Pourquoi ai-je l’impression de ne jamais rencontrer la bonne personne ?
Dernière mise à jour : 17 sept.
Vous faites une rencontre. La personne est agréable, la conversation se passe bien, vous avez plusieurs choses en commun. Rien ne va vraiment mal.
Et pourtant, en rentrant : « Je ne sais pas… il manque quelque chose. »
Une autre fois, c’est presque l’inverse. Quelqu’un vous plaît immédiatement. Vous attendez ses messages, vous pensez davantage à cette personne. Il y a de l’intensité. Mais quelques semaines ou quelques mois plus tard, la relation devient compliquée.
Alors une question finit parfois par revenir : « Pourquoi ceux qui me plaisent ne sont-ils jamais ceux avec qui ça fonctionne ? »
Ou : « Pourquoi ai-je l’impression de toujours tomber sur la mauvaise personne ? »
Jusqu’à parfois se demander : « Est-ce que quelqu’un qui me correspond vraiment existe ? »
Derrière cette question, il y en a peut-être une autre : qu’est-ce que cela veut dire, pour moi, qu’une personne me corresponde ?
La personne que j’imagine et celle que je rencontre réellement
Nous pouvons avoir une idée assez précise de la personne que nous aimerions rencontrer : drôle, cultivée, attirante, stable, curieuse, indépendante, avec certains centres d’intérêt ou une certaine manière d’envisager le couple.
Certains critères comptent réellement. Le désir ou non d’avoir des enfants, les valeurs, l’engagement ou certains projets de vie ne sont pas de simples détails.
Mais cette représentation peut aussi devenir une sorte de catalogue de la personne qui devrait nous convenir. Et une rencontre ajoute quelque chose qu’aucune liste ne peut entièrement prévoir : ce que nous vivons lorsque nous sommes avec quelqu’un.
Une personne peut correspondre presque parfaitement à ce que nous pensions rechercher et pourtant nous laisser une sensation étrange. À l’inverse, quelqu’un que nous n’aurions peut-être pas imaginé choisir peut faire apparaître autre chose : je peux respirer, je peux parler sans préparer chacun de mes mots, je peux ne pas être d’accord, je me sens entendu, j’ai envie de continuer à découvrir cette personne.
Une étude internationale portant sur 10 358 personnes dans 43 pays et 22 langues retrouve bien un lien entre les préférences déclarées et l’évaluation d’un partenaire, tout en montrant que la réalité du choix amoureux ne se réduit pas à une simple correspondance entre une personne et une liste de caractéristiques.
Parmi tout ce que je pensais rechercher, qu’est-ce qui devient réellement important lorsque je suis avec quelqu’un ?
Comment est-ce que je me sens exister avec cette personne ?
Nous regardons souvent beaucoup qui est l’autre. Mais nous pouvons aussi regarder ce qui se passe de notre côté.
Comment est-ce que je me sens exister en moi ? Est-ce que je reste en contact avec mes envies, mes limites, mon désir, ce que je ressens ? Ou est-ce que mon attention est surtout occupée par : est-ce que je lui plais, qu’est-ce qu’il pense de moi, qu’est-ce que je devrais dire ?
Comment est-ce que je me sens exister dans la relation ? Puis-je prendre de la place, être silencieux, changer d’avis, ne pas vouloir la même chose, me rapprocher mais aussi reprendre de la distance ?
Et comment est-ce que je sens que j’existe pour l’autre ? Est-ce que je me sens entendu, considéré, regardé comme une personne entière ? Ou ai-je parfois l’impression d’exister surtout à travers ce que j’apporte : rassurer, séduire, être disponible, prendre soin, répondre aux attentes ?
Une personne peut parfaitement « cocher les cases » et pourtant nous laisser peu de sentiment d’existence dans la relation.
Le corps peut nous renseigner, sans décider à notre place
Nous ne comprenons pas toujours immédiatement ce qui se passe dans une rencontre. Parfois, quelque chose apparaît dans le corps : nous nous tendons, nous surveillons beaucoup ce que nous faisons, nous cherchons nos mots. Ou, progressivement, quelque chose se relâche et nous pouvons davantage nous installer dans l’échange.
Cela ne signifie pas que « le corps sait toujours ». La nouveauté, l’attirance, la peur, la fatigue, notre histoire et le contexte peuvent participer à ce que nous ressentons. Mais nos sensations peuvent devenir des informations, non pour rendre un verdict, plutôt pour nous demander : qu’est-ce qui est en train de se passer pour moi avec cette personne ?
