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Homme recevant une reconnaissance au travail avec un sourire discret, évoquant la difficulté à accueillir un compliment et à reconnaître ses réussites

Pourquoi ai-je du mal à recevoir un compliment ou à reconnaître mes réussites ?

Guillaume Siegler
3 sept.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.

On vous félicite.


Vous souriez, vous remerciez… et presque immédiatement, quelque chose vient réduire ce qui vient d’être dit.


« Oui, mais… »


Vous avez eu de la chance. Ce n’était finalement pas si difficile. Quelqu’un d’autre aurait probablement fait aussi bien. Ou vous pensez déjà à ce qui aurait pu être mieux.


Pourtant, la réussite a bien eu lieu.


Vous avez travaillé, appris, osé, tenu bon ou traversé quelque chose qui vous semblait difficile.


Mais l’expérience semble parfois ne faire que passer.


Elle a été vécue sans vraiment venir se déposer en vous.


Et quelques jours plus tard, lorsqu’il s’agit de vous appuyer sur ce que vous avez accompli, vous doutez presque autant qu’avant.


Une réussite peut avoir eu lieu sans devenir un appui


Nous pourrions penser que réussir quelque chose renforce naturellement la confiance en soi.


Ce n’est pas toujours aussi simple.


Il est possible de connaître objectivement certaines de ses compétences et de continuer à douter de soi. D’avoir plusieurs réussites derrière soi et de ressentir encore, face à une nouvelle situation :


« Cette fois, je ne vais peut-être pas y arriver. »


Parce qu’une expérience positive ne modifie pas automatiquement la manière dont nous nous percevons.


Elle peut rester une exception.


« J’ai réussi cette fois-là. »


plutôt que devenir :


« Cette expérience me montre aussi quelque chose de mes capacités et de mes ressources. »


La différence est importante.


Dans le premier cas, la réussite existe dans notre histoire. Dans le second, elle commence également à devenir quelque chose sur lequel nous pouvons nous appuyer.


Recevoir n’est pas seulement entendre


Quelqu’un peut nous dire qu’il apprécie notre travail, notre présence, notre courage ou notre manière d’être.


Nous pouvons entendre ses mots. Et pourtant ne pas vraiment les recevoir.


Parfois même, le compliment provoque une légère gêne. Nous déplaçons rapidement la conversation, expliquons pourquoi ce n’était « pas grand-chose » ou rendons presque immédiatement quelque chose à l’autre.


Ce mouvement peut paraître anodin. Mais il dit parfois quelque chose de notre capacité à laisser une expérience positive nous concerner réellement.


Accepter un compliment ne signifie pas nécessairement être d’accord avec tout ce que l’autre pense de nous.


Cela peut simplement permettre de rester quelques instants avec cette idée :


quelqu’un vient de voir quelque chose en moi que j’ai peut-être du mal à reconnaître moi-même.


Ce que nous avons appris à reconnaître — ou à minimiser


Notre manière d’accueillir la reconnaissance peut aussi s’inscrire dans une histoire.


Dans certaines familles, ce qui était bien fait pouvait sembler normal. Une réussite était attendue et l’on passait rapidement à la suivante.


Dans d’autres, l’attention ou la reconnaissance pouvaient être particulièrement présentes lorsque l’on réussissait, que l’on était sage, performant, utile ou que l’on répondait aux attentes.


Il pouvait également être important de rester modeste, de ne pas « se mettre en avant », de ne pas sembler trop fier de soi.


Cela ne détermine évidemment pas à lui seul notre manière de fonctionner aujourd’hui. Mais nos expériences familiales, scolaires, relationnelles ou professionnelles peuvent participer aux critères avec lesquels nous apprenons à nous évaluer.


Les travaux sur les contingences de l’estime de soi montrent notamment que la valeur que nous nous accordons peut devenir plus sensible aux réussites et aux échecs dans certains domaines lorsque nous y avons fortement engagé notre sentiment de valeur personnelle. Crocker et Wolfe (2001).


Et parfois, une règle silencieuse semble rester :


ce que je fais bien est normal ; ce que je rate, en revanche, dit réellement quelque chose de moi.


Le regard porté sur soi devient alors déséquilibré. Nos difficultés sont retenues comme des preuves. Nos réussites, beaucoup moins.


