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Pourquoi ai-je peur de faire le mauvais choix ? Comprendre ce que notre hésitation essaie de nous dire

Guillaume Siegler
3 sept.
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 10 sept.

Vous avez peut-être déjà vécu ce moment où une décision, au départ assez simple, finit par prendre beaucoup de place. Accepter une proposition, quitter un travail, commencer ou terminer une relation, déménager, dire oui, dire non.


Vous réfléchissez, vous pesez le pour et le contre, vous demandez parfois un avis. Puis un autre. Une possibilité vous paraît juste le matin et beaucoup moins évidente le soir.


Peu à peu, ce n’est plus seulement la décision qui devient difficile. C’est votre propre hésitation qui commence à vous inquiéter.


« Pourquoi est-ce que je n’arrive pas simplement à savoir ce que je veux ? »


Nous pouvons alors croire qu’une personne sûre d’elle devrait savoir plus vite et douter moins. Pourtant, hésiter ne signifie pas nécessairement ne pas savoir choisir. Parfois, cela indique simplement que plusieurs choses importantes se rencontrent au même endroit.


Hésiter ne veut pas forcément dire que nous ne savons pas choisir


Certains choix nous attirent et nous inquiètent en même temps. Nous pouvons avoir envie de changer de travail tout en craignant de perdre une forme de sécurité, désirer nous engager dans une relation et redouter ce que cela va modifier, ou vouloir une nouvelle responsabilité tout en sachant ce qu’elle demandera de nous.


Les travaux sur les conflits d’approche-évitement décrivent précisément ces situations dans lesquelles une même possibilité comporte à la fois quelque chose d’attirant et quelque chose que nous préférerions éviter.


La difficulté commence davantage lorsque nous transformons cette hésitation en jugement sur nous-mêmes :


« Si j’hésite autant, c’est que je ne peux pas me faire confiance. »


La question n’est alors plus seulement « Quel choix faire ? », mais aussi : « Est-ce que je peux encore m’appuyer sur moi lorsque je ne sais pas immédiatement ? »


De quoi mon hésitation est-elle faite ?


Avant de vouloir faire disparaître une hésitation, il peut être utile de regarder ce qu’elle raconte.


Parfois, elle parle surtout de nous : deux besoins se rencontrent, une envie existe mais une peur aussi, ou ce que nous voulions autrefois ne correspond plus complètement à la personne que nous sommes devenue.


Parfois, elle parle davantage de l’autre. Nous savons ce que nous aimerions faire, mais notre choix risque de décevoir quelqu’un, de modifier une relation ou de changer la place que nous occupons dans une famille, un couple ou un groupe.


Et parfois, les enjeux sont simplement réels. Quitter un emploi, se séparer, déménager ou prendre une responsabilité importante a des conséquences. Réfléchir, c’est aussi prendre la mesure de ce qui compte.


L’hésitation peut donc être l’endroit où plusieurs dimensions de notre expérience demandent encore à être prises en compte avant de pouvoir avancer.


Quand nous essayons de vivre tous les futurs avant de choisir


Il existe aussi une autre manière d’hésiter : essayer d’anticiper tout ce qui pourrait arriver.


« Et si je regrettais ? »


« Et si dans six mois je me rendais compte que j’aurais dû rester ? »


Nous pouvons parcourir mentalement plusieurs futurs, comme s’il était possible de trouver celui qui nous garantirait de ne rien perdre.


Reporter une décision, la déléguer, ne pas agir ou conserver le statu quo sont étudiés comme différentes formes d’évitement décisionnel. Leur relation au regret n’est pas simple et varie selon la stratégie. D’autres travaux expérimentaux montrent aussi que, dans certains contextes, nous pouvons surestimer le regret que nous éprouverions réellement ensuite.


À force de chercher la décision qui nous protégerait de toute erreur, notre regard peut se resserrer autour des risques. Et au milieu de toutes ces projections, quelque chose devient plus difficile à entendre : ce que nous savons et ressentons aujourd’hui.


Revenir au présent ne signifie pas oublier les conséquences. Cela peut permettre de distinguer ce qui existe réellement de tout ce que nous essayons déjà de résoudre dans un avenir auquel nous n’avons pas encore accès.


Qu’est-ce que je sais aujourd’hui ? Quelles sont les contraintes réelles ? Qu’est-ce que cette possibilité pourrait m’apporter, mais aussi me coûter ? Et avec ce que je sais maintenant, vers quoi puis-je suffisamment m’engager ?


Certains choix viennent toucher une ancienne idée de nous-mêmes


Il arrive qu’une possibilité nous attire et que quelque chose nous retienne sans que nous sachions immédiatement pourquoi.


Une promotion. Une activité qui commence à fonctionner. Davantage d’argent. Une vie ailleurs. Une relation différente de celles que nous avons connues.


La question peut alors devenir moins « Est-ce un bon choix ? » que « Qu’est-ce que ce choix changerait dans la manière dont je me vois ? »


Nos décisions ne sont pas totalement séparées de notre identité. Certaines possibilités nous paraissent compatibles avec la personne que nous pensons être, tandis que d’autres semblent presque appartenir à quelqu’un d’autre. Des travaux sur la motivation liée à l’identité montrent que ce lien entre identité et choix peut participer à notre manière d’agir, sans être toujours explicite ou conscient.


