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Femme tournée vers un homme lors d’une conversation, illustrant le fait de faire passer l’autre avant soi

Pourquoi je fais toujours passer les autres avant moi ?

Guillaume Siegler
1 sept.
8 min de lecture

Dernière mise à jour : 16 sept.

On vous demande :

« Tu préfères quoi ? »

Et vous répondez presque immédiatement :

« Comme tu veux. »

Un proche vous propose de rester encore un peu alors que vous êtes fatigué.

« Oui, pas de problème. »

Quelque chose vous dérange dans une conversation. Vous le sentez quelques secondes. Puis vous commencez à comprendre le point de vue de l’autre, à relativiser, à vous dire que ce n’est finalement pas si important.

Et parfois, c’est seulement plus tard, une fois seul, que quelque chose revient.

« En fait, je n’avais pas envie. »

« Ça m’a quand même dérangé. »

« Pourquoi je n’ai rien dit ? »

Lorsque nous avons souvent l’impression de faire passer les autres avant nous, nous pouvons finir par nous raconter quelque chose de très définitif : « Je suis comme ça. »

Pourtant, ce « toujours » mérite parfois d’être regardé d’un peu plus près. Car il est possible de savoir parfaitement se positionner dans certaines situations… et de beaucoup plus s’effacer dans d’autres. C’est aussi ce que j’explore plus largement dans l’article consacré à notre manière d’être en relation.

Et parfois, la question commence encore plus tôt : pourquoi ai-je l’impression de ne jamais rencontrer la bonne personne ?

Alors peut-être que la question n’est pas seulement :

Pourquoi est-ce que je fais toujours passer les autres avant moi ?

Mais aussi :

avec qui cela m’arrive-t-il, et qu’est-ce qui devient plus difficile pour moi dans cette relation ?

Faire de la place aux autres n’est pas le problème

Tenir compte de l’autre fait partie d’une relation.

Nous faisons des compromis. Nous changeons parfois nos plans. Nous acceptons quelque chose qui n’aurait pas été notre premier choix parce que cela fait plaisir à quelqu’un que nous aimons.

Nous pouvons être disponibles, généreux, attentifs.

Rien de tout cela n’est problématique en soi.

La difficulté apparaît davantage lorsque cette adaptation devient presque automatique.

Lorsque ce que veut l’autre devient immédiatement très clair… et que ce que nous voulons, nous, devient beaucoup plus difficile à sentir.

Quand je sais plus facilement ce que l’autre veut que ce que moi je veux

Certaines personnes repèrent très rapidement ce qui se passe autour d’elles.

Un changement dans le ton d’une voix. Une déception. Une hésitation. Ce qui arrangerait tout le monde. Ce qui permettrait d’éviter une tension.

Cette attention peut être une vraie qualité relationnelle.

Mais elle peut aussi prendre tellement de place qu’une autre question devient plus difficile :

« Et moi, qu’est-ce que je veux ? »

Parfois, nous connaissons la réponse mais nous la mettons de côté.

Et parfois, c’est encore plus subtil : nous n’avons pas vraiment eu le temps de l’entendre.

Ce n’est donc pas encore forcément une difficulté à dire non. Le non n’est peut-être même pas devenu suffisamment clair à l’intérieur.

Nous nous sommes tournés vers l’autre avant d’avoir eu le temps de rester quelques instants avec nous-mêmes.

Parfois, quelque chose en nous avait pourtant déjà répondu

Nos réponses ne commencent pas toujours par une pensée parfaitement construite.

Il peut y avoir un léger mouvement de recul. Une tension. Une fatigue qui apparaît. Une irritation très brève. Le ventre qui se serre un peu.

Puis vient : « Oui, ça me va. »

Ces sensations ne disent pas automatiquement ce que nous devons faire. Chaque inconfort n’est pas un signal qu’il faudrait dire non.

Mais il peut être une information.

Quelque chose vient de se passer en nous.

Et lorsque notre attention part très vite vers l’autre, nous pouvons ne pas avoir le temps de nous y arrêter.