La modestie n’oblige pas à s’effacer


Reconnaître ce que nous avons accompli ne signifie pas nous croire extraordinaires.


Il existe une différence entre se reconnaître et se surestimer.


Je peux penser : « Oui, j’ai bien fait cela. » tout en sachant que j’ai encore beaucoup à apprendre.


Je peux reconnaître ma part dans une réussite sans nier la chance, le contexte ou l’aide que j’ai reçue.


Je peux être satisfait de ce que j’ai traversé sans penser que cela me rend supérieur aux autres.


L’estime de soi ne demande pas nécessairement d’ajouter artificiellement quelque chose à notre valeur. Elle demande parfois simplement d’arrêter d’en retirer systématiquement.


Et cela peut être beaucoup plus difficile qu’il n’y paraît.


Lorsque la reconnaissance extérieure ne reste pas très longtemps


Il arrive aussi que nous ayons profondément envie d’être reconnus. Que notre travail soit vu. Que quelqu’un remarque ce que nous faisons. Que notre partenaire nous montre ce qu’il apprécie chez nous. Que notre investissement soit reconnu.


Et lorsque cette reconnaissance arrive, elle peut faire du bien. Mais parfois seulement pour un temps très court. Quelques jours plus tard, il faut être rassuré à nouveau.


Ce n’est pas nécessairement parce que nous serions simplement « dépendants du regard des autres ». Cette formulation serait trop rapide.


Il peut aussi être difficile de faire suffisamment de place à ce que nous recevons pour que cela devienne progressivement une expérience sur laquelle nous pouvons nous appuyer.


L’enjeu n’est alors plus uniquement : « Est-ce que les autres me reconnaissent ? »


Une autre question apparaît :


« Qu’est-ce que je fais de cette reconnaissance lorsqu’elle m’est donnée ? »


Et lorsque le regard de l’autre devient lui-même une mesure de notre valeur, la question peut aussi rejoindre celle de la comparaison aux autres.


Lorsqu’une expérience positive ne ressemble pas à l’image que nous avons de nous


Une réussite peut parfois créer un décalage étonnant.


Si je me suis longtemps considéré comme peu capable dans un domaine, réussir quelque chose d’important ne vient pas seulement me faire plaisir. Cette réussite rencontre aussi une représentation déjà installée de moi-même.


Les recherches sur l’auto-vérification ont montré que nous cherchons également une certaine cohérence entre la manière dont nous nous percevons et la manière dont nous sommes perçus, même si la réalité psychologique est plus complexe qu’un simple rejet de toute information positive. Swann et al. (1987).


Il peut alors être tentant de trouver une explication qui permette à l’ancienne image de rester intacte : la chance, les circonstances, la facilité de la tâche, l’aide reçue.


Ces éléments peuvent être réels. Mais si chaque nouvelle expérience positive devient systématiquement une exception, ce que nous vivons de nouveau a peu de possibilités de modifier ce que nous croyons déjà savoir de nous-mêmes.


En séance, ce mouvement peut parfois devenir très visible


Il arrive qu’une personne raconte quelque chose dont elle semble sincèrement satisfaite. Un choix qu’elle a osé faire. Une limite qu’elle est parvenue à poser. Une situation qu’elle aurait autrefois évitée.


Pendant quelques secondes, quelque chose apparaît : une satisfaction, un soulagement, parfois une forme de fierté. Puis, presque aussitôt :


« Enfin… ce n’était pas non plus extraordinaire. »


Ce mouvement-là m’intéresse. Pas pour lui dire qu’elle devrait être davantage fière d’elle. Mais pour regarder avec elle ce qui vient si rapidement empêcher cette expérience de rester présente.


Il peut s’agir de voir ce qui apparaît lorsque l’on ne minimise pas tout de suite. Ce que cela fait de reconnaître ce que l’on a accompli. Ce que cette reconnaissance vient éventuellement rencontrer de notre histoire, de nos exigences ou de la manière dont nous avons appris à nous considérer.


Dans ma manière de travailler en séance de Gestalt-thérapie, il peut alors s’agir de permettre à cette expérience d’exister un peu plus longtemps. De la ressentir. De regarder ce qu’elle signifie réellement. Et peut-être, progressivement, de lui permettre de prendre sa juste place.


Laisser aussi les réussites faire partie de notre histoire


Nos échecs peuvent nous apprendre quelque chose. Nos erreurs aussi. Mais nos réussites également.


