapé.
Et quelques minutes plus tard, vous avez déjà repris votre téléphone.
Ou vous pensez à demain. À ce mail auquel vous pourriez encore répondre. À cette chose qu’il ne faudrait surtout pas oublier.
Vous êtes fatigué. Vous aimeriez vraiment vous détendre. Mais quelque chose en vous continue.
Cela peut aussi arriver le week-end ou pendant les vacances. Rien ne presse. Vous avez enfin du temps. Et pourtant, vous ne vous sentez pas vraiment au repos.
Pourquoi je n’arrive pas simplement à me détendre ?
L’anxiété ne se passe pas seulement dans nos pensées
Nous associons souvent l’anxiété aux pensées qui tournent, à ce que nous anticipons ou aux scénarios que nous imaginons.
Mais elle peut aussi se faire sentir dans le corps.
Une tension dans les épaules. La mâchoire serrée. Une agitation. Le sommeil qui tarde alors que vous êtes épuisé. Cette impression d’être fatigué sans jamais complètement relâcher.
L’Organisation mondiale de la Santé et l’Assurance Maladie décrivent cette dimension physique parmi les manifestations possibles de l’anxiété.
Cela ne signifie pas que toute douleur, fatigue ou tension serait liée à l’anxiété. Lorsqu’un symptôme physique est inhabituel, important ou persistant, il est important d’en parler à un professionnel de santé.
Tout est terminé… mais je n’arrive pas vraiment à redescendre.
Pourquoi est-ce parfois si difficile de s’arrêter ?
C’est souvent ce qui est déconcertant. Vous savez qu’il n’y a plus rien d’urgent. Vous savez que vous auriez besoin de repos. Vous voulez sincèrement ralentir.
Et pourtant, savoir ne suffit pas toujours à se sentir autrement.
Au fil du temps, nous avons aussi appris certaines manières de travailler, de nous arrêter, de nous rendre utiles… et parfois de nous autoriser, ou non, à penser que ce que nous avons fait est suffisant.
Peut-être avez-vous grandi en voyant les adultes autour de vous ne jamais vraiment s’arrêter. Peut-être avez-vous entendu : « On se reposera quand tout sera terminé. » Ou peut-être que personne ne l’a jamais dit.
Vous avez simplement compris que faire était valorisé. Qu’il fallait être utile. Ne pas perdre son temps. Terminer avant de souffler. Faire encore un petit effort.
Parfois, une règle beaucoup plus silencieuse s’installe : le repos doit se mériter.
Les autres peuvent être fatigués. Les autres peuvent prendre du temps pour eux. Les autres ont le droit de ne rien faire.
Mais lorsque c’est vous, quelque chose résiste.
Je pourrais quand même faire quelque chose. Je me reposerai après.
Ce « après » peut reculer sans cesse.
Parce qu’il reste toujours quelque chose à faire. Ou quelque chose qui pourrait être mieux fait.
J’ai avancé, mais je pourrais faire davantage. J’ai bien fait, mais je pourrais faire mieux. J’ai beaucoup donné, mais quelqu’un pourrait encore avoir besoin de moi.
Alors nous courons parfois vers un moment où nous nous sentirions enfin autorisés à nous arrêter : lorsque tout sera terminé, lorsque ce sera suffisamment bien, lorsque nous aurons suffisamment fait.
Le problème, c’est que ce moment arrive rarement.
Et cette impression de ne jamais être tout à fait « assez » peut finir par se glisser jusque dans notre manière de nous reposer.
Et parfois, lorsque nous nous arrêtons… nous nous retrouvons avec nous-mêmes
Tant que nous sommes occupés, l’espace est rempli. Le travail. Les tâches. Le téléphone. Les autres. Les choses à organiser.
Puis tout s’arrête.
Et il peut soudain y avoir davantage de silence.
Parfois de la fatigue. Une inquiétude. Une émotion laissée de côté dans la journée. Parfois aussi un sentiment de solitude, de vide, ou simplement cette impression étrange qu’il manque quelque chose.
Alors nous remplissons à nouveau. Nous reprenons le téléphone. Nous lançons quelque chose. Nous trouvons une tâche. Nous appelons quelqu’un.
Pas nécessairement parce que nous refusons consciemment d’être seuls ou de ressentir quelque chose. Mais peut-être simplement parce que rester là, sans rien avoir à accomplir, n’est pas si simple.
Qu’est-ce qui se passe pour moi lorsque je m’arrête vraiment ?
Quand se détendre devient encore quelque chose à réussir
Vous sentez que vous êtes tendu. Alors vous essayez de vous détendre.
Vous vous allongez. Vous respirez. Vous essayez de ne plus penser.
Puis vous vérifiez : « Est-ce que ça va mieux ? »
Pas vraiment.
Alors une nouvelle pression arrive : « Il faut que je me calme. » « Je devrais réussir à profiter. » « Pourquoi je n’y arrive pas ? »
Et presque sans nous en rendre compte, le repos devient encore quelque chose à réussir.
Il fallait être efficace. Faire suffisamment bien. Être utile. Ne rien oublier. Et maintenant, il faudrait en plus être suffisamment détendu.
C’est une sorte de double peine : il y a ce que vous ressentez, puis tout ce que vous vous reprochez de ressentir.
Ce que nous pouvons regarder en Gestalt
En séance, je ne vais pas vous expliquer que vous êtes tendu « parce que » vous avez vécu telle ou telle chose. Je ne vais pas non plus décider de ce que votre corps essaierait de vous dire.
