top of page

Crise d’angoisse : symptômes, que faire et pourquoi peut-elle surgir sans raison apparente ?

Guillaume Siegler
15 sept.
9 min de lecture

Vous êtes dans le métro, au travail, dans un magasin ou simplement chez vous.

Quelques minutes plus tôt, tout semblait normal.

Puis le cœur se met à battre plus vite. La respiration change. Quelque chose d’étrange apparaît dans la poitrine, la gorge ou le ventre. Les jambes semblent moins sûres.

Et presque aussitôt, une autre peur s’ajoute à la première.

« Qu’est-ce qui m’arrive ? »

« Je vais faire un malaise ? »

« Je suis en train de perdre le contrôle ? »

Parfois, cette peur devient si intense qu’elle donne l’impression que quelque chose de grave est en train de se produire. Ce qui rend l’expérience encore plus déroutante, c’est qu’elle peut surgir dans une situation qui, l’instant d’avant, ne semblait pourtant pas inquiétante.

C’est souvent ainsi qu’une crise d’angoisse se vit : non pas comme une simple inquiétude, mais comme quelque chose qui prend brutalement le corps, les pensées et toute l’attention.

Ce que l’on appelle une crise d’angoisse

Dans le vocabulaire médical, on parle plutôt d’attaque de panique, ou de crise d’angoisse aiguë : un épisode de peur ou d’angoisse intense qui apparaît brusquement et atteint généralement son maximum en quelques minutes.

Les sensations physiques peuvent alors prendre beaucoup de place : accélération du cœur, oppression ou gêne dans la poitrine, souffle plus court, tremblements, vertiges, bouffées de chaleur, nausées ou fourmillements.

Certaines personnes décrivent aussi une impression d’irréalité ou de déconnexion, accompagnée parfois d’une peur très forte de perdre le contrôle, de faire un malaise ou de mourir.

Tout le monde ne vit pas une crise de la même manière, et deux épisodes ne se ressemblent pas nécessairement. C’est aussi pour cela qu’il peut être difficile, la première fois, de reconnaître ce qui est en train de se passer.

Des symptômes comme une douleur thoracique, un essoufflement important, un malaise ou des palpitations peuvent toutefois avoir d’autres causes. Lorsqu’ils apparaissent pour la première fois, sont inhabituels ou particulièrement intenses, il est important de ne pas conclure soi-même qu’il s’agit simplement d’anxiété et de demander un avis médical.

Pourquoi peut-on avoir l’impression de mourir pendant une crise d’angoisse ?

Parce que ce que l’on ressent est réellement intense.

Dire qu’une crise d’angoisse est liée à l’anxiété ne signifie pas que les sensations sont imaginaires.

Le cœur accélère réellement. La respiration peut se modifier. Le corps peut trembler et la perception de ce qui nous entoure peut devenir inhabituelle.

Lorsque ces sensations surgissent brutalement sans que l’on comprenne pourquoi, l’esprit cherche naturellement une explication.

Et une boucle peut rapidement se mettre en place : la sensation corporelle nourrit la peur, puis la peur ramène encore davantage l’attention vers le corps.

Plus on écoute son cœur, plus on remarque ses battements. Plus on surveille sa respiration, plus la moindre variation peut devenir importante.

La recherche sur l’anxiété et l’interoception — c’est-à-dire la manière dont nous percevons et interprétons les signaux venant de notre corps — montre notamment que l’anxiété peut être associée à une attention plus importante et parfois plus négative portée aux sensations corporelles.

Cela ne signifie pas que « tout est dans la tête ».

Cela montre plutôt à quel point corps, perception, interprétation et peur peuvent se répondre rapidement.

Combien de temps dure une crise d’angoisse ?

Au milieu de la crise, quelques minutes peuvent sembler très longues.

Pourtant, une attaque de panique reste généralement limitée dans le temps.

L’Assurance Maladie indique qu’une crise peut durer de quelques minutes à une heure, avec une durée moyenne située autour de vingt à trente minutes.

Cela ne signifie pas que tout redevient immédiatement normal lorsque le pic est passé. Il est possible de rester fatigué, tendu ou particulièrement attentif à son corps pendant un certain temps.

Et parfois, une nouvelle difficulté apparaît alors : la peur que cela recommence.

Pourquoi une crise d’angoisse peut-elle arriver « sans raison » ?

C’est l’une des questions qui revient le plus souvent après une crise.

« Pourtant, j’allais bien. »

« Pourquoi maintenant ? »

Certaines attaques de panique peuvent effectivement sembler apparaître de manière spontanée et inattendue.

Lorsqu’une crise surgit sans raison apparente, cela signifie surtout qu’aucun déclencheur évident n’est identifiable à ce moment-là.

