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Comprendre ses émotions : les ressentir, les accueillir et apprendre à les réguler

Guillaume Siegler
8 sept.
6 min de lecture

Dernière mise à jour : 18 sept.

Certaines émotions nous semblent parfois plus faciles à accueillir que d'autres. Une joie, un soulagement, un élan d'enthousiasme ou un sentiment de tendresse peuvent être agréables à vivre, mais ce n'est pas toujours aussi simple. Une bonne nouvelle peut aussi faire peur, un moment de bonheur peut réveiller la crainte qu'il ne dure pas, et recevoir de l'affection peut parfois être plus troublant qu'on ne l'imaginait.

D'autres émotions sont plus immédiatement difficiles à vivre. Une peur qui monte alors que nous aimerions rester calmes, une colère qui persiste après une conversation, une tristesse qui arrive au moment où nous voudrions avancer ou une culpabilité qui nous fait douter peuvent rapidement prendre beaucoup de place.

À l'inverse, il arrive aussi que quelque chose d'important se soit passé et que nous ayons du mal à savoir ce que nous ressentons. Nous pouvons comprendre la situation avec notre pensée, l'expliquer précisément, et pourtant rester assez loin de ce qui se passe à l'intérieur.

Mieux comprendre ses émotions ne consiste donc pas seulement à apprendre à gérer celles qui sont désagréables. Il peut d'abord s'agir de reconnaître ce qui est là, qu'il soit agréable, inconfortable ou plus difficile à nommer, puis de chercher progressivement ce que cette expérience vient rencontrer pour nous.

Nos émotions participent à notre manière de rencontrer le monde

Une émotion ne se vit pas seulement dans la pensée. Elle peut se manifester dans un ventre qui se serre, une respiration qui change, une tension dans les épaules, une envie de s'éloigner ou au contraire de se rapprocher.

Ces sensations ne sont pas séparées du contexte dans lequel elles apparaissent. Elles participent à notre manière de vivre une situation, tout comme notre histoire, nos attentes et la relation dans laquelle nous nous trouvons.

Deux personnes peuvent ainsi traverser le même événement sans le vivre de la même manière. Ce qui est rassurant pour l'une peut être éprouvant pour l'autre, non parce que l'une aurait raison et l'autre tort, mais parce qu'une émotion se construit toujours dans une expérience singulière.

Elle nous renseigne donc moins sur une réalité objective que sur la manière dont quelque chose nous touche à cet instant.

C'est aussi pour cela qu'il peut être utile d'apprendre à distinguer ce qui est ressenti de l'interprétation que nous en faisons.

Une émotion est réelle, son sens reste à découvrir

Lorsqu'une peur, une colère, une tristesse, une honte ou une joie apparaît, elle est bien réelle dans notre expérience.

Mais cela ne signifie pas que nous savons immédiatement ce qu'elle veut dire.

Une peur peut être très forte sans qu'un danger objectif soit présent. Une colère peut être importante sans suffire à établir ce que l'autre a voulu faire. Une culpabilité peut apparaître alors même qu'aucune faute claire n'a été commise.

L'émotion mérite donc d'être entendue, mais son interprétation peut rester ouverte.

Elle peut venir rencontrer un besoin, une valeur importante, une expérience passée, une limite qui a été franchie ou simplement la manière dont nous percevons la situation aujourd'hui. Plusieurs de ces dimensions peuvent également être présentes en même temps.

Il n'existe pas de dictionnaire simple dans lequel une émotion aurait toujours une seule traduction.

C'est pourquoi chercher trop vite à savoir ce qu'elle signifie peut parfois nous éloigner de l'expérience elle-même. Avant de conclure, il peut être plus juste de prendre le temps de reconnaître ce qui se passe et de laisser le sens se préciser progressivement.

Notre manière d'être avec les émotions a aussi une histoire. Certaines ont peut-être été faciles à montrer, tandis que d'autres ont été davantage retenues, minimisées ou difficiles à partager. J'aborde plus précisément cette dimension dans Comment notre enfance façonne-t-elle notre manière de vivre nos émotions ?.

Accueillir une émotion ne signifie pas la suivre, mais écouter ce qu'elle a à dire

Accueillir une émotion ne signifie pas devoir la suivre ni agir immédiatement à partir de ce qu'elle nous fait ressentir. Il peut plutôt s'agir de lui laisser suffisamment de place pour entendre ce qu'elle vient signaler, ce qu'elle touche en nous et ce qu'elle peut nous apprendre de la situation.

Une colère peut attirer notre attention sur une limite, une injustice ressentie ou quelque chose qui nous a profondément touchés, sans pour autant nous dire automatiquement quelle réponse adopter. Une peur peut nous informer d'un sentiment d'insécurité, sans que l'évitement soit nécessairement la seule possibilité.

L'émotion devient alors une information précieuse de notre expérience. Elle mérite d'être écoutée, mais elle n'a pas à décider seule de la suite.