Nous allons plutôt regarder comment cela se passe pour vous.
À quel moment devient-il difficile de relâcher ? Que ressentez-vous lorsque vous ne faites rien ? Que se passe-t-il lorsque quelque chose reste inachevé ? Pouvez-vous vous reposer sans avoir le sentiment que vous devriez être ailleurs ou faire autre chose ?
Parfois, ce qui ressemblait au départ à « je suis incapable de me détendre » devient plus précis.
Vous remarquez peut-être que vous vous sentez coupable de vous arrêter. Que ne rien faire vous donne rapidement l’impression de perdre votre temps. Que vous avez du mal à considérer que ce que vous avez fait est suffisant. Que le silence vous laisse davantage seul avec ce que vous ressentez.
Ou tout autre chose. Nous ne savons pas avant de regarder.
C’est justement ce qui m’intéresse dans le travail en Gestalt : ne pas vous enfermer dans une explication, mais observer avec vous ce qui se passe maintenant, dans quelles situations, ce que cette manière de fonctionner peut vous apporter et ce qu’elle finit aussi par vous coûter.
Être toujours occupé peut donner un sentiment d’utilité. Anticiper peut rassurer. Faire toujours un peu plus peut aider à tenir à distance cette impression de ne pas être assez. Continuer peut parfois être plus confortable que de rencontrer ce qui apparaît lorsque nous nous arrêtons.
Le comprendre ne signifie pas que tout change immédiatement. Mais cela permet déjà de ne plus regarder cette difficulté uniquement comme un manque de volonté.
Et c’est aussi ce qui peut être exploré concrètement pendant une séance, au moment où une tension, une hésitation ou une exigence envers soi devient perceptible.
Retrouver la possibilité de relâcher
Le but n’est pas d’être détendu tout le temps.
Nous avons besoin d’être mobilisés lorsque quelque chose nous demande de l’attention, lorsqu’un événement compte ou lorsque nous devons agir.
La question est plutôt : est-ce que je retrouve la possibilité de relâcher lorsque je n’ai plus besoin de rester autant mobilisé ?
Et si ce n’est pas le cas, la réponse n’est peut-être pas simplement d’essayer encore plus fort de vous détendre.
Il peut devenir plus intéressant de comprendre ce qui rend l’arrêt difficile pour vous.
Entre « Je devrais réussir à me détendre » et « J’aimerais comprendre ce qui se passe pour moi lorsque je m’arrête », le regard porté sur vous-même change déjà.
Et parfois, c’est à partir de là que quelque chose peut commencer à bouger.
Si vous souhaitez comprendre plus concrètement comment ce type de difficulté peut être travaillé, vous pouvez découvrir comment se déroule un accompagnement en Gestalt.
Questions fréquentes
L’anxiété peut-elle provoquer des tensions dans le corps ?
Oui. L’anxiété peut notamment s’accompagner de tensions physiques, d’agitation, de fatigue ou de difficultés de sommeil. Ces manifestations peuvent cependant avoir de nombreuses autres causes et ne doivent pas être automatiquement attribuées à l’anxiété.
Pourquoi je n’arrive pas à me détendre alors que je suis fatigué ?
La fatigue ne suffit pas toujours à produire une sensation de repos. Certaines habitudes, inquiétudes, exigences envers soi ou difficultés à s’autoriser à ralentir peuvent continuer à être présentes lorsque l’activité s’arrête.
Pourquoi est-ce que je culpabilise quand je me repose ?
Certaines personnes ont le sentiment qu’elles devraient être productives, utiles ou avoir terminé ce qu’elles avaient à faire avant de s’autoriser à souffler. Les recherches récentes se sont notamment intéressées à cette « culpabilité du loisir », sans permettre d’en déduire une cause unique chez chaque personne.
Est-ce forcément de l’hypervigilance ?
Non. Se sentir souvent tendu ou avoir du mal à relâcher ne suffit pas à parler d’hypervigilance ni à poser un diagnostic.
Pourquoi comprendre ce qui m’arrive ne suffit-il pas toujours à changer ?
Parce que comprendre intellectuellement une manière de fonctionner ne signifie pas encore pouvoir réagir autrement lorsqu’une situation se présente. Le travail thérapeutique peut aussi permettre de repérer ce qui se passe au moment où ce fonctionnement apparaît et d’expérimenter progressivement d’autres possibilités.
Repères et sources
Organisation mondiale de la Santé — Troubles anxieux — repères sur les manifestations psychologiques et physiques pouvant accompagner les troubles anxieux.
Assurance Maladie — Symptômes et diagnostic des troubles anxieux — repères sur les manifestations physiques de l’anxiété et leur évaluation.
Koo et al. — Leisure Guilt — étude publiée en 2026 sur la culpabilité ressentie lorsque le loisir entre en conflit avec l’impression qu’il faudrait être productif.
European Association for Gestalt Therapy — What is Gestalt Therapy? — repères sur l’expérience présente, l’awareness et la relation personne-environnement.
Guillaume Siegler — Praticien Gestalt
Formé à l’IFAS — École Humaniste de Gestalt, j’accompagne à Clamart et en visio des adultes autour de l’anxiété, des relations et de l’estime de soi.
Vous n’avez pas besoin d’avoir déjà compris pourquoi il vous est si difficile de relâcher avant de commencer à en parler.
Qu’est-ce qui se passe pour moi lorsque, enfin, je pourrais m’arrêter ?