Quand cela se passe bien… mais que ce n’est pas ce dont nous rêvions
La personne est présente, fiable, attentionnée. La relation est plutôt stable. Et pourtant quelque chose nous frustre : « Tout se passe bien… pourquoi je ne ressens pas davantage ? », « Est-ce vraiment ce que je voulais ? », « Est-ce que je me contente de quelque chose ? »
Une relation réelle peut venir se confronter à la relation que nous avions imaginée. Mais elle peut aussi rencontrer ce que notre histoire nous a rendu familier.
Ce que nous avons vécu dans nos premières relations ne détermine pas ce que nous vivrons adultes. Des travaux sur l’imprévisibilité durant l’enfance montrent néanmoins des associations avec la régulation émotionnelle et certaines dimensions de la qualité relationnelle à l’âge adulte. Ce sont des associations, pas un destin individuel.
Quelqu’un peut, par exemple, avoir beaucoup connu l’attente, les changements ou l’incertitude, puis rencontrer une personne disponible, qui répond, tient parole et reste. Quelque chose peut alors sembler moins intense.
Cela ne signifie ni qu’une relation stable serait automatiquement une bonne relation, ni qu’une relation intense serait forcément mauvaise.
Est-ce que cette relation ne me convient pas réellement… ou est-ce qu’elle ne ressemble simplement pas à ce que j’ai l’habitude de reconnaître ?
Et si j’ai du mal à me projeter avec cette personne ?
« Je suis bien avec elle, mais je n’arrive pas à me projeter. » Cette difficulté peut effectivement dire quelque chose de la relation : un projet différent, quelque chose qui manque, une envie qui ne vient pas, une incompatibilité que nous commençons à sentir.
Mais avoir du mal à se projeter peut aussi parler de nous à ce moment de notre vie. Se projeter signifie choisir, renoncer à certains possibles, accepter de ne pas savoir exactement ce qu’une relation deviendra. L’engagement peut aussi réveiller des inquiétudes qui ne disent pas nécessairement quelque chose de la qualité du partenaire.
La difficulté à imaginer un avenir ensemble n’est donc pas, à elle seule, un verdict. Est-ce la personne ? La relation ? La peur de faire le mauvais choix ? Ce que je crains de perdre ? Ou simplement le fait qu’aujourd’hui je ne sache pas encore ?
Rien n’est entièrement déterminé pour l’individu ou pour la relation. Nous changeons, l’autre change, et le lien lui-même se transforme à mesure qu’il se construit.
Pourquoi ai-je l’impression de toujours tomber sur la mauvaise personne ?
Lorsque plusieurs histoires nous laissent une impression similaire, il devient tentant de conclure : « Je choisis toujours mal. » Pourtant, les personnes peuvent être très différentes.
Ce qui revient peut parfois être davantage une expérience : attendre beaucoup, ne jamais savoir où l’on en est, ne pas se sentir choisi, porter davantage la relation, espérer que l’autre change, s’adapter progressivement ou finir par ne plus savoir clairement ce que l’on veut soi-même.
Cela ne signifie pas automatiquement que nous répétons un « schéma ». Le contexte, le hasard et les choix de l’autre comptent aussi. Mais lorsqu’une situation semble revenir, il peut devenir utile de regarder la place que nous prenons peu à peu dans certaines relations.
Qu’est-ce qui m’attire au début ? Quand quelque chose change-t-il ? Qu’est-ce que je découvre plus tard ?
Est-ce que je suis trop exigeant ?
Peut-être parfois. Mais cette réponse est trop facile.
L’objectif n’est pas d’apprendre à renoncer à ce qui compte simplement pour réussir à rester avec quelqu’un. Se sentir respecté, pouvoir être entendu, avoir du désir, partager certaines valeurs, se sentir suffisamment en sécurité ou pouvoir être soi tout en étant en relation peuvent réellement avoir de l’importance.
Qu’est-ce qui est réellement essentiel pour moi, et qu’est-ce qui appartient davantage à l’image que je m’étais construite de la personne avec laquelle je devrais être ?
Une relation peut se construire sans que tout soit écrit d’avance
Nous pouvons espérer une évidence : « Quand ce sera la bonne personne, je le saurai. » La recherche distingue notamment les croyances selon lesquelles une relation serait plus ou moins « faite pour fonctionner » et celles qui accordent davantage de place à la possibilité qu’un lien se développe.
Dans une étude longitudinale de 904 couples suivis pendant deux ans, les personnes ayant davantage de croyances de croissance connaissaient une baisse plus lente de la satisfaction relationnelle au fil du temps. Cela ne montre évidemment pas qu’il faudrait poursuivre toute relation ; cela rappelle surtout que notre idée de ce qu’une relation devrait être participe aussi à la façon dont nous la vivons.