Parfois, certains facteurs deviennent plus visibles ensuite : fatigue, manque de sommeil, tension accumulée, consommation de stimulants, situation particulière ou sensibilité accrue à certaines sensations corporelles.

Et parfois, aucune explication simple n’apparaît. Cela mérite aussi d’être respecté.

Il peut être tentant de chercher absolument ce qui a provoqué la crise, avec l’espoir qu’en trouvant la cause, on pourra être certain qu’elle ne reviendra pas.

Mais il n’existe pas toujours une cause unique, immédiatement identifiable, qu’il suffirait de découvrir pour que les crises disparaissent. Et cette recherche de certitude peut elle-même maintenir une forme de vigilance.

Que faire pendant une crise d’angoisse ?

Lorsque la crise commence, le premier réflexe est souvent de vouloir la faire cesser immédiatement. C’est compréhensible.

Si la situation le permet, rejoignez un endroit calme et sûr. Si vous conduisez, arrêtez-vous dans un endroit sécurisé.

Essayez ensuite de laisser votre respiration retrouver progressivement un rythme calme et naturel. Il n’est pas nécessaire de multiplier les grandes inspirations : une respiration trop rapide ou trop profonde peut accentuer certaines sensations liées à l’hyperventilation.

Vous pouvez également ramener votre attention vers ce qui est concrètement présent autour de vous : sentir le sol sous vos pieds, regarder un objet, écouter les sons environnants.

L’idée n’est pas de nier la peur ni de vous obliger à penser que « tout va bien ». Il s’agit plutôt de retrouver quelques points d’appui pendant que l’intensité de la crise évolue.

Mettre des mots sur ce qui se passe peut parfois apporter un peu de distance. Dire intérieurement « une partie de moi est très angoissée en ce moment » plutôt que « je suis angoissé » n’efface pas la peur, mais peut aider à ne pas se confondre entièrement avec elle. L’angoisse est là, très présente, sans pour autant devenir tout ce que vous êtes à cet instant.

Lorsque ces crises ont déjà été identifiées et qu’une cause médicale a été écartée, pouvoir se rappeler : « Je reconnais ce qui est en train de se passer. C’est très désagréable, mais cela va évoluer » peut aussi aider à ne pas ajouter immédiatement une peur supplémentaire à ce que l’on ressent.

Après la crise, la peur de la prochaine peut prendre de la place

Pour certaines personnes, la difficulté ne reste pas limitée à la crise elle-même.

Une autre inquiétude apparaît : « Et si cela recommençait ? »

Une situation jusque-là ordinaire peut alors être anticipée différemment. Dans le métro, on se demande ce qu’il se passerait si la crise revenait entre deux stations ; dans un lieu fermé, on remarque immédiatement où se trouve la sortie.

Peu à peu, ce n’est plus seulement la crise que l’on redoute, mais aussi les situations dans lesquelles on craint de ne pas pouvoir s’en éloigner facilement.

Ces adaptations cherchent souvent à retrouver de la sécurité. Mais elles peuvent aussi commencer à réduire ce que l’on s’autorise à faire.

Le quotidien risque alors de s’organiser autour d’une question : « Est-ce que je risque de refaire une crise ici ? »

L’Assurance Maladie décrit cette peur persistante d’une nouvelle attaque parmi les phénomènes qui peuvent apparaître dans le trouble panique. Lorsque les évitements deviennent importants, une agoraphobie peut également se développer.

Cela ne signifie évidemment pas qu’une crise isolée correspond automatiquement à un trouble panique. Une attaque de panique peut rester ponctuelle.

Ce sont notamment la répétition des crises, l’anxiété liée à leur retour et les modifications durables du quotidien qui méritent alors d’être regardées plus attentivement. Cette peur de ce qui pourrait arriver rejoint parfois ce que l’on appelle l’anxiété anticipatoire.

Quand le corps devient quelque chose que l’on surveille

Après une crise particulièrement marquante, certaines personnes deviennent très attentives aux sensations de leur corps.

Un battement de cœur inhabituel ou une légère modification de la respiration peut suffire pour que la question revienne : « Est-ce que ça recommence ? »

Des sensations ordinaires peuvent alors devenir inquiétantes parce qu’elles ressemblent, même légèrement, à celles vécues pendant une précédente crise.

Le corps n’est plus seulement quelque chose que l’on habite. Il peut devenir quelque chose que l’on surveille.

Une boucle peut alors se renforcer : une sensation attire l’attention, cette attention augmente l’inquiétude, puis l’inquiétude rend la sensation encore plus présente.

On peut parfaitement savoir intellectuellement que l’on a déjà vécu une crise d’angoisse et ressentir malgré tout une peur très forte lorsque les premières sensations apparaissent à nouveau.