Il peut progressivement devenir possible de se demander : qu'est-ce que cette émotion essaie de me dire, et qu'est-ce que j'ai envie d'en faire aujourd'hui ?

En Gestalt, regarder ce qui se passe avec l'émotion

Dans le travail en Gestalt, l'émotion n'est pas regardée comme un objet isolé qu'il faudrait identifier puis corriger. Nous nous intéressons à la manière dont elle apparaît dans l'ensemble de votre expérience.

Cela peut passer par ce que vous ressentez dans votre corps, par les pensées qui viennent, par une envie d'agir ou de vous protéger, mais aussi par ce qui se passe dans la situation et dans la relation avec les autres.

Une colère peut, par exemple, être présente sans que son sens soit immédiatement clair. Une peur peut sembler disproportionnée et pourtant rencontrer quelque chose de très important pour vous. Dans ces moments-là, il ne s'agit pas de trouver rapidement la bonne explication, mais de regarder suffisamment précisément ce qui se passe pour que l'expérience devienne plus lisible.

Qu'est-ce que je ressens réellement ? Qu'est-ce que cette émotion vient toucher pour moi ? Qu'est-ce qui appartient à la situation présente ? Qu'est-ce qui semble plus familier ou plus ancien ?

Ces questions n'ont pas pour objectif de produire une interprétation définitive. Elles peuvent plutôt aider à mettre du sens là où il n'y avait parfois qu'un malaise, une réaction rapide ou l'impression d'être emporté.

Et lorsque ce qui se passe devient plus clair, un autre mouvement peut parfois devenir possible.

Pas nécessairement le contraire de ce que vous auriez fait auparavant, ni une réponse considérée comme meilleure de l'extérieur. Plutôt une manière de répondre davantage ajustée à ce que vous ressentez, à la réalité de la situation et à ce qui compte pour vous.

C'est en cela que le travail avec les émotions peut aussi devenir un travail de choix.

Réguler pour retrouver davantage d'espace

Réguler une émotion ne signifie pas la faire disparaître.

Selon les situations, cela peut consister à ralentir, mettre des mots sur ce qui se passe, attendre avant de répondre, demander du soutien, modifier quelque chose dans la situation ou simplement laisser l'émotion suivre son mouvement sans chercher à la supprimer immédiatement.

L'objectif n'est pas d'atteindre un état dans lequel les émotions difficiles seraient devenues rares ou discrètes. Une vie humaine reste traversée par la peur, la colère, la tristesse, la joie, la honte, la culpabilité ou le soulagement.

Ce qui peut évoluer est la manière dont nous les rencontrons.

Une émotion que nous devions autrefois éviter peut devenir plus supportable. Quelque chose que nous ressentions comme un bloc indistinct peut devenir plus précis. Et lorsque nous comprenons mieux ce qui nous traverse, il devient parfois plus facile de distinguer l'émotion elle-même de la décision que nous voulons prendre.

C'est là que la régulation rejoint la liberté de choix.

Non pas choisir en dehors de nos émotions, comme si elles ne faisaient pas partie de nous, mais pouvoir les entendre sans leur remettre seules la direction de nos actions et de notre vie.

Faire une place à ce que l'on ressent

Nos émotions participent à notre manière de vivre, de nous protéger, d'entrer en relation et de reconnaître ce qui compte pour nous.

Certaines nous sont familières. D'autres sont plus difficiles à laisser approcher. Certaines nous renseignent rapidement sur ce que nous vivons, tandis que d'autres ont besoin de davantage de temps avant que leur sens devienne plus clair.

Il n'est donc pas toujours nécessaire de comprendre immédiatement.

Parfois, le premier mouvement consiste simplement à reconnaître : quelque chose se passe en moi.

Puis, peu à peu, à regarder ce que cette émotion vient rencontrer, ce qu'elle éclaire et la place que nous souhaitons lui donner.

Faire de la place à ses émotions ne signifie pas vivre sous leur influence. Cela peut au contraire permettre de retrouver suffisamment de contact avec ce que nous ressentons pour ne plus avoir à le subir, le nier ou lui obéir automatiquement.

Et peut-être qu'une question peut alors devenir plus accessible :

« Maintenant que je comprends un peu mieux ce qui se passe pour moi, qu'est-ce qui serait le plus juste à faire de cette émotion aujourd'hui ? »

Sources et repères

Greenwood, B. N. et Garfinkel, S. N. (2025). Interoceptive Mechanisms and Emotional Processing.

Riddell, P. M. et al. (2024). Age-related changes in emotion recognition across childhood.

Edler, K. et Valentino, K. (2024). Parental self-regulation and engagement in emotion socialization.

Gross, J. J. (2015). Emotion Regulation: Current Status and Future Prospects.

Santé publique France (2026). Réguler ses émotions agréables et désagréables.

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