Et cette représentation de nous-mêmes s’est aussi construite au milieu des autres. Dans une famille, nous pouvons avoir longtemps été « le raisonnable », « celle qui se débrouille seule », celui que l’on compare à son frère, celle que l’on compare à sa sœur.


Notre place dans une fratrie ne détermine évidemment pas qui nous devenons. Mais les recherches montrent que les frères et sœurs peuvent constituer des figures importantes de comparaison et participer, selon les situations, aux processus de construction identitaire.


Des années plus tard, une possibilité peut alors rencontrer une croyance restée assez discrète :


« Ce genre de réussite, ce n’est pas vraiment pour moi. »


« Comment vont-ils me regarder si je change ? »


« Est-ce que je vais devenir différent des miens ? »


Nous pouvons hésiter non parce que nous ne désirons pas ce qui se présente, mais parce que l’accepter nous demanderait aussi de modifier quelque chose dans la manière dont nous nous reconnaissons.


Parfois, nous ne cherchons pas seulement à savoir si un choix est bon. Nous cherchons aussi à savoir si nous nous autorisons à devenir la personne que ce choix pourrait nous permettre d’être.


Est-ce que j’hésite sur mon choix… ou sur la place que je m’autorise à prendre ?


Peut-être que je ne doute pas réellement de mon envie. Peut-être que je doute davantage de ma capacité à l’assumer, de ce qu’elle va changer dans mes relations ou de ma légitimité à aller vers quelque chose de différent.


La comparaison peut alors prendre beaucoup de place. Nous regardons quelqu’un qui a déjà réussi ce que nous envisageons, qui semble décider plus facilement ou avancer avec davantage d’assurance.


Son expérience peut nous inspirer. Mais elle peut aussi devenir la mesure de ce que nous devrions vouloir, réussir ou être capables de faire.


La question « Que ferait-il à ma place ? » finit alors parfois par prendre davantage de poids que celle-ci :


« À partir de quoi suis-je en train de choisir ? »


Notre histoire compte. Les autres comptent. Les conséquences comptent. Mais nous avons aussi changé, appris, développé des ressources et parfois modifié nos désirs.


Choisir peut alors demander de remettre un peu de présent dans une représentation ancienne de nous-mêmes : ne pas effacer notre histoire, mais regarder si elle décrit encore suffisamment la personne que nous sommes aujourd’hui.


En séance, il ne s’agirait pas de trouver la décision à la place de quelqu’un


Si une personne me disait qu’elle n’arrive plus à choisir, je ne chercherais pas à lui expliquer ce qu’elle devrait faire.


Dans ma manière de travailler en Gestalt-thérapie, je serais davantage intéressé par ce qui apparaît autour de cette décision : ce qui attire et ce qui retient, ce qui appartient aux enjeux réels et ce qui relève davantage d’un futur imaginé, la place que prennent les autres, les anciennes croyances qui reviennent, mais aussi ce qui se passe dans le corps lorsque certaines possibilités sont réellement envisagées.



Le travail peut alors permettre de rouvrir un peu le champ lorsqu’il s’est resserré autour de la nécessité de ne pas se tromper. Non pas fabriquer une certitude, mais redonner davantage de poids à ce que la personne ressent, désire, sait, craint et peut réellement assumer aujourd’hui.


Choisir sans disposer d’une garantie


Aucun choix important ne permet de connaître complètement la suite.


Nous pouvons réfléchir, nous informer, demander conseil, prendre du temps. Nous pouvons aussi découvrir après coup qu’une décision doit être réajustée. L’expérience nous donne parfois des informations auxquelles nous n’avions pas accès avant de la vivre.


Avoir davantage confiance en soi ne signifie donc peut-être pas ne plus hésiter. Cela peut être quelque chose de plus solide :


rester suffisamment en lien avec soi pendant que quelque chose se cherche.


Reconnaître ses désirs sans nier ses peurs. Prendre en compte les autres sans leur remettre toute la décision. Écouter son histoire sans lui demander de décider éternellement de ce qui nous est permis.


Hésiter ne signifie pas nécessairement ne pas savoir choisir. Parfois, cela signifie simplement que plusieurs choses importantes demandent encore à être entendues.


Et peu à peu, la question peut changer :


« Est-ce que je cherche encore la décision qui me garantira de ne rien perdre et de ne jamais regretter… ou puis-je chercher celle que je peux suffisamment reconnaître comme mienne aujourd’hui ? »


Questions fréquentes


Pourquoi ai-je autant de mal à prendre une décision ?

Une décision peut devenir difficile lorsque plusieurs besoins, désirs, contraintes ou conséquences importantes se rencontrent. La peur de regretter, le regard des autres, certaines expériences passées ou le manque de clarté sur ce qui compte aujourd’hui peuvent également renforcer l’hésitation.

Hésiter signifie-t-il manquer de confiance en soi ?

Pas nécessairement. L’hésitation peut être adaptée lorsque les enjeux sont importants ou lorsque plusieurs aspects de notre expérience doivent être considérés. Elle devient plus difficile lorsqu’elle nous amène systématiquement à ne plus faire confiance à ce que nous ressentons ou à notre capacité à choisir.

Comment savoir si je fais le bon choix ?

Il n’est pas toujours possible d’obtenir une certitude avant de décider. Il peut être plus réaliste de regarder les informations disponibles, les conséquences possibles, ses besoins, ses valeurs, ses contraintes et ce que l’on peut suffisamment reconnaître comme juste pour soi aujourd’hui.


Sources et repères








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