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Femme observant discrètement d’autres personnes dans un café, évoquant la comparaison aux autres et le questionnement sur son propre parcours

Pourquoi je me compare toujours aux autres ? Quand la comparaison fait douter de sa propre valeur

Guillaume Siegler
2 sept.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.

Vous étiez plutôt satisfait de votre journée.

Puis une collègue vous annonce qu’elle vient d’obtenir le poste qu’elle espérait depuis plusieurs mois.

Vous êtes content pour elle. Vraiment.

Et pourtant, quelques minutes plus tard, quelque chose a changé dans la manière dont vous regardez votre propre parcours.

Ce que vous aviez accompli vous paraît soudain moins important.

Une pensée arrive :

« Et moi, j’en suis où ? »

Nous pouvons parfois passer très rapidement de :

« Voilà où en est cette personne. »

à :

« Voilà où je devrais en être, moi aussi. »

Et parfois même :

« Si je n’en suis pas là, c’est peut-être qu’il y a quelque chose qui ne va pas chez moi. »

Pourquoi avons-nous besoin de nous comparer ?

Se comparer n’est pas, en soi, un problème.

Nous avons besoin des autres pour nous situer. Cette idée est au cœur de la théorie de la comparaison sociale proposée par Leon Festinger : lorsque nous cherchons à évaluer certaines opinions ou capacités et qu’il n’existe pas de repère objectif évident, les autres peuvent devenir une source d’information.

Nous regardons autour de nous pour comprendre ce qui est possible, évaluer certaines de nos capacités, apprendre, progresser ou simplement savoir où nous en sommes.

Cela traverse beaucoup d’endroits de notre vie : travail, couple, famille, apparence, argent, réussite, parentalité, manière de vivre.

La comparaison peut donc avoir une fonction utile. Les travaux plus récents montrent d’ailleurs que ses effets ne sont pas toujours négatifs et dépendent notamment de la personne, du contexte et de la manière dont la comparaison est vécue. Cette complexité ressort notamment d’une méta-analyse de plus de soixante ans de recherches sur la comparaison sociale.

Elle peut m’apprendre que quelqu’un possède davantage d’expérience que moi, qu’une compétence me manque encore ou qu’un projet que je pensais inaccessible est finalement possible.

Le problème apparaît davantage lorsque nous ne comparons plus seulement deux situations, mais que nous commençons à comparer deux valeurs personnelles.

Quand l’autre devient la mesure de ce que je vaux

Je peux constater :

« Elle gagne davantage que moi. »

sans nécessairement conclure :

« Elle a mieux réussi sa vie. »

Je peux reconnaître :

« Il est plus expérimenté que moi dans ce domaine. »

sans arriver à :

« Il est plus capable que moi. »

Pourtant, ce glissement peut être très rapide.

Quelqu’un réussit quelque chose et notre propre réussite semble immédiatement plus petite.

Une personne paraît plus assurée et nous commençons à douter de notre légitimité.

Une autre semble plus heureuse, plus reconnue, plus avancée.

Et ce que nous étions quelques instants auparavant paraît perdre de sa valeur.

La comparaison ne répond alors plus seulement à :

« Où est-ce que je me situe ? »

Elle peut commencer à répondre à une autre question :

« Est-ce que je suis suffisamment bien ? »

C’est à cet endroit que la comparaison peut venir toucher plus directement l’estime de soi et la manière dont nous nous accordons de la valeur.

Pourquoi certaines comparaisons nous touchent-elles autant ?

Nous ne réagissons pas tous de la même manière à ce que vivent les autres.

La réussite de quelqu’un peut être inspirante pour une personne et très douloureuse pour une autre.

Une partie de cette différence peut se comprendre dans notre histoire.

Dans certaines familles, la comparaison a pu être très présente :

« Regarde ton frère. »

« Ta sœur travaillait davantage à ton âge. »

« Pourquoi tu n’as pas eu la même note que les autres ? »

Mais il existe aussi une position moins visible : celle de l’enfant qui était régulièrement du bon côté de la comparaison.

« Toi au moins, tu es sérieux. »

« Avec toi, je n’ai jamais de problème. »

Être valorisé ainsi peut être agréable.

Mais cela peut aussi parfois faire apparaître une autre exigence :

« Pour garder cette place, il faut que je continue à réussir. »

Notre rapport à la comparaison peut également se construire à l’école, dans le sport, entre amis, dans nos premières relations ou plus tard dans le monde professionnel.

Il ne s’agit pas de chercher une cause unique. Les recherches sur la comparaison parentale et entre frères et sœurs montrent surtout que les expériences familiales peuvent compter, sans permettre de réduire notre manière adulte de nous comparer à une seule origine.