Certaines choses peuvent se construire : la confiance, la connaissance de l’autre, la façon de communiquer ou de traverser les désaccords. Mais tout ne doit pas être construit. Une incompatibilité majeure, un manque de respect, une absence persistante de désir ou une relation dans laquelle nous ne parvenons jamais à nous sentir suffisamment en sécurité peuvent réellement compter.
Et rester simplement parce que « ça fonctionne à peu près » peut parfois devenir autre chose qu’un compromis : une forme de résignation.
Ce que nous pouvons regarder en Gestalt
En Gestalt, la question n’est pas seulement : « Est-ce la bonne personne ? » Nous pouvons aussi regarder ce qui se passe pour nous lorsque nous sommes avec cette personne.
Comment est-ce que je me sens exister en moi ? Comment est-ce que j’existe dans cette relation ? Comment est-ce que je sens que j’existe pour l’autre ? Qu’est-ce qui devient possible ? Qu’est-ce qui devient plus difficile ? Puis-je m’approcher et prendre de la distance, exprimer un désaccord, sentir ce que je veux, être touché ?
Cette manière de regarder le lien rejoint plus largement notre façon d’être en relation : non pas seulement ce qui se passe en nous ou chez l’autre, mais ce qui se construit entre les deux.
Qui suis-je lorsque je suis avec cette personne ?
Entre ce que j’avais imaginé, ce qui m’est familier et ce que je vis aujourd’hui
Peut-être pouvons-nous finalement regarder trois choses : la relation que j’avais imaginée, ce que mon histoire m’a rendu familier, et ce que je suis réellement en train de vivre avec cette personne.
Ces trois dimensions ne coïncident pas toujours. C’est parfois dans cet écart qu’apparaissent le doute, la frustration ou la résignation, mais aussi davantage de clarté.
Qu’est-ce que cette relation est en train de devenir, et est-ce que j’ai envie de continuer à y prendre part ?
Ce que travailler nos relations en thérapie peut permettre
Travailler les relations en thérapie ne consiste pas à découvrir avec qui nous devrions être. Cela peut permettre de mieux comprendre notre fonctionnement relationnel : ce qui nous attire, ce qui nous rassure ou nous inquiète, la place que nous prenons, ce que nous tolérons, ce que nous attendons et ce dont nous avons réellement besoin.
Cela peut aussi aider à mieux distinguer ce qui appartient à notre histoire, ce qui nous est familier, ce qui ne nous convient réellement pas aujourd’hui et ce qui est en train de se construire avec cette personne particulière.
Comprendre notre manière d’être en lien ne nous dit pas qui choisir. Cela peut nous aider à mieux sentir ce que nous voulons vivre avec quelqu’un — et la place que nous voulons prendre dans cette relation.
Si cette question vous amène à vous interroger sur ce qui peut se travailler en thérapie, vous pouvez aussi découvrir comment se déroule un accompagnement en Gestalt.
Questions fréquentes
Comment savoir si quelqu’un me correspond vraiment ?
Il n’existe probablement pas de critère unique. Les valeurs, les projets, l’attirance et certaines compatibilités comptent, mais aussi ce que nous vivons réellement avec la personne : nous sentons-nous entendu, respecté, suffisamment en sécurité et encore présent à nous-même dans la relation ?
Pourquoi les personnes qui me plaisent ne me conviennent-elles pas toujours ?
L’attirance et la compatibilité ne recouvrent pas exactement les mêmes choses. Ce qui nous attire dépend de nombreux facteurs personnels, relationnels et contextuels. Lorsque certaines situations se répètent, les regarder peut être plus utile que chercher immédiatement une cause unique.
Ne pas réussir à se projeter signifie-t-il que ce n’est pas la bonne personne ?
Pas nécessairement. Cela peut révéler une incompatibilité ou un manque d’envie, mais aussi parler de notre rapport à l’engagement, à l’incertitude, au choix ou du moment de vie que nous traversons. Ce qui compte est de comprendre ce que cette difficulté signifie pour nous dans cette relation précise.
Est-ce que je suis trop exigeant en amour ?
Avoir des attentes n’est pas en soi problématique. Il peut être utile de différencier ce qui est profondément important pour soi de certains critères appartenant davantage à la représentation que l’on s’était faite de la personne idéale.
La bonne personne existe-t-elle vraiment ?
La recherche ne permet pas d’affirmer qu’une personne unique serait « faite pour nous ». Une relation se construit à partir de compatibilités réelles, de deux personnes singulières et de ce qui devient possible — ou non — entre elles.