Pourquoi cela ne m’arrive-t-il pas avec tout le monde ?

Vous pouvez peut-être exprimer facilement votre avis avec vos amis et perdre beaucoup plus vos moyens face à un parent.

Dire clairement ce que vous voulez au travail et vous adapter davantage dans votre couple.

Être capable de déplaire à certaines personnes et ressentir immédiatement de la culpabilité avec une autre.

Cela invite à être prudent avec les étiquettes : « Je suis quelqu’un qui s’efface », « je suis trop gentil », « je suis incapable de penser à moi ».

Une étude qualitative publiée en 2026 s’est intéressée à la manière dont 53 jeunes adultes, étudiants dans des universités internationales en Thaïlande, retenaient ou non leur expression selon leurs relations. Chez les personnes interrogées, ce mouvement variait selon les liens : elles pouvaient s’exprimer plus librement dans certaines relations et beaucoup moins dans d’autres.

Cette étude porte sur un groupe limité et un contexte culturel précis. Elle ne permet donc pas d’expliquer ce qui se passe pour chacun d’entre nous.

Mais elle ouvre une question intéressante :

et si nous regardions non seulement « qui je suis », mais aussi ce qui se passe entre moi et cette personne ?

Lorsque la question touche davantage à la valeur que nous nous accordons ou au doute sur notre propre jugement, elle peut aussi rejoindre celle de l’estime de soi et de la confiance en soi.

À force de m’adapter, qu’est-ce que cela finit par me coûter ?

Faire passer l’autre avant soi de temps en temps n’a rien d’alarmant.

Mais lorsque cela devient presque systématique, certaines choses peuvent apparaître.

De la fatigue. Une irritation que nous comprenons mal. Le sentiment de beaucoup donner. Ou cette impression douloureuse que les autres ne pensent jamais à ce dont nous avons besoin.

Il peut aussi arriver que nous espérions que l’autre remarque notre fatigue, notre contrariété ou notre besoin, alors que nous avons nous-mêmes eu beaucoup de mal à leur faire une place ou à les exprimer.

Ce n’est pas une raison pour conclure que tout dépendrait de nous. L’autre a aussi sa responsabilité dans la relation.

Mais cela peut nous permettre de nous demander :

quelle place est-ce que je donne à ce que je ressens et à ce que je veux dans cette relation ?

Qui suis-je dans la relation ?

Nous nous demandons parfois : « Qui suis-je vraiment ? »

Mais une autre question peut être tout aussi intéressante :

qui suis-je lorsque je suis avec cette personne ?

Qu’est-ce qui reste facilement accessible de moi ? Mes goûts ? Mon désaccord ? Ma colère ? Mon envie ? Ma fatigue ? Mon besoin d’être seul ? Ma possibilité de changer d’avis ?

Et qu’est-ce qui devient beaucoup plus difficile ?

Être en relation ne signifie pas rester exactement le même quoi qu’il arrive.

Nous sommes touchés par les personnes que nous rencontrons. Nous faisons des compromis. Nous changeons parfois ensemble.

L’enjeu n’est pas de préserver un « moi » complètement séparé de l’autre.

Il est peut-être plutôt de pouvoir rester suffisamment en contact avec soi pour que la relation ne se construise pas uniquement autour de ce que l’autre souhaite.

Ce que nous pouvons regarder en Gestalt

En Gestalt, nous pouvons notamment nous intéresser à la manière dont le contact se construit entre nous et notre environnement.

Quand quelqu’un me demande quelque chose, qu’est-ce qui apparaît avant ma réponse ? Une envie ? Une hésitation ? Une inquiétude ? Une sensation dans le corps ? Et à quel moment mon attention se tourne-t-elle vers ce que l’autre risque de penser ?

La Gestalt parle notamment de frontière-contact pour désigner cet endroit vivant où nous rencontrons l’autre et ce qui nous entoure.

La difficulté apparaît davantage lorsque certains ajustements deviennent tellement automatiques que nous perdons une partie de notre liberté de choix.