Certaines expériences répétées peuvent contribuer à nous apprendre ce qui semble donner de la valeur, de la reconnaissance ou une place.

Quand personne n’a plus besoin de nous comparer

Avec le temps, la comparaison peut devenir intérieure.

Personne n’a besoin de nous dire :

« Tu devrais être plus avancé. »

Nous pouvons très bien nous le dire seuls.

Nous regardons des personnes de notre âge, leur carrière, leur couple, leurs choix, leurs réussites.

Et une sorte de grille intérieure se met parfois en place :

« À mon âge, je devrais déjà… »

« Pour avoir de la valeur, il faut que… »

« Si l’autre fait mieux, c’est que je ne suis pas assez… »

Ce qui était autrefois une comparaison extérieure peut progressivement devenir une manière habituelle de nous regarder nous-mêmes.

Et la barre peut devenir difficile à atteindre.

Parce qu’elle bouge constamment.

Il y aura toujours quelqu’un qui réussit davantage dans un domaine, plus vite ou autrement.

À force de regarder l’autre, qu’est-ce que je ne regarde plus chez moi ?

C’est peut-être l’un des effets les plus importants de la comparaison.

Notre propre expérience peut progressivement disparaître.

Vous aviez progressé.

Mais quelqu’un semble avoir progressé davantage.

Alors votre progression ne compte plus vraiment.

Vous étiez fier de quelque chose.

Puis vous découvrez ce qu’une autre personne a réalisé.

Et quelques secondes plus tard :

« Finalement, ce n’était pas si bien. »

La comparaison ne donne plus seulement une information sur l’autre.

Elle modifie la manière dont nous regardons ce que nous-mêmes avons vécu.

Une réussite peut alors avoir de la valeur seulement jusqu’au moment où quelqu’un fait mieux.

Et il devient difficile de pouvoir simplement reconnaître :

« Voilà ce que j’ai fait. Voilà ce que cela m’a demandé. Et cela compte pour moi. »

Et si la comparaison parlait aussi de mes besoins et de mes aspirations ?

La comparaison ne parle pas toujours seulement de notre valeur.

Elle peut parfois nous renseigner sur ce qui nous manque, sur ce que nous désirons ou sur quelque chose auquel nous aspirons.

Ce que nous envions chez l’autre n’est d’ailleurs pas toujours ce que nous croyons.

Derrière une carrière peuvent se cacher un besoin de liberté ou de reconnaissance.

Derrière un couple, une aspiration à davantage d’intimité ou de sécurité.

Derrière une personne qui sait dire non, peut-être le désir de pouvoir davantage écouter ses propres limites.

Une femme peut regarder une autre personne prendre la parole avec assurance et penser :

« J’aimerais être comme elle. »

Mais derrière cette pensée, il peut peut-être y avoir quelque chose de plus précis :

« J’aimerais pouvoir dire ce que je pense sans remettre ensuite toute ma parole en question. »

La comparaison devient alors une autre question :

Qu’est-ce que je vois chez cette personne qui vient toucher quelque chose d’important pour moi ?

Puis une seconde :

Est-ce réellement quelque chose que je désire, ou quelque chose que j’ai appris à croire que je devais désirer ?

Cette distinction peut être importante.

Nous pouvons envier la carrière d’un ami sans vouloir sa vie.

Nous sentir en retard face aux choix des autres sans que ces choix correspondent réellement aux nôtres.

Parfois, regarder ce qui nous touche chez l’autre permet de revenir un peu plus près de nous-mêmes.

Se comparer sans disparaître de sa propre vie

L’objectif n’est probablement pas de ne plus jamais se comparer.

Ce serait peu réaliste.

Les autres nous permettent aussi d’apprendre, de découvrir, de nous situer et parfois de nous mettre en mouvement.

La question pourrait plutôt devenir :

Est-ce que je peux regarder l’autre sans cesser de me regarder moi aussi ?

Cela peut vouloir dire remettre dans l’équation :

ce que j’ai déjà construit ;

ce que j’ai traversé ;

mes ressources ;

mes limites ;

mes contraintes ;

ce qui compte réellement pour moi ;

et ce que j’ai envie de vivre.

Pas pour me convaincre artificiellement que tout va bien.

Mais pour porter sur moi un regard plus juste.

Et en thérapie ?

Dans ma manière de travailler, je ne chercherais pas nécessairement à faire disparaître la comparaison.

Je serais davantage intéressé par ce qu’elle vient révéler.

Pourquoi cette personne-là me touche-t-elle particulièrement ?

Qu’est-ce que je ressens lorsque je me compare ?