Reconnaître ce que nous avons fait ne signifie pas arrêter de progresser. Cela peut simplement permettre de construire une image de soi qui tienne davantage compte de l’ensemble de notre expérience.


Ce qui a été difficile. Ce que nous n’avons pas encore appris. Mais aussi ce que nous avons traversé, ce que nous savons maintenant faire, les ressources que nous avons développées et ce que nous sommes devenus au fil de ces expériences.


Une réussite n’a pas besoin de prouver notre valeur. Elle peut simplement devenir une information parmi d’autres.


Et peu à peu, quelque chose peut changer : nous n’avons plus besoin de repartir complètement de zéro à chaque nouvelle difficulté. Nous pouvons aussi nous souvenir de ce que notre propre expérience nous a déjà appris sur nous.


Nous avons tous en nous des ressources, des expériences, des valeurs et des manières d’être qui nous sont propres. Certaines nous sont faciles à reconnaître. D’autres restent plus discrètes, ou ont longtemps été recouvertes par le doute, l’exigence ou le regard que nous avons appris à porter sur nous.


Pouvoir revenir à ce que nous avons traversé, développé et construit peut progressivement nous donner davantage d’appui.


Pas pour nous convaincre que tout, en nous, est parfait.


Mais pour regarder avec un peu plus de bienveillance ce que nous sommes réellement.


Il y a ce que nous aimons de nous. Ce que nous découvrons avec le temps. Ce dont nous pouvons être fiers. Et puis aussi ce que nous aimerions voir évoluer, s’assouplir ou s’ajuster.


Les deux peuvent coexister.



Les travaux sur l’auto-compassion proposent également une manière de se rapporter à soi qui ne repose pas uniquement sur l’évaluation de sa réussite ou de son échec, mais notamment sur davantage de compréhension et de bienveillance envers soi dans les moments difficiles. Neff (2003).


Nous n’avons pas besoin d’attendre d’être devenus une meilleure version de nous-mêmes pour commencer à nous accueillir.


Certaines réussites se construisent. Certaines reconnaissances se gagnent. Certaines choses, dans la vie, peuvent même parfois se mériter.


Mais l’amour que nous pouvons apprendre à nous porter n’a pas besoin d’être une récompense.


Et peut-être qu’en nous reliant davantage à nos ressources, à nos valeurs, à notre histoire et à ce que nous ressentons profondément, nous pouvons peu à peu nous rapprocher de ce qui est bon pour nous.


Non pas de ce qui devrait être bon.


Mais de ce qui nous ressemble davantage, de ce qui nous respecte et de ce qui nous permet de prendre un peu plus notre place dans notre propre vie.


Voilà ce que j’ai accompli. Voilà ce que cela m’a demandé. Voilà ce que cette expérience me permet de reconnaître de moi aujourd’hui. Et je peux laisser cela compter aussi.


Questions fréquentes


Pourquoi ai-je du mal à recevoir un compliment ?

Parce qu’un compliment peut entrer en décalage avec la manière dont nous avons appris à nous regarder. Nous pouvons entendre une reconnaissance sans parvenir immédiatement à l’intégrer ou à lui donner du poids.

Pourquoi est-ce que je minimise mes réussites ?

Minimiser une réussite peut parfois permettre de préserver une image ancienne de soi, de rester conforme à une exigence de modestie ou simplement de ne pas laisser une expérience positive modifier trop vite nos repères habituels.

Un compliment peut-il renforcer l’estime de soi ?

Il peut y contribuer, mais il ne suffit pas à lui seul. La reconnaissance extérieure devient davantage un appui lorsqu’elle peut aussi être accueillie, mise en lien avec notre propre expérience et intégrée à la manière dont nous nous considérons.


Sources et repères


Crocker, J. & Wolfe, C. T. (2001). Contingencies of self-worth. Psychological Review, 108(3), 593–623. PubMed.


Swann, W. B. Jr., Griffin, J. J. Jr., Predmore, S. C. & Gaines, B. (1987). The cognitive-affective crossfire: when self-consistency confronts self-enhancement. Journal of Personality and Social Psychology, 52(5), 881–889. PubMed.


Neff, K. D. (2003). Self-Compassion: An Alternative Conceptualization of a Healthy Attitude Toward Oneself. Self and Identity, 2(2), 85–101. DOI.


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