Et comme nous sommes également en relation pendant une séance, certains de ces mouvements peuvent parfois apparaître là aussi.

Chercher la bonne réponse. Dire rapidement « ça va ». S’assurer que ce que l’on raconte ne dérange pas. Ou commencer par se demander ce que le thérapeute pense avant de regarder ce que l’on ressent soi-même.

Si cela apparaît, nous pouvons simplement nous y intéresser ensemble.

Retrouver sa place sans devoir choisir entre soi et l’autre

Faire davantage de place à soi ne signifie pas arrêter de tenir compte des autres.

Prendre sa place ne signifie pas prendre toute la place.

La relation n’a pas forcément à devenir : moi ou l’autre.

Elle peut peut-être davantage devenir : moi avec l’autre.

Pouvoir faire un compromis parce que nous le choisissons. Aider parce que nous en avons envie. Accepter parfois de mettre notre besoin de côté. Mais aussi sentir lorsque nous ne le voulons plus.

Et retrouver progressivement cette possibilité :

entendre ce que l’autre veut sans que ce que je veux disparaisse automatiquement.

Avant même d’apprendre à dire davantage non, il y a parfois quelque chose à retrouver :

la possibilité de s’entendre soi-même.

Ce que travailler cette question en thérapie peut permettre

Lorsque nous faisons souvent passer les autres avant nous, le travail thérapeutique ne consiste pas à devenir moins attentif aux autres.

Il peut aider à repérer plus tôt ce qui se passe en nous avant de nous adapter : une hésitation, une fatigue, une irritation, une envie différente.

Nous pouvons aussi regarder avec qui cela devient particulièrement difficile et ce qui nous pousse parfois à nous mettre rapidement de côté.

Progressivement, l’enjeu peut être de retrouver davantage de choix : tenir compte de l’autre sans perdre le contact avec ce que nous voulons, ressentons ou dont nous avons besoin.

L’autre peut compter sans que nous cessions, nous aussi, de compter.

Pour aller plus loin sur la manière dont ces mouvements peuvent être explorés en thérapie, vous pouvez découvrir comment se déroule un accompagnement en Gestalt.


Questions fréquentes

Pourquoi est-ce que je fais toujours passer les autres avant moi ?

Il peut y avoir de nombreuses raisons, différentes selon les personnes et les relations. La peur de décevoir, certaines habitudes relationnelles, notre histoire ou le contexte peuvent notamment intervenir. Il est souvent plus éclairant de regarder quand et avec qui cela apparaît que de chercher immédiatement une cause unique.

Est-ce mauvais de s’adapter aux autres ?

Non. L’adaptation fait partie de toute relation. Elle devient plus difficile lorsqu’elle semble presque automatique ou lorsque nous perdons régulièrement le contact avec nos besoins, nos limites ou nos préférences.

Pourquoi je sais ce que les autres veulent mais pas ce que je veux ?

Lorsque notre attention est très vite mobilisée par les réactions ou les besoins de l’autre, il peut devenir plus difficile de rester suffisamment longtemps au contact de notre propre expérience. Cela ne signifie pas que nous n’avons pas de besoins ou d’envies : parfois, ils n’ont simplement pas encore eu suffisamment de place pour devenir clairs.

Est-ce la même chose que ne pas savoir dire non ?

Pas exactement. Lorsque nous avons du mal à dire non, nous savons souvent déjà que nous voudrions refuser. Ici, le mouvement peut commencer plus tôt : il peut être difficile de reconnaître clairement ce que nous voulons avant même d’avoir à l’exprimer.

Est-ce forcément lié à l’enfance ?

Non. Nos premières relations peuvent participer à notre manière d’être en lien, mais elles ne suffisent pas à expliquer ce qui se passe aujourd’hui. Nos expériences ultérieures, le contexte présent et la relation elle-même comptent également.

À force de minimiser ce qui nous agace, il peut aussi devenir difficile de reconnaître sa colère avant qu’elle ne soit déjà forte.


Repères et sources

Guillaume Siegler — Praticien Gestalt

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