À quel moment une différence devient-elle un jugement sur ma valeur ?

Qu’est-ce que cette comparaison raconte peut-être des critères avec lesquels j’ai appris à me regarder ?

Et parfois :

Qu’est-ce que l’autre semble vivre ou s’autoriser qui vient rencontrer quelque chose d’important pour moi ?

Il peut également être utile de regarder comment ces critères se sont construits dans notre histoire, sans chercher pour autant une explication unique.

C’est aussi ce type d’exploration que permet le travail en séance de Gestalt-thérapie : partir de l’expérience telle qu’elle se présente, plutôt que chercher une réponse toute faite.

Progressivement, la comparaison peut devenir moins un verdict et davantage une information.

Le regard de l’autre continue d’exister.

Sa réussite aussi.

Mais il n’a plus nécessairement à décider de notre propre valeur ou de la direction que notre vie devrait prendre.

Retrouver une mesure plus juste de soi

Une estime de soi plus solide ne consiste peut-être pas à parvenir à se croire aussi bon que tout le monde.

Encore moins meilleur.

Elle peut davantage permettre de reconnaître :

Voilà qui je suis.

Voilà où j’en suis aujourd’hui.

Voilà ce que j’ai construit.

Voilà ce que j’ai encore à apprendre.

Voilà ce qui compte réellement pour moi.

Et voilà où j’ai envie d’aller.

L’autre peut continuer à avancer sur son propre chemin.

Sans que son chemin devienne automatiquement la mesure du nôtre.

Et lorsqu’une comparaison apparaît, une autre question peut progressivement devenir possible :

En regardant la vie de l’autre, est-ce que j’essaie seulement de savoir si je suis suffisamment bien… ou est-ce que quelque chose essaie aussi de me parler de la vie que moi, j’ai envie de vivre ?

Pour aller plus loin

Pour comprendre plus largement ce qui se joue entre valeur personnelle, confiance et capacité à s’appuyer sur soi, vous pouvez lire Estime de soi et confiance en soi : se reconnaître, s’appuyer sur soi et reprendre sa place.

Si le regard des autres vous conduit surtout à vous adapter, à vous effacer ou à faire passer leurs attentes avant les vôtres, vous pouvez également lire Pourquoi je fais toujours passer les autres avant moi ?.

Pour approfondir l’approche thérapeutique dans laquelle s’inscrit ce travail, retrouvez mes articles consacrés à la Gestalt-thérapie, ou découvrez mon fonctionnement et le déroulement des séances. Vous pouvez aussi consulter les modalités des séances et me contacter.

Questions fréquentes

Pourquoi se compare-t-on aux autres ?

La comparaison sociale peut nous aider à nous situer, à évaluer certaines capacités ou à comprendre ce qui est possible lorsque nous n’avons pas de repère objectif évident. Elle n’est donc pas nécessairement négative. Ce qui compte beaucoup est la manière dont nous interprétons la différence avec l’autre.

Pourquoi certaines comparaisons me touchent-elles davantage que d’autres ?

Parce que toutes les comparaisons ne rencontrent pas la même chose en nous. Notre histoire familiale, scolaire, amicale ou professionnelle, les critères avec lesquels nous avons appris à nous évaluer, mais aussi nos besoins et nos aspirations actuelles peuvent rendre certaines différences particulièrement sensibles. Il ne s’agit toutefois pas d’une causalité automatique ni d’une origine unique.

Peut-on arrêter de se comparer aux autres ?

Chercher à ne plus jamais se comparer paraît peu réaliste et n’est pas forcément nécessaire. L’enjeu peut davantage être de reconnaître ce que la comparaison produit en nous, ce qu’elle vient mesurer ou révéler, puis de redonner suffisamment de poids à notre propre expérience, à nos critères et à ce qui compte pour nous.

Repères et sources

Festinger, L. (1954). A Theory of Social Comparison Processes. Human Relations, 7(2), 117–140.

Gerber, J. P., Wheeler, L. & Suls, J. (2018). A social comparison theory meta-analysis 60+ years on. Psychological Bulletin, 144(2), 177–197.

Arigo, D., Bercovitz, I., Lapitan, E. et al. (2024). Social Comparison and Mental Health. Current Treatment Options in Psychiatry, 11, 17–33.

Liu, H., Kvintova, J. & Vachova, L. (2025). Parents’ social comparisons and adolescent self-esteem. Frontiers in Psychology, 16, 1473318. Étude menée auprès d’adolescents dans un contexte chinois ; elle est utilisée ici comme repère sur la comparaison parentale, sans généralisation à toutes les histoires familiales.

Guillaume Siegler — Praticien Gestalt, thérapeute.

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