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Pourquoi je n'arrive pas à gérer mes émotions ?

Guillaume Siegler
8 sept.
7 min de lecture

Dernière mise à jour : 17 sept.

Il y a des moments où nous savons très bien ce que nous aimerions faire.

Ne pas répondre trop vite. Ne pas nous mettre en colère. Ne pas repenser pendant des heures à une conversation qui, en apparence, est déjà terminée. Ne pas chercher immédiatement à être rassurés parce qu’un message reste sans réponse.

Nous pouvons même essayer de nous raisonner : « Calme-toi. » « Ce n’est pas si grave. » « Prends du recul. »

Et pourtant, quelque chose continue.

La pensée revient. Une envie de répondre devient pressante. Nous nous retenons, nous nous justifions, nous vérifions encore une fois notre téléphone, nous essayons de passer à autre chose et découvrons quelques minutes plus tard que nous sommes toujours intérieurement pris par ce qui vient de se passer.

Puis, lorsque l’émotion redescend, une autre question apparaît parfois :

« Pourquoi est-ce que je réagis encore comme ça ? »

Ou, plus directement :

« Pourquoi je n’arrive pas simplement à gérer mes émotions ? »

Peut-être parce que gérer une émotion ne consiste pas forcément à réussir à la faire disparaître.

Gérer une émotion ne veut pas dire ne plus rien ressentir

Le mot « gérer » peut facilement donner l’impression qu’une émotion bien gérée serait devenue raisonnable, calme et discrète.

Mais nous ne décidons pas toujours de ce qui apparaît en nous.

Une colère peut surgir avant même que nous ayons compris ce qui nous a contrariés. Une peur peut être là alors qu’une partie de nous sait très bien qu’il n’y a probablement pas de danger. Une tristesse peut revenir au moment même où nous voudrions avancer.

La question devient alors moins : « Comment faire pour ne plus ressentir cela ? » que : « Que se passe-t-il lorsque cette émotion apparaît, et qu’est-ce que j’en fais ensuite ? »

Il existe en effet une différence importante entre ressentir, avoir une impulsion et agir.

Nous pouvons être en colère et attendre avant de répondre. Avoir peur et avancer malgré cette peur. Être blessés sans attaquer l’autre en retour.

Cela ne signifie pas que ce soit toujours facile. Mais cela change déjà légèrement la manière de regarder le problème : l’émotion n’est plus nécessairement quelque chose qu’il faudrait maîtriser avant de pouvoir agir autrement.

J’explore plus largement cette distinction dans l’article consacré à la manière de ressentir, accueillir et réguler ses émotions.

Le plus difficile n’est pas toujours l’émotion elle-même

Parfois, une deuxième réaction arrive presque immédiatement.

La colère apparaît et nous pensons : « Il faut absolument que je me calme. »

Les larmes montent : « Si je commence à pleurer, je ne vais plus pouvoir m’arrêter. »

Une inquiétude revient : « Pourquoi est-ce que je suis encore comme ça ? »

Nous ne sommes alors plus seulement en colère, tristes ou inquiets. Nous pouvons également avoir honte de ce que nous ressentons, nous en vouloir, nous juger trop sensibles, trop fragiles, trop dépendants ou incapables de prendre du recul.

La psychologie utilise notamment le terme de méta-émotions pour parler de ce que nous pouvons ressentir à propos de nos propres émotions.

Dans la vie quotidienne, cela peut être beaucoup plus simple : ce que je ressens devient difficile, mais la manière dont je me regarde parce que je le ressens l’est parfois encore davantage.

C’est aussi ce qui peut expliquer que certaines personnes cherchent très vite à arrêter, contrôler ou repousser une émotion avant même d’avoir pu reconnaître ce qui est en train de se passer.

Et certaines émotions peuvent être particulièrement inquiétantes. Lorsque c’est précisément la colère qui fait peur — parce que nous craignons de perdre le contrôle, de blesser quelqu’un ou de ne plus parvenir à nous arrêter — cette expérience mérite d’être regardée pour elle-même. C’est ce que j’explore dans Quand la colère monte, pourquoi est-ce que ça me fait peur ?.

Ce qui nous protège peut aussi devenir automatique

Lorsque quelque chose est difficile à ressentir, nous trouvons naturellement des manières de nous protéger.

Nous pouvons retenir ce que nous ressentons, rationaliser, nous occuper davantage, éviter certaines situations, demander rapidement à quelqu’un de nous rassurer, contrôler ce qui nous entoure ou prendre de la distance dès qu’une émotion devient inconfortable.

Ces réactions ne sont pas absurdes.

Elles peuvent même être parfaitement adaptées à certaines situations.

Prendre un peu de recul peut éviter de prononcer une parole que nous regretterions. Chercher du soutien lorsque nous traversons quelque chose de difficile peut nous aider. Se concentrer sur autre chose pendant quelque temps peut permettre de continuer à avancer.

La difficulté apparaît plutôt lorsque nous n’avons presque plus d’autre possibilité.

Nous ne réfléchissons plus vraiment à ce dont nous avons besoin : la réponse part toute seule.

Un silence devient immédiatement quelque chose qu’il faut comprendre. Une tension quelque chose qu’il faut faire disparaître. Une inquiétude quelque chose qu’il faut rassurer. Une colère quelque chose qu’il faut retenir.

Et parfois nous savons très bien, intellectuellement, que la situation ne nécessite probablement pas cette urgence.

Nous savons qu’une personne qui répond plus tard que prévu ne va pas nécessairement nous abandonner. Qu’une remarque n’était peut-être pas une attaque. Que nous avons le droit de dire non.