Savoir et ressentir ne vont pas toujours à la même vitesse.

Ce qu’un travail thérapeutique peut permettre d’explorer

En thérapie, une crise d’angoisse ne doit pas nécessairement être interprétée comme le message caché de quelque chose que le thérapeute saurait décoder à votre place.

Je serais prudent avec cette manière de voir.

Une crise peut avoir différentes dimensions, et toutes ne sont pas immédiatement accessibles.

Ce qui peut en revanche être exploré, c’est la manière dont vous vivez cette expérience aujourd’hui.

Ce qui se passe avant la crise, lorsqu’il est possible de l’identifier. Les premières sensations que vous remarquez. Ce que vous vous dites lorsqu’elles apparaissent. Ce que vous craignez qu’il puisse se produire. Et ce que vous faites ensuite pour retrouver de la sécurité.

Il peut également être utile de regarder ce qui se passe entre les crises : l’anticipation, les évitements, la fatigue de devoir rester vigilant ou la réduction progressive de certaines possibilités dans votre vie.

Dans une approche Gestalt, une attention peut aussi être portée à ce qui apparaît dans l’instant présent. Vous racontez une crise passée et remarquez, par exemple, que votre respiration change légèrement en l’évoquant.

Il ne s’agit pas d’interpréter immédiatement cette réaction ni de lui donner une signification toute faite. Il s’agit de pouvoir l’observer ensemble et de comprendre progressivement comment cette expérience se construit pour vous. Vous pouvez aussi découvrir ce qui se passe concrètement en séance de Gestalt-thérapie.

L’objectif n’est pas nécessairement de devenir quelqu’un qui ne ressentirait plus jamais d’angoisse.

Il peut être de retrouver davantage de possibilités lorsque celle-ci apparaît, afin que la peur ne décide pas progressivement des endroits où vous pouvez aller, des choses que vous pouvez faire ou de la manière dont vous devez vivre.

Quand faut-il consulter un médecin ?

Les manifestations d’une attaque de panique peuvent ressembler à celles d’autres problèmes physiques.

Une douleur thoracique, un essoufflement important, un malaise, des palpitations, des vertiges ou d’autres symptômes inhabituels ne doivent donc pas être automatiquement attribués à l’anxiété.

C’est particulièrement important lorsqu’un épisode survient pour la première fois, lorsque les symptômes sont nouveaux ou inhabituels, lorsqu’ils sont particulièrement intenses ou lorsqu’un doute existe sur leur origine.

Un médecin pourra rechercher d’éventuelles causes physiques et déterminer si les symptômes correspondent ou non à une attaque de panique.

Une consultation est également pertinente lorsque les crises se répètent, lorsque la peur de leur retour prend beaucoup de place ou lorsque vous commencez à modifier votre vie pour éviter certaines situations.

Consulter permet d’abord de comprendre plus précisément ce qui se passe et, si nécessaire, d’être orienté vers une prise en charge adaptée.

Une crise ne résume pas ce que vous êtes

Après une crise, quelque chose peut changer dans la manière de regarder certaines situations ou certaines sensations.

Ce qui semblait auparavant banal devient parfois quelque chose à anticiper. Et presque sans s’en rendre compte, on peut commencer à construire sa vie autour d’une question : « Est-ce que je suis sûr que cela ne va pas recommencer ? »

Il peut alors être utile de déplacer progressivement la question.

Non pas chercher une garantie impossible que l’angoisse ne reviendra jamais, mais retrouver petit à petit suffisamment de sécurité pour ne plus avoir besoin qu’elle disparaisse complètement avant de pouvoir vivre.

Une sensation ou une émotion peut prendre beaucoup de place. Elle peut même nous effrayer. Mais elle n’a pas nécessairement à décider de tous nos mouvements.

Et c’est parfois à cet endroit que quelque chose commence à changer : lorsque l’on peut mieux reconnaître ce qui se passe, comprendre sa manière d’y réagir et retrouver progressivement une marge de choix là où la peur semblait jusque-là décider seule.

Pour aller plus loin

Si votre anxiété est davantage présente au quotidien qu’à travers des épisodes très intenses, vous pouvez poursuivre avec « Comment se manifeste l’anxiété ? ».

Si vous remarquez surtout que votre esprit anticipe constamment ce qui pourrait mal se passer, « Pourquoi j’imagine toujours le pire ? » approfondit la question de l’anxiété anticipatoire.

Et si vous souhaitez mieux comprendre comment les sensations, les émotions et ce qui apparaît dans le présent peuvent être travaillés en thérapie, vous pouvez également lire « Comment fonctionne la Gestalt-thérapie ? Ce qui se passe réellement en séance ».

Sources et repères

  • Instagram
  • LinkedIn
bottom of page