Mais savoir cela n’empêche pas toujours l’ancien mouvement de se remettre en route.

Notre manière de réagir possède évidemment une histoire, sans que cette histoire explique tout. Nos expériences, nos relations, notre tempérament et ce que nous traversons aujourd’hui comptent également. J’ai choisi de développer cette question séparément dans l’article sur la manière dont notre enfance peut façonner notre rapport aux émotions, afin de ne pas réduire chaque difficulté émotionnelle à son passé.

Ici, la question qui m’intéresse davantage est celle-ci :

Lorsque l’émotion apparaît aujourd’hui, combien de possibilités ai-je réellement pour y répondre ?

Se calmer peut aider sans tout résoudre

Respirer, marcher, écrire, bouger, appeler quelqu’un ou attendre avant de répondre peuvent réellement aider.

Lorsque nous sentons que nous sommes sur le point de faire quelque chose que nous regretterions, retrouver un peu d’espace est précieux.

Mais certaines personnes connaissent aussi une autre expérience :

« Je réussis à me calmer… et quelques jours plus tard, dans une situation semblable, tout recommence. »

Cela ne signifie pas que les techniques d’apaisement ne fonctionnent pas.

Elles ont peut-être parfaitement rempli leur fonction : réduire suffisamment la tension du moment.

Simplement, se calmer et comprendre ce qui se répète ne répondent pas toujours à la même question.

Une fois l’urgence passée, nous pouvons regarder ce qui revient.

Est-ce qu’une limite reste difficile à poser ? Une critique devient-elle très vite une remise en question personnelle ? Est-ce que l’incertitude devient presque immédiatement quelque chose qu’il faut résoudre ? Ai-je tendance à me taire longtemps, puis à répondre beaucoup plus vivement lorsque je n’en peux plus ?

Il n’y a pas nécessairement derrière cela une blessure cachée à découvrir.

Il arrive aussi qu’une émotion soit forte simplement parce que la situation compte.

Et lorsque la difficulté vient surtout du fait qu’une émotion prend tellement de place qu’il devient presque impossible de penser, d’écouter l’autre ou de garder une marge de manœuvre, il s’agit encore d’une autre expérience. Je l’aborde plus précisément dans Pourquoi mes émotions me submergent-elles parfois ?.

Cette distinction est importante : avoir du mal avec ce que nous ressentons et être momentanément submergés par son intensité ne sont pas exactement la même chose.

En Gestalt, regarder le moment où tout s’enchaîne

Lorsque nous racontons une situation après coup, elle peut sembler très simple :

« Il m’a dit ça, je me suis énervé et j’ai répondu trop vite. »

Pourtant, entre ce qui s’est passé et notre réponse, plusieurs mouvements ont parfois eu lieu presque simultanément.

Nous avons entendu une phrase.

Nous avons compris quelque chose de cette phrase.

Une émotion est apparue.

Une crainte ou une pensée s’y est ajoutée.

Puis une envie d’agir : nous justifier, partir, attaquer, vérifier, obtenir une réponse, nous taire.

Lorsque tout cela se déroule très vite, nous avons l’impression que notre réaction était inévitable.

Le travail peut alors consister à ralentir suffisamment la séquence pour la rendre à nouveau visible.

Pas pour décider à votre place de ce que vous auriez dû ressentir ou faire.

Mais pour découvrir plus précisément où le mouvement devient automatique.

Peut-être que la difficulté commence lorsque vous imaginez immédiatement ce que l’autre va penser de vous.

Peut-être lorsque vous sentez une colère mais que vous la considérez aussitôt comme dangereuse.

Peut-être encore lorsque l’incertitude devient tellement inconfortable qu’obtenir une réponse semble être la seule manière de retrouver du calme.

Voir ces moments plus clairement ne garantit pas que nous réagirons autrement la fois suivante.

Mais quelque chose commence à ne plus être complètement invisible.

Et lorsqu’une réaction n’est plus la seule réponse imaginable, une autre possibilité peut progressivement apparaître.

Retrouver davantage de choix

Mieux vivre avec ses émotions ne veut probablement pas dire devenir parfaitement calme.

Certaines situations continueront à nous toucher.

Une séparation peut faire profondément mal. Une injustice peut mettre en colère. Une décision importante peut inquiéter. Une relation qui compte peut nous rendre vulnérables.

Il ne s’agit donc pas de devenir moins sensible.

Il s’agit davantage de pouvoir reconnaître ce qui se passe sans être immédiatement obligé de lutter contre, de supprimer ou de suivre ce que nous ressentons.

Parfois, nous aurons besoin de parler.

À d’autres moments, d’attendre.

De demander du soutien.

De poser une limite.

De nous éloigner un moment.

Ou simplement de laisser passer un peu de temps avant de savoir ce que nous voulons faire.

C’est peut-être là qu’une autre définition de « gérer ses émotions » devient possible.

Non plus : réussir à contrôler ce que je ressens.

Mais progressivement : pouvoir rester suffisamment en lien avec ce que je vis pour choisir un peu plus librement ce que j’en fais.

Repères et sources

Gross, J. J. (2013). Emotion regulation: taking stock and moving forward. Emotion, 13(3), 359–365.

Bonanno, G. A. & Burton, C. L. (2013). Regulatory Flexibility: An Individual Differences Perspective on Coping and Emotion Regulation. Perspectives on Psychological Science, 8(6), 591–612.

Bailen, N. H., Wu, H. & Thompson, R. J. (2019). Meta-emotions in daily life: Associations with emotional awareness and depression. Emotion, 19(5), 776–787.

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